Textes bibliques

L’homme est le chef de la femme #bingodesclichés

Une évidence pour beaucoup de chrétiens ! Pourtant la chose n’est pas si simple que ça ! Cette pensée s’appuie sur Éphésiens 5 : 23 : « Car l’homme est le chef de la femme » (voir aussi 1 Co 11 : 3).

« Chef » : pas la meilleure traduction

Cependant, il ne s’agit pas d’une traduction très heureuse. Littéralement ce verset dit : « Car l’homme est la tête (képhalè) de la femme ». Si l’on prend en compte le contexte, on voit clairement que Paul parle ici du mariage. Ainsi la traduction : « Car le mari est la tête de sa femme » (NFC) rend mieux l’original, aner pouvant aussi vouloir dire mari. Tout homme n’est pas la tête de toute femme dans son entourage, mais le mari est la tête de son épouse. Il est important de le souligner, car ce texte est parfois utilisé pour affirmer que les femmes ne pourraient assumer de rôle de direction dans l’Église, et même en dehors de l’Église, dans une œuvre para-ecclésiale ou dans une entreprise séculière.

« Tête » est plus approprié

Selon plusieurs dictionnaires le terme grec képhalè, qui désigne tout d’abord la tête physique, peut être traduit par tête ou par chef. Cependant « ‘‘tête’’ signifiant ‘‘chef’’ n’est pratiquement pas attesté dans la littérature grecque séculaire ou païenne avant le 4e siècle de notre ère »[1]. Et quand dans l’Ancien Testament le mot hébreu pour tête (« rosh ») a le sens de « chef », la Septante ne le traduit généralement pas par « képhalè »[2] !

Nous privilégions donc la traduction « tête » qui est la plus neutre. Une traduction a pour but de rendre le mieux l’original tout en étant compréhensible pour le public cible. Traduire « képhalè » par « chef » a le désavantage d’être porteur de présupposés et de tout un poids de tradition. C’est un terme chargé qui comporte le risque que les lecteurs et lectrices d’aujourd’hui plaquent sur lui la compréhension actuelle du mot « chef ».

« Chef » : introduit la notion d’« autorité »

En effet, « chef » introduit la notion d’« autorité » ou de « hiérarchie ». Pourtant, même quand Paul parle dans ce même passage de se soumettre mutuellement au sein de la communauté chrétienne et précise « vous les femmes à votre mari » (Éph 5 : 22), il ne s’agit pas d’entrer dans des rapports d’autorité. Valérie Duval-Poujol affirme : « Paul aurait pu choisir d’autres mots plus clairs qui existent en grec. Or il fait le choix d’un verbe qui désigne une démarche volontaire, dans l’amour, qui peut se comprendre comme ‘‘être fidèle, être un appui’’ »[3]. Le mariage est ainsi décrit comme un « vivre ensemble » dans le don de soi, l’amour et le respect mutuels.

La relative neutralité de « tête » va dans ce sens. Elle oblige le lecteur à plonger plus profondément dans le mouvement du texte et à le décortiquer dans une attitude d’écoute de l’Esprit saint avec l’ensemble de la communauté chrétienne pour se laisser transformer par lui et en saisir la portée subversive.

Deux têtes, deux corps !

Car que dit Paul dans ce passage quand il dit que « le mari est la tête de sa femme » ?

  • La femme est appelée à tenir compte du fait qu’elle n’a plus qu’une tête, mais deux.

En se mariant elle ne devient pas un corps sans tête. Elle ne doit pas non plus remplacer la sienne par celle de son mari. Mais elle doit se souvenir qu’elle a reçu une deuxième tête. Comme le dit si bien Joëlle Razanajohary-Sutter : « Elle reste responsable de sa vie, de ses choix, de son salut, de sa relation avec Dieu, comme tout disciple l’est. Ce qui est demandé à l’épouse, c’est de comprendre et d’agir comme si elle en [tête] avait deux. Autrement dit de tenir compte des raisonnements de son autre tête et de se soumettre à elle dans le respect »[4], à l’image du Christ !

  • Le mari, de son côté, est appelé à se souvenir qu’il n’a plus un seul corps. Il en a deux[5] :

« Les maris doivent donc aimer leur femme comme ils aiment leur propre corps » (Eph 5 : 28). Prendre soin de son deuxième corps est une priorité pour lui. Le mari est la tête de sa femme, il a la prééminence pour prendre soin d’elle, à l’image du Christ !

Cela « a quelque chose à avoir avec le fait de prendre une bassine et de laver les pieds de l’autre. C’est se dépouiller de ses propres droits et laver les pieds de ceux qui sont censés, selon la conception du monde, être en-dessous de soi, en se plaçant soi-même sous leurs pieds. »[6]

Suggestion de lecture

Joëlle Sutter-Razanajohary, « Que les femmes soient soumises » : Les conséquences d’une soumission non biblique ».

Mary Cotes, « Qui doit pratiquer la soumission dans le mariage ? »

Le deuxième livre de Joëlle Sutter-Razanajohary, Une invitation à la danse. La métaphore conjugale dans la Bible dont vous pouvez regarder la vidéo de présentation ici ou lire la recension ici.


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« La Bible est claire, il suffit de la lire« 
« N’oubliez pas l’ordre créationnel« 
« L’autorité masculine« 

D’autres articles sont à venir dans la série #bingodesclichés le premier vendredi de chaque mois. Il s’agit d’un bingo des phrases entendues couramment. Un bingo de certaines idées reçues sur le ministère (pastoral) des femmes. En 9 courts articles nous aimerons y apporter une réponse et donner des pistes pour aller plus loin. Nous sommes impatientes de partager la suite avec vous !


Références

[1] Marg Mowczko, « 4 reasons “head” does not mean “leader” in 1 Corinthians 11:3 », en ligne : https://margmowczko.com/head-kephale-does-not-mean-leader-1-corinthians-11_3/, consulté le 17/01/2022, en s’appuyant sur Al Wolters, « Head as Metaphor », Koers 76.1 (2011): 137-153, 142. 

[2] Cf. Marg Mowczko, « 4 reasons “head” does not mean “leader” in 1 Corinthians 11:3 », en ligne : https://margmowczko.com/head-kephale-does-not-mean-leader-1-corinthians-11_3/, consulté le 17/01/2022.

[3] Valérie Duval-Poujol, La Bible est-elle sexiste ?, Éditions empreinte temps présent, Paris, 2021, p. 212.

[4] Joëlle Sutter-Razanajohary, « Que les femmes soient soumises » : Les conséquences d’une soumission non biblique ».

[5] L’idée vient du même article.

[6] Joëlle Sutter-Razanajohary, Une invitation à la danse. La métaphore conjugale dans la Bible, Olivétan, Lyon, 2021, p. 76.

À propos Lydia Lehmann

Après une première expérience pastorale de huit ans (en binôme avec son mari, tous les deux pasteurs dans la même communauté), Lydia Lehmann, titulaire d'un master en théologie de la FLTE, est actuellement co-pasteure dans une Eglise de l’AEEBLF au sud de Bruxelles.

2 comments on “L’homme est le chef de la femme #bingodesclichés

  1. Marie-Rose

    Bonjour,

    autrefois, quand je lisais le verset 1Co 11.3 :
     » le Christ est la tête de l’ Église qui est son corps »
    voici l’image qui s’imposait à moi : l’église était un corps composé de chrétiens
    jusqu’ au cou et la tête était le Christ.
    Cette image continue avec le couple d’où les plaisanteries qui circulent
    encore. Par ex : « la femme est le cou qui fait tourner la tête de l’homme »……

    Depuis, le lecture du passage de 1 Co .12 est venu corriger cette image fausse.
    En effet, de la tête au pied, toute l’église est le corps du Christ puisque des membres peuvent être une oreille, un nez, une bouche…. donc dans la tête.
    Et de même, chacun des époux garde sa tête et son propre corps !

    Mais alors, où est le Christ ?
    Bien sûr, le Christ est parti au ciel et siège avec son église assise
    à coté de lui et héritière de tous ses biens !
    Mais son incarnation, la croix a produit un renversement de position incroyable
    par rapport à l’At et à commencer dans le couple sur la terre.
    JÉSUS vit à présent EN NOUS par l’Esprit Saint, en chacun de ses enfants,
    dans tous les membres de l’église sans exception (mari et femme compris !)
    Ainsi chacun devient une AUTORITÉ pour les autres,
    et vivre un SACRIFICE est incontournable pour élever le prochain et pour cela
    il s’agit de se soumettre les uns aux autres !

    Je recommande les lectures qui sont proposées en fin d’ article.
    Elles sont très éclairantes et permet de déconstruire ce faux enseignement,
    pour repartir sur de nouvelles bases. Je nous le souhaite de tout cœur.
    MERCI à vous.

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