Progresser en Église

Le privilège #bingodesclichés 9

« Le privilège n’existe pas vraiment. » « C’est une fantaisie du 21e siècle qui ne correspond à aucune réalité. » Cet article vient clôturer notre série « bingo des clichés » qui nous a accompagnés pendant une année et qui répond en neuf courts articles à des phrases couramment entendues.

Le privilège, de quoi s’agit-il ?

On parle ici du privilège social et plus précisément du privilège masculin. Par privilège social, on entend « un avantage social ou degré de prestige et de respect [dont bénéficie une personne] en raison de son appartenance à certains groupes d’identités sociales. Des individus et des groupes peuvent être avantagés en fonction de la classe sociale, de l’âge, de leurs capacités (absence de handicap), de la catégorie ethnique ou raciale, du sexe, de l’identité de genre, de l’orientation sexuelle et de la religion »[1].

Pour se rendre compte de la problématique, plusieurs ressources sur internet proposent ce qu’elles appellent « la roue des privilèges »[2]. Celle-ci permet de visualiser ce que peuvent être ses propres privilèges sociologiques. Là où on pourrait avoir tendance à voir les autres comme « privilégiés », cette roue fait apparaître que tout le monde peut se retrouver dans une situation privilégiée par rapport à d’autres, au regard de différents aspects de sa vie. Plus on se situe au centre, plus on bénéficie d’avantages par rapport à d’autres se situant dans les marges. J’ajouterais qu’en fonction des contextes et questions concernées, certains privilèges peuvent probablement se retourner.

Quant au privilège masculin, Marie-Noëlle Yoder le décrit de la manière suivante : « Les récentes évolutions en sciences sociales, ont mis un dysfonctionnement relationnel en lumière. En étudiant les avantages accordés aux uns et aux autres, elles ont souligné le ‘‘privilège masculin’’, c’est-à-dire le fait que les hommes ont des avantages sociaux non négligeables sur la seule base de leur sexe. Pour bien comprendre : cet avantage, ou privilège, ne relève pas de quelconques compétences ou responsabilités, mais surgit par la seule différence sexuelle. On laisse les hommes prendre davantage d’espace, on les écoute davantage, on juge leurs idées meilleures et on pense davantage à eux lorsqu’il s’agit de confier une responsabilité. »[3]

Comment réagir quand on se rend compte que l’on est privilégié par rapport à d’autres, que l’on parle du privilège masculin ou de tout autre privilège ? Il ne s’agit pas de se sentir coupable d’être dépositaire d’un privilège, car même si on ne fait rien pour entretenir ce privilège, il reste présent dans notre vie. Il n’y a pas de raison de se sentir coupable d’être né homme par exemple, ou blanc, ou d’avoir eu accès à l’éducation ou encore d’être un citoyen. Il s’agit tout d’abord de se rendre compte que l’on bénéficie d’un privilège pour ensuite l’utiliser d’une manière réfléchie, en suivant les traces de Jésus. 

Jésus et le pouvoir

Quand on bénéficie d’un privilège, on a du pouvoir. Et Jésus a clairement montré comment utiliser son pouvoir autrement que pour dominer, s’assurer soi-même une place, un statut ou sauvegarder son privilège à tout prix. Dans son excellent livre Better Together, How Women and Men Can Heal the Divide and Work Together to Transform the Future (Mieux ensemble, Comment les femmes et les hommes peuvent réduire le fossé et travailler ensemble pour transformer l’avenir), Danielle Strickland écrit :

« [J]e pense que la raison pour laquelle Jésus a pu avoir autant de pouvoir et ne pas être corrompu par celui-ci est qu’il a compris mieux que quiconque que le pouvoir n’est pas une ressource finie ; il est infini. »[4] 

L’auteure rappelle que le pouvoir ne nous appartient pas et propose de le voir comme un don que nous devons utiliser et une influence que nous exerçons. « Jésus nous a montré comment vivre notre vie en utilisant notre pouvoir pour donner du pouvoir aux autres»[5], au lieu de l’utiliser d’une manière négative en contrôlant les autres[6].

Le problème ne réside pas dans le fait d’avoir du pouvoir ou un privilège, mais de les utiliser d’une manière qui ne laisse pas la place aux autres, au lieu de les utiliser pour les élever, au lieu de les partager avec les autres, en vue du bien commun.

Jésus ne s’est pas accroché à ses privilèges de Fils de Dieu, mais il est allé jusqu’à l’extrême don de sa vie pour que nous aussi nous puissions être fils et filles de Dieu, à sa suite. « Lui qui, dès l’origine, était de condition divine, ne chercha pas à profiter de l’égalité avec Dieu, mais il s’est dépouillé lui-même, et a pris la condition du serviteur. Il se rendit semblable aux hommes en tous points, et tout en lui montrait qu’il était bien un homme. » (Phil 2 : 6-7) Oui, la « gloire [de Dieu] ne consiste pas à prendre, mais à donner. »[7]

Apprendre ensemble…

… à donner, au lieu de prendre. Se rendre compte que nous sommes toutes et tous privilégiés par rapport à d’autres dans les différents aspects qui font notre vie, nous invite à changer de perspective, à investir dans la générosité au lieu de laisser la peur de perdre notre place nous envahir. Au lieu de nous agripper à ce que nous croyons posséder. 

Dans un webinaire de ChristianityTodayl’écrivaine Kate Armas propose une image parlante de comment un homme peut devenir l’allié des femmes : en se comportant comme s’il était l’invité et non pas l’hôte, non en invitant les femmes à sa table mais en s’asseyant à la leur. Il s’agit d’aller vers l’autre dans une posture d’écoute et d’apprenant et non pas dans la posture de celui qui sait et qui possède. Il s’agit de rejoindre la personne moins privilégiée et de se laisser enseigner par elle[8]. Il s’agit d’inverser les rôles et de montrer ainsi à l’autre qu’il compte, que l’on veut sincèrement lui faire de la place. 

Faisons de même, chacun là où il est privilégié. Et le Royaume de Dieu prendra de plus en plus corps dans nos vies, dans nos relations. 


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#bingodesclichés est un bingo des phrases entendues couramment. Un bingo de certaines idées reçues sur le ministère (pastoral) des femmes. En 9 courts articles nous y apportons une réponse et donnons des pistes pour aller plus loin.


Références

[1] Wikipédia, en ligne : https://fr.wikipedia.org/wiki/Privilège_social, consulté le 08/07/2022. 

[2] L’image ci-dessous est reprise du site http://oublieesoudisparues.ca/wp/trousse-de-mediation-culturelle/complements-dactivites/la-fleur-du-pouvoir/, consulté le 08/07/2022. Cette roue des privilèges s’inscrit dans un contexte séculier canadien.

[3] Marie-Noëlle Yoder, Surmonter le privilège masculin, novembre 2020, en ligne : https://servirensemble.com/2020/11/18/surmonter-le-privilege-masculin/-.

[4]Danielle Strickland, Better Together: How Women and Men Can Heal the Divide and Work Together to Transform the Future,Thomas Nelson, Nashville, 2020, p. 124. Propre traduction.

[5]Danielle Strickland, Better Together: How Women and Men Can Heal the Divide and Work Together to Transform the Future,Thomas Nelson, Nashville, 2020, p. 129. Propre traduction.

[6] Cf. Danielle Strickland, Better Together: How Women and Men Can Heal the Divide and Work Together to Transform the Future,Thomas Nelson, Nashville, 2020, p. 120. Propre traduction.

[7]Michael Reeves, Le Dieu inconcevable – Et oh combien bon !, La Clairière, Québec, 2016, p. 121.

[8]Cf. Reimagining Biblical Womanhood, Christianity Today, 15/03/2022, en ligne : https://www.christianitytoday.com/ct/videos/live-events/reimagining-biblical-womanhood.html, consulté le 08/07/2022. 

À propos Lydia Lehmann

Après une première expérience pastorale de huit ans (en binôme avec son mari, tous les deux pasteurs dans la même communauté), Lydia Lehmann, titulaire d'un master en théologie de la FLTE, est actuellement co-pasteure dans une Eglise de l’AEEBLF au sud de Bruxelles.

1 comment on “Le privilège #bingodesclichés 9

  1. « l’écrivaine Kate Armas propose une image parlante de comment un homme peut devenir l’allié des femmes : en se comportant comme s’il était l’invité et non pas l’hôte, non en invitant les femmes à sa table mais en s’asseyant à la leur. Il s’agit d’aller vers l’autre dans une posture d’écoute et d’apprenant et non pas dans la posture de celui qui sait et qui possède. »

    Merci

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