Textes bibliques

« Qu’elle se voile » (1 Co 11) – un texte révolutionnaire!

Une femme chrétienne peut-elle publiquement servir Dieu et les hommes dans le ministère de la prière et de la parole ? Le pasteur Christophe Blomme répond à cette question en regardant de près ce texte extraordinaire de l’apôtre Paul.

Le chapitre 11 de la première épître de Paul aux Corinthiens semble être, pour beaucoup de lecteurs modernes, un des passages les plus restrictifs de la Bible à l’égard du statut des femmes chrétiennes. Si nous le lisions comme s’il avait été écrit aujourd’hui, nous aurions sans doute un peu raison de l’interpréter ainsi.

Cependant, en regardant d’un peu plus près, le contexte religieux et culturel de l’époque, nous pourrions être surpris de découvrir à quel point il était très en avance sur son temps. Nous pourrions nous apercevoir que l’apôtre Paul y permettait clairement aux femmes chrétiennes de jouer un rôle public important au niveau de la prière et de la prophétie. En considérant le rapport qui existe entre la prophétie et la prédication, nous verrions comment ce texte était en réalité plutôt révolutionnaire à l’époque et le demeure encore aujourd’hui.

Quelques mots de contexte

Au début de l’ère chrétienne, les femmes ne jouaient généralement pas un grand rôle au sein des cultes rendus aux principaux dieux du panthéon gréco-romain. Le culte de la Diane éphésienne constituait une exception, car la grande prêtresse y jouissait d’une grande autorité, y compris sur les hommes, alors que les femmes étaient le plus souvent tenues de rester discrètes ou à l’écart. Dans le culte juif, les femmes semblaient supporter cet état de fait, tandis que les femmes païennes se réfugiaient plutôt dans les cultes à mystère de type initiatique (mystères d’Éleusis, mystères dionysiaques, culte de Cybèle, culte de Mithra, etc.) Au mois de mars, lors des bacchanales, fêtes célébrées en l’honneur de Bacchus, le dieu de l’ivresse et des débordements en tous genres, les femmes étaient invitées à ôter leur voile, à laisser voler leurs cheveux, à danser de manière lubrique dans un état de frénésie qu’on considérait comme prophétique. Cette fête orgiastique marquait considérablement l’inconscient collectif de la civilisation gréco-romaine, à tel point qu’une participation active des femmes aux cérémonies religieuses ordinaires était vue comme une chose inconvenante. À cette époque, une femme respectable se devait d’être chaste, soumise, voilée et discrète.

C’est dans ce contexte religieux compliqué que l’apôtre Paul rédige sa première épître aux Corinthiens. Au onzième chapitre, tout en maintenant les règles sociétales établies de l’époque romaine, Paul s’écarte considérablement des pratiques de son temps :

Tout homme qui prie ou qui prophétise, la tête couverte, déshonore son chef. Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef : c’est comme si elle était rasée. Car si une femme n’est pas voilée, qu’elle se coupe aussi les cheveux. Or, s’il est honteux pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou d’être rasée, qu’elle se voile. L’homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu’il est l’image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l’homme. (1 Cor. 11:4-7, Louis Segond, Nouvelle Édition de Genève, 1979)

Des propos radicaux

On ne mesure pas suffisamment la radicalité des propos de l’apôtre Paul. Non seulement permet-il la participation des femmes au culte chrétien, mais également de prophétiser en public devant un auditoire pour une bonne part composé d’hommes !

Le fait, en outre, qu’il traite, dans ce chapitre, des relations hommes femmes implique nécessairement que les femmes pouvaient prendre la parole en présence des hommes. C’était révolutionnaire ! Cette participation active des femmes au sein du culte chrétien faisait délirer certains auteurs classiques qui les soupçonnaient d’inceste et de débauche, sans oublier les accusations de cannibalisme à cause d’une mauvaise interprétation de l’eucharistie. En ajoutant à cela le fait que, dans la culture gréco-romaine, la prophétie était le plus souvent un phénomène extatique associé aux pires extravagances, on comprend mieux pourquoi Paul refuse de chambouler les fondements sociétaux de son temps, mais préfère les réaffirmer tout en introduisant des réformes subtiles en vue de réhabiliter les femmes aux côtés des hommes.

Dans les communautés pauliennes, les femmes pouvaient participer publiquement à la prière et à la prophétie, c’est-à-dire au ministère de la parole adressée à Dieu et au ministère de la parole adressée aux hommes.

Le prophète, ce prédicateur

À l’époque biblique, un prophète était aussi considéré comme un prédicateur. Une prophétie, telle que l’annonce de la venue prochaine du Christ par Jean-Baptiste pouvait être considérée comme l’activité de prêcher :

Il prêchait, disant : Il vient après moi celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier, en me baissant, la courroie de ses souliers. (Marc 1:7, NEG)

Dans le Nouveau Testament, le plus souvent, le verbe grec traduit par prêcher est kèrussô. Ce verbe est régulièrement associé à l’activité des prophètes (Actes 10:37, par exemple).

Quel est donc ce ministère prophétique confié par Paul aux femmes corinthiennes ? Notre mot français prophétiser vient de la langue grecque (prophèteuô). Étymologiquement, le terme peut être expliqué de deux façons :

  • soit pro (avant, devant) + phèmi (dire) = parler avant, c’est-à-dire prédire ;
  • soit pros (pour, à l’avantage de, en présence de, à l’égard de) + phèmi (dire) = parler de la part d’un dieu, être son porte-parole, son messager.

Pour beaucoup, prophétiser signifie essentiellement prédire l’avenir. En réalité, l’annonce du futur est un phénomène relativement secondaire dans le prophétisme biblique. Il s’agit plus souvent d’une prédication que d’une prédiction.

Cela ne nous permet cependant pas de comprendre le sens biblique profond du verbe prophétiser. Pour cela, il faut recourir à la langue de l’Ancien Testament, l’hébreu ancien. La première fois, dans les Écritures, où le terme prophète est utilisé, c’est en relation avec Abraham, personnage qui ne viendrait pas immédiatement à l’esprit comme exemple d’un prophète :

Maintenant, rends la femme de cet homme ; car il est prophète, il priera pour toi, et tu vivras. Mais, si tu ne la rends pas, sache que tu mourras, toi et tout ce qui t’appartient (Genèse 20 : 7, NEG).

Dans ce contexte, il est plutôt question du rôle d’intercesseur d’Abraham. Abraham sera connu à perpétuité comme le père des croyants, comme l’ami de Dieu et comme le fondateur du monothéisme, mais difficilement comme le premier prophète. Cela nous montre qu’il y a un décalage entre notre conception moderne du prophète et celle qui prévalait dans les écrits bibliques.

En hébreu, le substantif prophète (nabi) vient du verbe prophétiser (naba), qui est dérivé d’une ancienne racine pouvant signifier « déborder, bouillonner, jaillir ». L’idée sous-jacente est celle d’être sous l’effet d’une puissante inspiration intérieure qui peut déborder à l’extérieur de différentes manières. Dans l’Ancien Testament, tous ceux qui débordent de l’Esprit sont prophètes. Le contexte permet souvent de préciser davantage le sens de la prophétie. Dans son sens original, le terme peut désigner plusieurs réalités :

  • avoir le comportement extatique d’un prophète (1 Samuel 19:20-24, Nombres 11:25) ;
  • jouer de la musique sous l’inspiration de l’Esprit (1 Samuel 10 : 5) ;
  • accomplir des actions symboliques qui serviront de support à un message exhortatif (Jérémie 13, Ézéchiel 4) ;
  • communiquer un message intelligible de la part de Dieu, que ce soit sous la forme d’oracles (« Ainsi parle le Seigneur… ») ou sous la forme d’une prédication construite (voir les nombreux et longs sermons des prophètes-écrivains comme Ésaïe, Jérémie ou Ézéchiel qui prêchaient en étayant leurs messages de comparaisons et illustrations tirées de la vie quotidienne, de références à la Torah et à l’histoire du peuple juif).

L’apôtre Paul définit la prophétie comme l’action de parler aux hommes dans le but de les édifier, de les exhorter et de les consoler (1 Cor. 14:3-4). Il peut s’agir de messages exhortatifs, édifiants ou rassurants.

Dans les communautés chrétiennes fondées par Paul, les femmes jouaient donc un rôle dans le ministère de la parole en plus de celui de la prière. Parler publiquement de la part du Seigneur n’était pas en dehors de leur sphère d’autorité.

Le voile, symbole d’autorité

C’est dans ce contexte que Paul interprète le voile de la femme respectable comme une marque de son autorité dans le Seigneur :

Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête une marque d’autorité, à cause des anges. (1 Cor. 11:10, TOB)

Faisons toutefois attention à certaines traductions françaises erronées qui ont assorti le terme autorité de l’expression « dont elle dépend » alors que ces mots n’existent tout simplement pas dans le texte original. Pour Paul, le couvre-chef de la femme était un symbole de l’autorité qu’elle exerçait en Christ pour servir l’Église dans la prière et la parole. Il s’agit bien d’une marque d’autorité spirituelle et non pas simplement humaine, car le voile dont il est question ici ne concerne pas les hommes, mais bien les anges ! Paul fait probablement allusion aux anges qui, dans le récit de la chute, gardaient l’entrée du jardin d’Éden. En Christ, ceux-ci n’empêchent plus la femme de réintégrer son rôle de servante de Dieu, car elle n’agit plus comme la première Ève.

Prenant le contre-pied de la tradition religieuse juive qui imposait un couvre-chef aux hommes, mais pas obligatoirement aux femmes, Paul commande que les hommes se découvrent quand ils prient ou prophétisent et qu’au contraire, les femmes corinthiennes portent sur la tête une marque de leur autorité :

Tout homme qui prie ou qui prophétise, la tête couverte, déshonore son chef. Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef : c’est comme si elle était rasée. (1 Cor. 11:4-5, NEG)

À l’origine, les hommes juifs avaient pris l’habitude de se couvrir la tête en souvenir de la tiare que portait le Grand Prêtre quand il officiait. Paul confie donc une part d’autorité aux femmes dans le sacerdoce chrétien. Il s’agit d’une véritable réhabilitation de la femme dans le ministère spirituel.

La femme possède donc une autorité en Christ pour s’adresser à Dieu et aux hommes en public. Comme toute autorité dans l’Église chrétienne, il s’agit d’une autorité de service et jamais de domination. Jésus a en effet interdit toute forme d’autorité de domination dans son Royaume (Matthieu 20:25-28), mais il a défini l’autorité comme le privilège de servir les autres par amour (Jean 13:13-15).

Force est de constater que le chapitre 11 de la première épître aux Corinthiens est loin d’être un texte aussi restrictif à l’égard des femmes que certains l’imaginent. Dans la société de l’époque, cela pouvait même être perçu comme tout bonnement révolutionnaire. Une femme chrétienne peut-elle publiquement servir Dieu et les hommes dans le ministère de la prière et de la parole ? Il semble qu’on puisse, sans hésitation, répondre à cette question par l’affirmative.

Christophe Blomme

Christophe portrait

 

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7 comments on “« Qu’elle se voile » (1 Co 11) – un texte révolutionnaire!

  1. Nathalie Samso

    Merci pour ce texte très édifiant, je comprends mieux ce passage souvent sujet à des tiraillements inutiles, je trouve l’approche de l’auteur intéressante.

    Aimé par 1 personne

  2. Daniel

    Effectivement les femmes participent activement au culte contrairement a ce que disent les darbystes mais le voile est aussi en relation avec l homme comme le disent les derniers versets.vous sembler éluder la question. Car si ce n était pas le cas les femmes auraient exactement la même autorité que les hommes. Non?

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  3. Daniel

    Alors pourquoi une pratique différente pour les hommes et les femmes? Pourquoi a t elle besoin de se couvrir? Visiblement vous vous efforcer de faire dire a paul le contraire de ce qu il dit.

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    • Marie-Noëlle Yoder

      J’aurais pu répondre aux premières questions que vous posez, mais vous êtes dans le procès d’intention, ce qui est fort regrettable. Nul ne peut tenter de définir ce que Paul voulait vraiment dire avant d’avoir regardé les textes avec attention en cherchant à leur être fidèle. A cause des éléments mentionnés par Matthias Radloff, il me semble important de souligner que l’usurpation est de ceux qui affirment unilatéralement que Paul déclare ici une autorité de l’homme sur la femme. Ce n’est pas ce que le texte dit. Genèse 3 donne une bonne explication à ce phénomène que l’on retrouve dans bien d’autres domaines, et qui n’est non pas l’œuvre de Dieu, mais celle de la nature déchue de l’homme.

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  4. Lucile

    Mille mercis pour la clarté et la qualité de votre article ! Que notre génération, et celle qui se lève, comprenne mieux les enjeux du ministère féminin dans l’Eglise …

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  5. Marie-Rose

    Il y a une femme dont on parlera dans le monde entier a dit Jésus.
    Cette femme, c’est Marie Madeleine qui avec ses cheveux longs a essuyé les pieds de Jésus.
    Il ne fait aucun reproche, mais loue ce qu’elle a fait, en présence d’autres hommes.
    C’est cette image que je garde dans mon cœur !
    Si l’apôtre Paul, que j’admire, a été en avance sur son temps(mais a du composer
    avec les limites de sa tradition), Jésus lui, le révolutionnaire a libéré les femmes et
    ce n’est pas pour les remettre sous un voile, quel qu’il soit !

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