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« Une femme peut-elle être pasteure ? »

C’est le thème développé par la rubrique « Question taboue » du Topchrétien de la semaine dernière. Ce court article regroupe  deux argumentaires opposant  les  courants actuellement les plus représentés dans les milieux évangéliques à ce sujet. A ce jour et à cette heure, mardi le 29 janvier, 14h47, l’article a été partagé 1502 fois !!! Stupeur…

Lorsque le Topchrétien m’a demandé il y a un mois de participer à cette rubrique en donnant mon témoignage de femme pasteure, et en expliquant mes convictions, ma manière de comprendre mon ministère et comment j’en suis arrivée là, j’ai été tout aussi intéressée que paniquée… Comment dérouler un argumentaire structuré et cohérent en 400 mots alors que plusieurs millénaires de réflexion et d’études en tout genre n’avaient pu trancher la question !

QUI-SUIS-JE
400 mots, soit environ 10 minutes de paroles, là où une vidéo trouvée sur le web, affirmant «qu’une femme qui enseigne la Bible, est pasteur ou exerce l’un quelconque des 5 ministères d’ Éphésiens 4:11 s’est tout simplement égarée pour suivre Satan» développe son argumentaire en 4h 48mn et 56s

Il fallait présenter l’essentiel là où trop souvent dans ce type de questionnement, on s’arrête à l’anecdotique.

Mais qu’est-ce qui est essentiel pour moi dans cette problématique ?

L’ordre créationnel ? Trop long à développer… Dans mon livre, ce paragraphe couvre environ 30 pages ! De plus, il faudrait y ajouter un long développement sur l’ordre de la rédemption que Christ a inauguré et ce que cela change pour nous. Ne sommes-nous pas plus ‘en Christ’ que ce que nous aurions été dans l’Adam non abimé par le péché ?

L’autorité? Idem, de nombreux articles sur notre blog en parlent déjà ! Mais il faudra certainement y revenir encore et encore… Cependant, impossible d’en parler en 400 mots et de plus, ce n’est pas le cœur du problème puisqu’elle a été donnée à tous, en Christ. Ex : Jean 1 :12, « Mais à tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir (exousia-autorité) de devenir enfants de Dieu »

Le couple et la notion de chef ? Là aussi, quel méli-mélo de croyances, d’explications et de traditions, de traductions différentes…

Si toutes ces notions sont importantes dans la thématique ‘femme-pasteure’, elles n’en sont pas moins satellitaires. Ce qui est central pour moi, c’est l’œuvre du Christ.

Tout tourne autour de cela, la nouvelle réalité spirituelle et humaine qui se construit ‘en Christ’. Dans cette réalité-là, les choses terrestres sont dépassées ; non pas rejetées, mais dépassées dans le sens que le spirituel va plus loin que le terrestre.

  • Ainsi, un esclave comme Onésime peut devenir évêque : L’ordre social est dépassé.
  • Des femmes comme Junias, Phoebé, Priscille ou Lydie peuvent devenir apôtre, ministre, enseignante ou responsable d’Église de maison : l’ordre créationnel est dépassé.
  • Des grecs comme ‘Etienne, homme plein de foi et d’Esprit-Saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas, et Nicolas, prosélyte d’Antioche’ (Actes 6.5) peuvent devenir enfant d’Abraham et serviteurs de la communauté : l’ordre religieux est dépassé.

Ce qui prévaut, c’est l’œuvre et l’appel de l’Esprit en chacun, et tout est grâce ! Qu’y a-t-il de plus essentiel que la grâce ? De plus central que le royaume inauguré par le Christ ? Certes, il n’est pas encore totalement là, mais sa présence n’en est-elle pas moins réelle ?

L’Esprit qui soupire en chacun de nous et inspire nos actes n’a que faire de notre sexe. Il distribue ses dons à qui il veut et comme il veut.

Le cœur de la problématique est donc la vision scripturaire des ministères dans le royaume du christ et leur exercice dans la communauté : « En Christ, il n’y a plus ni juif ni grec, ni homme libre ni esclave, ni homme ni femme » affirme Paul. Cela vaut pour l’entrée dans le royaume, certes, mais cela doit  avoir également des répercussions sur le vivre ensemble, tout comme sur le servir ensemble.

C’est donc cette réalité que j’ai placé au centre de mon témoignage, même si je sais bien que dans un argumentaire plus développé, il me faudrait repasser par tous les éléments que je viens de citer et je ne m’y soustrairais pas.

Les résultats du sondage – qui oscille depuis le début entre 61 et 65% de oui – sont encourageants. Quant aux réactions écrites à l’article, elles sont sommes toutes assez banales et convenues. Les oppositions de même que les soutiens passent par des thématiques désormais bien connues et répertoriées…

Je suis cependant toujours aussi étonnée de lire certaines réactions qui associent les ministères féminins au diable, à la punition divine et à la perdition… Quand donc ces évangéliques apprendront-ils ce que signifie l’amour ?

«La crainte n’est pas dans l’amour, mais l’amour parfait bannit la crainte; car la crainte suppose un châtiment, et celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour » 1 Jean 4 :18

Joëlle Razanajohary est pasteur de la Fédération des Églises Évangéliques Baptistes de France. Elle est la fondatrice du blog 'Servir Ensemble', l'une des administratrices et l'auteure du livre 'Qui nous roulera la pierre', Empreinte, 2018.

8 comments on “« Une femme peut-elle être pasteure ? »

  1. Robin Reeve

    Le public de TopChrétien étant ce qu’il est, je ne suis pas étonné que vous ayez subi des commentaires extrêmistes et haineux.
    Qu’une majorité de votants penche vers l’acceptation du pastorat féminin est encourageant et c’est cet indicateur qui me semble le plus important.
    Que Dieu vous assiste dans votre service et dans vos combats.

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  2. Françoise

    Je suis abonnée au Top chrétien et je me demande pourquoi, car jour après jour, je lis le titre comme par exemple ici « « Une femme peut-elle être pasteur ? », et je jette à la poubelle sans lire. Ce n’es pas avec cette sorte de questionnement qu’on va avancer et s’enrichir les uns les autres. Les « pour » et les « contre » durant lesquels on ne s’écoute pas, on argumente pour avoir raison….c’est désolant d’en être encore là, mais en même temps je me dis que parfois, dans Sa grâce le Seigneur nous permet aussi d’évoluer, alors il y a de l’espoir si notre cœur est disposé à se laisser enseigner par le St Esprit qui nous renouvelle dans notre intelligence. Il nous appartient aussi de sortir de nos limites de compréhension, d’oser voir autrement sans la peur de déplaire à nos frères et sœurs, et à nos pasteurs. Bref ! tout un programme et on est encore loin d’avoir épuisé le sujet.

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  3. Marie-Rose

    Bonjour,
    Soyez fortifiée et encouragée par nos prières,vous et votre famille dans ce combat pour
    la VÉRITÉ -et surtout, surtout, par votre réaction selon L’ Amour de Dieu !

    Les réactions violentes qui vous attristent et vous surprennent sont très compréhensibles.
    On touche au cœur du problème (le ministère féminin est secondaire) : il s’agit de l’autorité et du contrôle des femmes (problème universel et de tous les temps) !
    Sur ce site, Lionel Thébaud a parlé de la faiblesse qui réside dans le coté ombre de l’homme masculin , de sa peur, son complexe de supériorité…….. Mais en tant que femme en quoi nous y participons ? C’ est une autre question à creuser

    Cette intervention sur TOP CHRÉTIEN marque un tournant décisif :les églises ne pourront
    plus esquiver le problème et devront réfléchir et se positionner clairement.
    Ce site très bien documenté, profond sera très précieux pour la réflexion des évangéliques.
    MERCI A TOUTE L’ÉQUIPE

    Aimé par 2 personnes

    • Merci, Marie-Rose pour votre soutien dans la prière et les commentaires! Nous en avons bien besoin et les apprécions. Merci également pour votre remarque quant à la ‘participation féminine’ au côté ‘ombre’ de l’homme… C’est effectivement une piste que nous n’avons pas encore abordé. Cela ne saurait tarder…
      Cordialement, en Christ

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  4. Marc Burnod

    Pour apporter encore un peu plus « d’eau au moulin » de ce débat passionné (et passionnant) sur la place de la femme dans l’Eglise et dans la société, un livre très intéressant vient de paraître: « Jésus, l’homme qui préférait les femmes », de Christine Pedotti, chez Albin Michel. Inventaire chaleureux et tendre des nombreuses rencontres de Jésus avec diverses femmes citées dans les évangiles, accompagné de commentaires pertinents et éclairants, dépourvus de toute intention polémique.

    Brève citation de la quatrième de couverture: « Cette lecture précise et rigoureuse de quatre évangiles canoniques est renversante: elle bouleverse ce que l’on croyait savoir, après vingt siècles de commentaires presque exclusivement masculins. Non seulement Jésus était « en avance sur son temps », comme on l’a beaucoup dit, mais il devance aussi le nôtre, en n’assignant jamais aux femmes un rôle lié à leur sexe ».

    Aimé par 2 personnes

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