Un article de Verena Schafroth, publiée en novembre dernier dans InSights Journal, met en lumière les défis auxquels sont confrontées les femmes dans l’enseignement théologique en Afrique. Schafroth est engagée depuis plus de 15 ans dans la formation de pasteurs et de responsables d’églises en Afrique. Servir Ensemble vous en propose ce résumé en français: vous pouvez lire l’article original ici. Attention, en lisant ce résumé, vous pourriez bien trouver certaines similarités avec l’enseignement théologique en Europe…
L’éducation est souvent présentée comme un outil puissant pour l’égalité. Pourtant, dans le domaine de la théologie en Afrique, dit Schafroth, force est de constater que cette promesse n’est pas tenue. Les femmes restent largement sous-représentées dans les facultés de théologie, et leurs voix peinent à se faire entendre dans le discours théologique dominant. Cette situation est non seulement injuste, mais elle appauvrit aussi notre compréhension de Dieu, qui a créé l’homme et la femme à son image.
Face à ce constat, on entend souvent dire que le problème vient du manque de candidates qualifiées. Mais Schafroth, s’appuyant sur des données statistiques et des témoignages de théologiennes, démontre que cette explication est simpliste et masque des problèmes bien plus profonds.
L’article met en lumière plusieurs obstacles systémiques qui contribuent à la marginalisation des femmes dans l’éducation théologique en Afrique :
- Les préjugés culturels et sociétaux qui assignent aux femmes le rôle de gardiennes du foyer et les relèguent au second plan dans la sphère publique. Ces préjugés ont la vie dure et se manifestent même dans des milieux universitaires.
- Les stéréotypes qui découragent les femmes de s’engager dans des études théologiques, considérées comme un domaine réservé aux hommes.
- Le manque de soutien institutionnel face aux défis spécifiques rencontrés par les femmes, notamment la difficulté de concilier vie familiale et carrière académique. Le poids des responsabilités domestiques, souvent assumées majoritairement par les femmes, limite leur temps et leur énergie pour la recherche et la publication.
- Le « tokenisme », une pratique qui consiste à faire des efforts symboliques pour inclure quelques femmes dans les institutions, sans pour autant remettre en question les structures de pouvoir existantes. Ce phénomène contribue à l’isolement des théologiennes, qui se retrouvent souvent seules dans des environnements à prédominance masculine.
- L’accès limité aux réseaux informels, souvent dominés par les hommes, où se nouent des collaborations et se partagent des opportunités de carrière. Ce manque de réseautage pénalise les femmes dans leur accès aux ressources, aux mentorats et aux possibilités de publication.
- Les obstacles à la promotion, liés à des critères opaques et à un manque de reconnaissance du travail accompli par les femmes, notamment dans les tâches administratives et institutionnelles.
L’article de Schafroth ne se limite pas à un constat alarmant. Il propose également des pistes d’actions concrètes pour que les institutions théologiques deviennent des lieux plus justes et inclusifs pour les femmes. L’auteure appelle à un changement systémique, qui passe par :
- La mise en place de quotas pour garantir une représentation féminine significative à tous les niveaux de l’institution, y compris dans les comités de décision et les postes de direction.
- L’adoption de politiques favorables à la famille, comme des horaires flexibles, des congés parentaux, des services de garde d’enfants sur le lieu de travail, etc. Ces mesures permettraient de mieux concilier les exigences de la vie familiale et celles de la carrière académique.
- La création de réseaux de femmes théologiennes, aux niveaux national et régional, pour briser l’isolement, encourager le mentorat et favoriser le partage d’expériences et de ressources.
- Un meilleur soutien à la recherche et à la publication pour les femmes, en leur donnant accès aux financements, aux formations et aux opportunités de collaboration. Il est essentiel que les institutions reconnaissent la valeur du travail accompli par les femmes, notamment dans les domaines de l’enseignement et du service institutionnel, et que ces contributions soient prises en compte dans les processus de promotion.
- L’investissement dans le développement professionnel des femmes, en leur offrant des formations au leadership et en les encourageant à participer à des conférences, des programmes d’échange et des initiatives de collaboration internationale.
Pour Schafroth, l’inclusion des femmes dans l’enseignement théologique est bien plus qu’une simple question de justice. C’est une nécessité pour une théologie riche, diversifiée et fidèle à la Parole de Dieu.
En donnant la parole aux femmes, nous permettons à l’image de Dieu, dans toute sa plénitude, de se refléter dans notre compréhension du monde.
Il est temps que les institutions théologiques en Afrique prennent leurs responsabilités et s’engagent activement pour une plus grande inclusion des femmes. L’avenir de la théologie africaine en dépend.
Lire l’article original en anglais
Illustration de couverture : Wikipedia commons


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