Textes bibliques

La tradition #bingodesclichés

« On a toujours cru cela. On a toujours fait comme cela ». La tradition joue un rôle important dans l’interprétation de l’Écriture. L’Église d’aujourd’hui est héritière de l’Église d’hier. Quand les chrétiens contemporains se posent une question de doctrine, il est bon de faire un retour dans les méandres du passé pour voir comment la question a été abordée à travers l’histoire et comment les textes relatifs à la question ont été interprétés. Si Christ a guidé son Église et qu’il l’a équipée de son Esprit, il est nécessaire d’accorder un degré de confiance à la tradition et de la prendre en considération.

Cependant, si la tradition est importante, elle ne peut être première. Les humains qui ont interprété les textes bibliques au fil de l’histoire étaient faillibles, potentiellement aveuglés par leurs propres cultures, leur propre péché et leurs propres préjugés. Si les textes sont reconnus comme étant inspirés de Dieu, les interprètes ne le sont pas toujours. Le rôle de chaque génération est donc de revenir à l’Écriture comme seule norme.

  • Telle interprétation tient-elle face au texte ?
  • Le texte a-t-il quelque chose à ajouter à cause d’un changement de contexte ? D’une nouvelle question qui lui est posée ?

Ce que l’Église affirme doit être en cohérence avec ce que l’on retrouve dans l’Écriture. C’est elle seule qui constitue le fondement de toute affirmation chrétienne.

Que dit la tradition au sujet des hommes et des femmes, de leur nature et de leurs relations ? Il y a eu à la fois de la continuité et de la discontinuité au fil de l’histoire.

Continuité

Globalement, l’Église a réservé la fonction pastorale aux hommes même si cette affirmation devrait encore être nuancée. Les exceptions à ce consensus restent difficiles à quantifier.

  • L’histoire des femmes a laissé peu de traces, même si l’on a retrouvé des fresques de femmes évêques (5e siècle).
  • Les femmes occupent souvent des places importantes dans la genèse des mouvements religieux et sont invitées à quitter les lieux de responsabilité lorsque le mouvement s’institutionnalise.
  • Les couvents étaient bien souvent des lieux d’affranchissement des femmes qui pouvaient exercer des ministères de direction au sein de l’Église sans que cela ne soit toujours explicitement nommé.

A part quelques rares exceptions, la théologie a été formulée par des hommes jusqu’à récemment. Comme l’a dit une journaliste avec malice :

« des hommes qui se réunissent entre eux pour décider d’exclure les femmes, est-ce si exceptionnel » ?

Discontinuité

Si l’on observe une certaine constance dans la tradition sur les deux points cités ci-dessus, la tradition comporte aussi une discontinuité majeure à laquelle la grande majorité des théologiens souscrivent aujourd’hui. Tout au long de l’histoire de l’Église, la disqualification des femmes était liée à son infériorité ontologique. En d’autres termes, il était communément admis qu’une femme valait moins qu’un homme. Comme Eve, elle était perçue comme plus susceptible d’être trompée. Séductrice par nature, il ne fallait pas lui accorder sa confiance. A l’image de Marie, son salut dépendait de la maternité et de sa soumission.

Dans un bref historique, Elisabeth Parmentier (Les filles prodigues, p.17-20) retrace l’histoire de cette infériorité ontologique.

  • Au 4e siècle, Augustin souligne que si l’homme a une âme (homo interior) et un corps sexué (homo exterior), la femme ne possède qu’un corps. De fait, le théologien écrit : « La femme elle-même n’est pas l’image de Dieu alors que l’homme l’est aussi pleinement et aussi complètement que lorsque la femme lui est adjointe. »
  • Au 12e siècle, le décret de Gratien inscrit dans le droit canonique que les femmes ne sont pas à l’image de Dieu, et qu’elles sont sujettes à l’homme par droit divin.
  • Ce n’est qu’en 1957 que le pape Pie XII[1] corrigera cela en affirmant que l’homme et la femme sont égaux en dignité et en valeur ! Le concile de Vatican II[2] viendra renforcer à son tour cette égalité de l’homme et de la femme, en dignité et en valeur du moins.

Conclusion

S’il y a continuité, il y a aussi incontestablement discontinuité dans la tradition au sujet des relations entre l’homme et la femme. La métaphore de l’arbre est ici utile.

  • Les racines : La différence de valeur entre les hommes et les femmes était l’un des fondements majeurs. Toute l’interprétation patriarcale des textes reposait sur cette grille de lecture. Les théologiens acceptent aujourd’hui unanimement de questionner les racines de cet arbre.
  • Les fruits : Pourtant, nombreux sont ceux qui s’accrochent encore aux fruits que cette grave injustice a produite. Des rôles de genre ont été déduits de ces racines. L’homme devait diriger et protéger, la femme se soumettre et enfanter. Peut-on modifier les racines et garder les fruits de l’arbre? Affirmer l’égale dignité des femmes doit pousser à vérifier les conséquences de ce changement.

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D’autres articles sont à venir dans la série #bingodesclichés le premier vendredi de chaque mois. Il s’agit d’un bingo des phrases entendues couramment. Un bingo de certaines idées reçues sur le ministère (pastoral) des femmes. En 9 courts articles nous aimerons y apporter une réponse et donner des pistes pour aller plus loin. Nous sommes impatientes de partager la suite avec vous !


Références

[1] Allocution de PIE XII à l’Union mondiale des organisations féminines catholiques, « La mission et l’apostolat de la femme catholique » (29 septembre 1957), la documentation catholique 1263, 1957, col. 1349-1362, ici : col. 1352.

[2] Vatican II, « Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes » (7 décembre 1965), §29.2, in : Constitutions, décrets, déclarations messages, Paris, Centurion, 1967.

3 comments on “La tradition #bingodesclichés

  1. Claire-lise Raoux

    Merci Marie Noëlle pour ces précisions du passé qui nous eclairent bien sur notre vie d aujourd’hui… Si Augustin s est repenti avant de rendre l âme, je prendrai bien un café avec lui pour discuter de tout ça… 😊 Soyez benies.

  2. M.Rose

    Bonjour,
    Jésus lui-même nous montre la voie en remettant en question les coutumes
    de son temps, dans l’histoire de Marthe et Marie (Jean 11).
    Alors que la tradition juive disait « Mieux vaut brûler la Loi que de la confier
    à une femme », Jésus encourage Marie qui s’instruit au pieds du Maître
    plutôt que d’ être occupée aux tâches traditionnellement réservées aux
    femmes….. une révolution !

  3. Jean-Marc BELLEFLEUR

    Un grand merci à Marie-Noëlle pour son article très éclairant, et, comme d’habitude, pertinent.

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