Dans le cadre du calendrier InterReligieux de la ville de Mulhouse, dont l’édition de 2025 est consacrée à la thématique du féminin dans les religions, le pasteur Jean-Marc Bellefleur et le prêtre Hervé Paradis-Murat ont écrit un article à quatre mains. Nous publions ci-dessous leur texte intitulé « Les femmes dans le Nouveau Testament » avec leur autorisation pour laquelle nous les remercions chaleureusement. La démarche de cette écriture commune à de quoi nous inspirer, particulièrement à l’approche de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens.
Jésus et les femmes
Les quatre évangiles racontent la vie de Jésus, fondateur du christianisme, et son enseignement. Les femmes font partie de l’environnement de Jésus : il parle aux unes, en guérit d’autres, et certaines femmes, dont les noms sont cités, l’accompagnent dans son ministère, ce qui ne se faisait pas à l’époque. Ces femmes avaient leur place parmi les disciples, du début à la fin du ministère de Jésus.
Certaines femmes méritent d’être citées, comme Marthe et Marie, de Béthanie, qui accueillent Jésus chez elles et leur frère Lazare (Luc 10 : 38-42). Marie prend la posture d’une disciple que Jésus enseigne, ce qui est primordial pour ce dernier. Dans un autre récit (Jn 11 : 20-36), les deux sœurs sont face à Jésus, après la mort de leur frère.
Cette fois, c’est Marthe qui exprime la foi chrétienne, selon la même formule que l’apôtre Pierre : « Tu es le Christ. »
Une femme de la ville de Samarie a une rencontre surprenante avec Jésus (Jn 4 : 1-42). Au bord d’un puits, en dehors de la ville, et contre les usages, Jésus ose s’adresser à elle, une femme, qui plus est étrangère. À partir d’une simple demande d’eau pour boire, Jésus lui parle de la vie qu’elle a, de sa relation avec Dieu. Elle comprend bien vite qu’il est prophète, ou même qu’il est le Messie, le grand libérateur attendu. Et la voici qui laisse sa cruche et court à la ville pour annoncer sa rencontre aux habitants ! Le témoignage de cette femme porte ses fruits ! Elle devient ainsi une figure de la mission chrétienne, dans la rencontre de l’autre et la révélation de l’identité de Jésus-Christ. Elle, une femme.
Marie de Magdala, ou Marie-Madeleine, est fréquemment citée parmi les disciples, presque toujours en tête du groupe féminin. Elle en fait partie depuis le début en Galilée, elle apporte une aide financière et elle accompagne Jésus jusqu’à sa mort. Dans l’évangile de Jean, c’est elle, la première, qui rencontre Jésus ressuscité, et qui va annoncer la nouvelle aux autres disciples.
Ces récits mettent en lumière l’importance de la figure de Marie de Magdala comme témoin de Jésus-Christ. Plusieurs autres figures féminines des évangiles mériteraient d’être évoquées. En accueillant des femmes parmi ses disciples, en citant des femmes comme modèles de foi, en leur confiant des missions de témoignage, Jésus s’est démarqué du judaïsme de son temps. Toutefois, ses disciples les plus proches, les Douze, étaient des hommes. Poids de la culture de l’époque ?
Les femmes dans les premières communautés chrétiennes
Dans les récits du Nouveau Testament (Actes des Apôtres), un mouvement d’égalité entre les hommes et les femmes se dessine, dans des contextes cependant encore très masculins.
Les premières communautés chrétiennes n’avaient pas de bâtiment et se réunissaient dans les maisons des uns et des autres, par groupes de quelques dizaines de personnes. Ces maisons abritaient habituellement familles, serviteurs, proches, etc. Les femmes, véritables maîtresses de maison, y avaient un certain pouvoir, une place importante, et c’est tout naturellement qu’elles sont citées autant que les hommes lorsqu’il est question des communautés chrétiennes accueillies dans leurs maisons : maison et communauté de Pierre à Capharnaüm, de Marthe et Marie à Béthanie, de la mère de Jean-Marc à Jérusalem, de Lydie à Philippes, de Chloé, Stephanas et Apollos à Corinthe, de Priscille et Aquila à Ephèse.
Dans ces communautés, les femmes comme les hommes étaient porteuses du signe d’alliance avec Dieu, le baptême, contrairement à la circoncision dans le judaïsme qui ne concernait que les hommes.
L’apôtre Paul et les femmes
Le Nouveau Testament contient aussi des lettres que l’apôtre Paul envoie aux communautés naissantes pour les enseigner. À plusieurs reprises, il parle des femmes.
Tout d’abord, c’est bien l’égalité entre les hommes et les femmes, qu’il exprime dans l’une de ses premières lettres adressées aux églises situées dans l’actuelle Turquie (Ga 3 : 28) : « Tous un, unis à Jésus-Christ », « il n’y a plus ni homme ni femme ». Le message est clair !
Mettant ce principe en œuvre, Paul cite les femmes comme les hommes dans ses lettres : presque une vingtaine ! Il compte un certain nombre de femmes agissant comme lui au service de Dieu, comme Lydie, une femme d’affaire accueillant chez elle une communauté chrétienne (Act 16 : 13-15, 40). Il en cite plusieurs dans ses salutations aux chrétiens de Rome : Priscille, rangée parmi les « collaborateurs » de Paul avec son mari Aquila (Rm 16 : 3) ; Phoebé, que Paul qualifie de diacre et de « protectrice », ou responsable, de l’église locale (Rm 16 : 1-2) ; Junia, que Paul désigne comme « apôtre », avec Andronicus, probablement son mari (Rm 16 : 7).
D’autres textes de Paul sont plus difficiles, semblant demander le silence aux femmes dans les églises (1 Co 14 : 34-35, 1 Tim 2 : 11-15). Malheureusement, ils ont servi de fondement à une attitude sexiste au sein du christianisme, pendant de longs siècles. Mais depuis des dizaines d’années déjà, des théologiens de tous bords en font une lecture plus avertie. Leurs travaux aboutissent à la même conclusion :
Paul n’a pas du tout réduit les femmes au silence, bien au contraire !
Certains théologiens expliquent qu’il s’agit des propos d’opposants cités par Paul pour les contredire, pratique de Paul aujourd’hui identifiée. D’autres décèlent dans les manuscrits anciens des traces d’ajouts ultérieurs, ou même d’écrits complets tardifs attribués à tort à Paul.
Plusieurs autres textes de Paul semblent suggérer une hiérarchie entre homme et femme, notamment 1 Corinthiens 11.2-16, ce qui est également remis en cause depuis des dizaines d’années par des théologiens de tous bords. Leurs travaux démasquent des lectures abusives de ces textes, sortis de leur milieu social et religieux ; ou encore des traductions sexistes de certaines expressions utilisées par Paul. Une observation plus soigneuse des manuscrits anciens conduit d’autres encore à déceler des ajouts tardifs et bien sûr misogynes, selon le même mécanisme indiqué ci-dessus.
À l’heure actuelle, les Églises chrétiennes sont amenées à reconnaître, par exemple, que Junia (Rm 16 : 7) était bien une femme « parmi les apôtres », alors que longtemps son nom était pris – à dessein – pour celui d’un homme. D’autre part, la « soumission » demandée aux femmes dans certains textes comme Ephésiens 5.21-24 tenait compte des codes domestiques de l’époque, auxquels Paul prenait soin d’ajouter l’amour que le mari devait à sa femme.
Il est significatif que l’on ait retenu surtout la soumission plutôt que l’amour !
Paul n’a pas réservé aux hommes le soin de conduire les communautés pas plus qu’il ne l’a interdit aux femmes. Les exégètes contemporains pensent plutôt que Paul a eu un rapport ouvert aux femmes, contrairement à l’image trompeuse que l’on a souvent de lui.
Conclusion
Dans le Nouveau Testament souffle donc un vent de fraîcheur en matière d’égalité entre les hommes et les femmes.
Mais cette nouveauté, qui promettait des bouleversements, se montre fragile face à un contexte social plutôt centré sur l’homme.
Dès le deuxième siècle, alors que les communautés chrétiennes se développaient, elles ont dû trouver leur place au sein d’une culture gréco-romaine fortement marquée par la misogynie. Les fonctions assumées par les femmes en église se sont étiolées. L’accommodement des communautés à leur milieu a émoussé leur conscience de l’égalité, qui faisait pourtant la saveur originelle des évangiles.
De nos jours les Églises chrétiennes sont héritières d’une histoire très marquée par l’institutionnalisation, par la fixation de règles qui se sont souvent éloignées de la liberté du premier siècle. La Réforme, au seizième siècle, a réagi contre cela, ce que l’on voit encore dans les Églises protestantes ou évangéliques, au moins en partie. Dans bon nombre de ces Églises, les femmes sont pasteures tout comme les hommes. Dans l’Église catholique, à partir du concile de Trente, la figure du prêtre a été fixée : un homme, célibataire.
Du chemin a bien sûr été fait en matière d’égalité entre hommes et femmes. Mais il en reste aussi à faire dans toutes les confessions chrétiennes, pour retrouver la pertinence de l’Evangile dans ce domaine. L’époque actuelle est bien différente de celle du premier siècle… mais à l’écoute des premières églises, de leurs écrits et de leur fonctionnement, le christianisme d’aujourd’hui saura trouver sa voie.
Jean-Marc BELLEFLEUR et Hervé PARADIS-MURAT


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