A la une Textes bibliques

Fidèles jusqu’au bout

Les femmes qui suivent Jésus et le servent (Marc 15 : 40-41)

En lisant les Évangiles au cours de cette Semaine Sainte, nous suivons Jésus une fois de plus sur le chemin de la croix. Nous entendons un sermon sur Judas qui trahit Jésus, ou sur Pierre qui le nie. Nos prédicateurs nous invitent à nous identifier à la foule, à nous remettre en question. Pourtant, combien de fois entendons-nous prêcher sur les femmes en Marc 15 : 40-41 qui ont suivi Jésus et l’ont servi ? Se trouvant à la fin du passage où Marc parle de la mort de Jésus, ces femmes courageuses méritent bien notre attention.  

Au chapitre 15, aux versets 40-41 de son Évangile, Marc nous offre le portrait de femmes témoins de la mort de Jésus :

« Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, et parmi elles Marie de Magdala, Marie la mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui le suivaient et le servaient quand il était en Galilée, et plusieurs autres qui étaient montées avec lui à Jérusalem.« 

Parfois, nous avons bien l’impression que la confession merveilleuse du centurion : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu » (v. 39) se trouve au grand sommet de l’histoire de la crucifixion. Des paroles de foi prononcées par un païen ! Pourtant, la confession émouvante de cet homme est suivie de deux versets qui parlent de la fidélité d’un groupe de femmes. Pour conclure la partie de son texte qui relate la mort de Jésus, Marc nous présente ces femmes extraordinaires. Certaines d’entre elles seront plus tard les témoins de l’ensevelissement de Jésus et de sa résurrection.

Marc affirme que ces femmes regardaient à distance (v. 40)[1]. Ayant vu son décès, elles seront en mesure de constater que la mort de Jésus a véritablement eu lieu. Contre ceux qui prétendront que Jésus n’est jamais mort et donc n’a pu ressusciter, ces femmes pourront dire qu’elles l’ont vu mourir. Elles étaient là !

Les mots-clés pour parler de la vie du disciple

Ces femmes ont vu Jésus, mais plus encore, elles ont fait des choses pour Jésus : elles le suivaient et le servaient quand il était en Galilée (v. 41)[2]

Ces termes : suivre et servir (en grec akoloutheo et diakoneo) sont des mots-clés du discipulat.

Le statut de ces femmes est souligné lorsque l’on place ce passage dans le contexte global de l’Évangile de Marc et en faisant attention à sa manière de raconter l’histoire de Jésus.

1. Suivre

a) Suivre : devenir disciple 

Le mot suivre occupe une place essentielle dans l’Évangile, du début à la fin. Tout au commencement de son ministère, Jésus se rend en Galilée où il annonce que le Royaume de Dieu est à portée de main. La première action de Jésus consiste à appeler certains pêcheurs qu’il voit sur les berges de la mer de Galilée (Marc 1 : 16-20). En voyant Simon et André, il lance cette invitation essentielle : « Venez à ma suite ». Ce mot-clé réapparait lorsque Marc annonce que ces hommes laissent leurs filets et le suivent. Le mot suivre réapparait aussi deux fois lorsque Jésus appelle Lévi (Marc 2 : 14). L’invitation à le suivre est l’appel fondamental de Jésus envers ses disciples. Ceux-ci manifestent leur désir d’être disciple au moment où ils quittent tout pour vivre auprès de lui.

b) Suivre : d’autres exemples

L’invitation à suivre Jésus n’est pas réservée aux douze apôtres. Une fois engagé sur le chemin de Jérusalem, Jésus ne s’adresse pas uniquement aux douze, mais à toute la foule : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive » (Marc 8 : 34). Ceux qui le suivent, dit Jésus, doivent rester fidèles jusqu’au bout. Un peu plus bas, Jésus propose également à un homme riche de vendre ses biens et de venir à sa suite. Si cet homme repart triste (Marc 10 : 21), un peu plus tard un aveugle guéri prend la décision de suivre Jésus sur le chemin (Marc 11 : 52).

c) Suivre : la faiblesse des apôtres

Puis Marc nous raconte que les douze abandonnent leur maître au moment de l’arrestation de Jésus (Marc 15 : 40). L’histoire du disciple bien-aimé n’est pas racontée dans cet Évangile (c’est Jean qui en parle). Et en décrivant la fuite des douze, Marc indique que la foi de ces hommes, malgré leurs grandes promesses de courage et de fidélité (Marc 14 : 27-31), est vulnérable. 

d) Suivre : les femmes en Marc 15 : 40 

Les femmes, par contre, restent aux cotés de Jésus et ne fuient pas. Certaines d’entre elles ont commencé à suivre Jésus dès le début de son ministère en Galilée. Alors, son enseignement attirait la foule qui l’acclamait. Mais lorsqu’à Jérusalem l’opposition à Jésus augmente de plus en plus, elles ne l’abandonnent pas et restent auprès de lui. Arrivées à Golgotha, elles se tiennent près de la croix et se mettent ainsi en danger. Elles s’associent publiquement au crucifié et risquent l’arrestation ou des sévices de la part de militaires romains. 

2. Servir

© Mary Cotes

a) Servir : à la suite de Jésus

En parlant des femmes qui suivent Jésus, Marc affirme qu’elles l’avaient aussi servi. Ce terme est un mot-clé pour l’évangéliste. Le service existe au cœur du ministère de Jésus, le parfait serviteur de Dieu : « Le fils de l’homme, dit Jésus, est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Marc 10 : 45)Ceux qui vivent à la suite de Jésus sont appelés à imiter leur maitre et donc à manifester cette même attitude : « Si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur. Et si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit l’esclave de tous » (Marc 10 : 43-44).

b) Servir : les anges et la belle-mère de Simon

Marc affirme la qualité divine du service lorsqu’il rappelle l’action des anges (Marc 1 : 12-13). Selon Marc, suite au baptême de Jésus, l’Esprit pousse Jésus dans le désert. Marc ne raconte pas les tentations de Jésus, mais il rappelle que les anges étaient auprès de Jésus pour le servir. Il s’agit du même terme.

Ce mot important réapparait lorsque Marc parle de la guérison de la belle-mère de Simon (Marc 1 : 29-31). Ce passage est tellement court que l’on risque de ne pas apercevoir ce mot essentiel. Touchée et guérie par Jésus, cette femme se lève du lit pour servir. Au cœur de cette histoire familiale, il y a des profondeurs théologiques. La nouvelle vie offerte par Jésus nous mène vers une attitude de service. 

c) Servir : la faiblesse des apôtres

Tout au long de son Évangile, Marc parle de la faiblesse des apôtres. Il ne s’agit pas uniquement de Pierre qui refuse d’accepter la possibilité de la passion du Christ (Marc 8 : 32). En tant que groupe, les douze manquent de foi (Marc 4 : 40) et saisissent difficilement les grandes vérités divines que Jésus partage avec eux. Ils se font concurrence pour savoir qui est le plus grand (Marc 9 : 34). Jésus les reprend et n’est pas compris. Car peu après Jacques et Jean demandent des places d’honneur dans le Royaume (Marc 10 : 37). Arrivé à Marc 14 : 50, le lecteur n’est donc pas trop surpris d’apprendre que les douze abandonnent Jésus.

d) Servir : les femmes en Marc 15 : 40

Par son choix de vocabulaire, Marc indique que les femmes, témoins de la mort de Jésus, ont saisi le sens profond de la vie à la suite de Jésus. Comme pour la belle-mère de Simon, elles servent, ce qui est au cœur du ministère de Jésus. Elles sont seules à manifester ces éléments essentiels du discipulat. 

Le portrait de ces femmes, nous le savons bien, n’est pas terminé. Marc affirme plus loin que certaines d’entre elles sont encore témoins de l’ensevelissement de Jésus, puis du tombeau vide. Mais en décrivant déjà ces femmes en 15 : 40-41, Marc rappelle deux mots-clés de l’Évangile : suivre et servir. Dans ce portrait, il fait le lien entre le témoignage, le service et la vie à la suite de Jésus. Peut-être que Marc suggère que plus on suit Jésus et se met à son service, plus on témoigne puissamment de sa mort et sa résurrection


Références

[1] Marc ne raconte pas la présence au pied de la croix de la mère de Jésus, et du disciple bien-aimé. C’est Jean uniquement qui en parle (Jean 19 : 26-27).

[2] Matthieu parle également de ces femmes (Matthieu 27 : 55-56) Luc en parle deux fois (Luc 8 : 2-3 ; 23 : 49).

À propos revdmcotes

Mary Cotes est pasteur baptiste anglaise. Ayant fait ses études doctorales de théologie, elle a exercé un ministère dans de nombreux contextes, y compris l’aumônerie d’un hôpital psychiatrique. Auteur de Quand les femmes se mettent à l’œuvre, elle est actuellement la présidente de la Milton Keynes Christian Foundation, un réseau d’entreprises sociales, fondé par les églises de la ville. Musicienne diplômée, elle donne également des cours de piano.

3 comments on “Fidèles jusqu’au bout

  1. M.Rose

    Bonsoir,
    l’image du pot à eau et de la serviette me parle beaucoup.

    Les femmes qui suivaient Jésus écoutaient son enseignement mais sûrement
    s’occupaient aussi de l’intendance (ménage, lessive, repas, soins…).
    Votre conclusion est très juste car si on n’est pas fidèle dans les petites choses
    on ne le sera pas dans les grandes !

    Jésus lui-même a montré l’exemple de ce premier service si méprisé.
     » la première chose que fait Jésus en ressuscitant, c’est de plier le linge de son
    linceul, la lessive est impeccable, le linge d’une blancheur éclatante de lumière,
    et la dernière chose qu’il a faite, préparer le repas, griller du poisson au barbecue.
    Avant son arrestation, il a lavé les pieds de ses disciples, mission qui était réservé
    à la servante la plus humble de la maison. » (Pr M.Pernod).

    Etre disciple de Jésus (homme comme femme) c’est suivre son exemple dans
    notre foyer (surtout en ces temps de confinement !) et dans les locaux de nos
    églises (les volontaires au ménage sont rares !)
    afin d’être des témoins de sa résurrection.

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    • revdmcotes

      Merci beaucoup pour votre commentaire riche et intéressant qui nous fait penser au Christ ressuscité. Il est bien vrai qu’en ces temps de confinement, il est encore plus important de suivre l’exemple de Jésus dans notre foyer. Il me semble quand meme qu’etre disciple de Jésus (homme comme femme, vous l’avez bien dit) c’est aussi suivre son exemple dans tous les contextes de la vie.

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      • M.Rose

        Bonjour,
        merci et en accord avec vous pour suivre Jésus dans
        tous les contextes et tous les domaines de nos vies.
        SERVIR afin de le glorifier et non pour nous élever.

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