Textes bibliques

Pourquoi la doctrine ‘Soumission-Autorité’ n’est pas ‘biblique’…

L’un des paradigmes majeurs des doctrines évangéliques en ce qui concerne le couple est celui de la « soumission de l’épouse et l’autorité de l’époux ». La plupart des commentaires prennent appui sur des textes comme Éphésiens 5: 22-23 pour fonder leurs enseignements.

J’affirme ici haut et fort deux choses :

  • Premièrement j’affirme que cette interprétation des textes n’est pas ‘biblique’
  • Deuxièmement, j’affirme qu’elle aboutit à une forme de violence  systématique envers les femmes, pouvant aboutir à la violence physique.


A l’heure des #metoo et #balance ton porc, à l’heure de la lutte acharnée contre les violences faites aux femmes, il est temps de lire le texte pour lui-même et de refuser de plaquer sur lui des choses qui n’y sont pas et qui n’y ont même jamais été!

1. Ce paradigme n’est pas ‘biblique’ ! Pourquoi ?

a. Parce qu’il y a un problème structurel dans la construction de cette interprétation :
Cette interprétation se construit sur deux termes tirés du passage qui concerne les femmes (soumission de l’épouse parce que l’homme est la tête) qu’elle utilise pour caractériser l’ensemble du couple. Or, puisque le couple est composé de deux entités, hommes et femmes, il conviendrait de regarder à ce qui est dit aux deux avant de définir les caractéristiques conjugales !

‘Oublier’ d’introduire dans la caractérisation du couple ce qui est demandé à l’homme et qui vient de la partie du texte qui lui est proprement consacrée revient à exercer une torsion qui est de l’ordre de la manipulation. C’est d’autant plus manipulatoire que ce qui est demandé au conjoint masculin n’a rien à voir avec l’autorité.

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L’apôtre Paul demande en effet à l’homme de ‘livrer sa vie’ par amour pour son épouse, (les versets 25 à 33 du même chapitre 5) autrement dit, de mettre de côté tous ses soi-disant privilèges pour ‘élever’ son épouse, tout comme le Christ l’a fait pour le salut et la sanctification de l’humanité.

b. Il y a des problèmes liés à l’interprétation des termes :
Cette interprétation associe le terme képhalé (utilisé pour qualifier l’homme dans le passage qui s’adresse aux femmes) à l’autorité alors que le texte ne le fait jamais!

Bien au contraire, à chaque fois que les Écritures utilisent le terme képhalé, (qui signifie littéralement tête et non chef) le contexte, c’est à dire les versets suivants (ou qui précèdent) mentionnent le sacrifice, et ce, qu’il s’agisse du Christ ou des hommes.

L’élément déterminant pour comprendre la signification du passage n’a donc rien à voir avec l’autorité (exousia) qui n’est d’ailleurs même pas mentionnée dans le texte.

Les évangiles synoptiques nous informent clairement ce que cela signifie d’être ‘chef’ ou ‘premier’ à la suite du Christ. En Marc 10 :43, Luc 22 :26 et Matthieu 20 :26, Jésus dit :

Vous savez que les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les asservissent. Il n’en sera pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave.

Les textes utilisent le terme arché ou basileis (en Luc) pour signifier clairement la hiérarchie du côté de ce qu’il rejette et les termes diakonos et doulos pour signifier le sacrifice et le service du côté de ce qu’il souhaite voir advenir au milieu des disciples.

Être chef-arché à la façon du monde n’a  rien à voir avec le fait d’être chef-képhalé à la façon du Christ. Et c’est par un curieux retournement de situation que les tenants du traditionalisme évangélique (et catholique) attribuent à l’homme marié le rôle de l’autorité et de la direction des épouses, alors que l’Évangile rapporte ici que l’homme qui veut être grand, autrement dit un chef, doit devenir comme un serviteur, c’est-à-dire un être qui n’a aucune autorité ni pouvoir!

c. Il y a donc  une double trahison du texte biblique dans le paradigme ‘soumission/autorité’ :

  • L’oubli de la responsabilité que Dieu adresse aux hommes dans le couple au profit du rôle de direction et d’autorité.
  • La transformation du sens de tête/chef en ‘personne qui dirige et ordonne’.

Alors que Jésus redéfinit clairement la manière dont les choses doivent fonctionner ‘au milieu de vous’ les croyants. Celui qui est fort doit accepter un abaissement volontaire jusqu’à devenir un serviteur.

2. Quel est alors le paradigme véritablement biblique ?

a. A l’épouse, il est demandé deux choses : la soumission et le respect envers celui qu’elle est invitée à considérer comme sa tête.

Paul exprime ici l’unité de nature entre l’homme et la femme dans le couple : il est sa tête, elle est son corps ! Est-ce que cela signifie qu’il a tout pouvoir et autorité comme les chefs des nations ? Qu’il commande à sa femme comme on commande à son pied d’avancer ? Bien sûr que non. La femme a une tête qui lui appartient en propre et qui est autre que celle de son mari (voir 1cor11) ; de même que le mari a un corps propre et autre que celui de sa femme. Et chacun est également invité à les utiliser pour le royaume de Dieu.

Parce qu’elle a une tête propre, il ne lui est pas demandé de faire comme si elle n’en avait pas. Elle reste responsable de sa vie, de ses choix, de son salut, de sa relation avec Dieu, comme tout disciple l’est. Ce qui est demandé à l’épouse, c’est de comprendre et d’agir comme si elle en avait deux. Autrement dit de tenir compte des raisonnements de son autre tête et de se soumettre à elle dans le respect.

b. A l’époux, il est demandé deux choses également : le sacrifice et l’amour envers celle qu’il est invité à considérer comme son corps.

Cela signifie-t-il qu’il n’a pas de corps ? Bien sûr que non ! L’époux a un corps propre. Il ne lui est donc pas demandé de faire comme s’il n’en avait qu’un, celui de l’épouse qui devient alors comme un prolongement de son propre corps et un outil de service bien utile.

Paul demande ici aux époux de faire comme s’ils avaient deux corps, le leurs, dont ils savent prendre soin, et celui de leurs épouses. Autrement dit, de tenir compte des besoins de l’autre corps. Paul demande même aux maris de placer les intérêts de cet autre corps avant ceux du leur !

C’est l’image typologique de l’œuvre du Christ envers l’église qui est également utilisée pour signifier de quelle manière le mari doit aimer son épouse : l’apôtre Paul met en avant les notions de sacrifice, d’oubli de soi pour favoriser l’élévation de l’épouse, son accomplissement personnel.

c. Un tableau récapitulatif de ce passage démontre le parallélisme entre les paroles adressées à l’épouse et celles adressées à l’époux:

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Si les notions d’attitude et de comportement sont souvent considérées comme des synonymes, elles comportent également des différences : L’attitude est un état intérieur qui prédispose à réagir d’une certaine manière devant les circonstances. Cet état est le fruit de la génétique, de l’éducation mais aussi de la volonté propre, des choix de l’individu. Le comportement quant à lui, est l’action ou la réaction observable d’un individu dans un environnement extérieur.

3. Une doctrine qui aboutit à la violence !

Oublier la symétrie des demandes que l’apôtre Paul adresse aux membres du couple au profit d’un focus placé uniquement sur le pôle féminin, c’est agir comme les pharisiens ou les disciples de Jésus qui considéraient le mariage comme leur étant avantageux à eux seuls!

Ce que cela produit, c’est l’effacement de milliers, de millions d’êtres humains, sommés de vivre dans les traces de pas laissés par celui qui les précède, leur seigneur et maitre, leur époux… Les femmes qui – encore en trop grand nombre- reçoivent ces injonctions de soumission comme étant de l’ordre de la volonté de Dieu pour elles, vivent une lente dépersonnalisation qui relève de la violence psychologique la plus simple.

Le traumatisme psychologique vécu par ces femmes qui s’efforcent de bannir de leur cœur toute initiative personnelle afin d’être ‘soumises à leurs maris comme au Seigneur’ est similaire à celui vécu par des millions de fillettes chinoises à qui on bandait les pieds pendant toute leur enfance pour qu’elles gardent un pied menu de fillette. Même débandés, leurs pieds ne reprennent pas leur aspect normal… Les cicatrices et déformations restent réelles…

pieds-bandes

Ce qui, au contraire, relève du projet de Dieu pour la personne, et encore bien davantage pour le disciple du Christ, c’est la mise en œuvre d’un potentiel personnel, d’un ou de plusieurs dons au service des autres, de la communauté. Cet appel s’adresse à tous, hommes et femmes. La ‘mise sous tutelle’ des dons et talents que le Seigneur a confié aux épouses aboutit à une perte tragique pour les communautés de foi.

De plus, les épouses convaincues d’avoir reçu des appels et ne pouvant les vivre à cause de maris opposés à la libération de leurs talents ou à cause de communautés fermées quant à la place des femmes, perdent une énergie considérable à lutter contre l’amertume, la frustration. Bien sûr, l’Esprit-Saint, l’Esprit de consolation est là et grâce à lui, de nombreux combats intérieurs sont gagnés ! Mais la perte reste double : Moins de dons exprimés dans l’église et une énergie gaspillée parce qu’investie dans une lutte âpre contre la souffrance intérieure de ne pouvoir servir selon ses dons…

Malheureusement, ce n’est pas encore tout…  Parce que « La violence psychologique peut exister séparément ou n’être qu’un préalable à la violence physique.» (Professeur M. Debout Chef du service de Médecine Légale du CHU de Saint Etienne – Réalités n° 90 – Publication de l’UNAF – juin 2010.) Et nous ne pouvons plus, nous ne devons plus agir comme si cela n’existait pas dans nos communautés protestantes et évangéliques…

Quelques exemples

  • Je me souviens d’une amie chrétienne dont le mari cocaïnomane vivait dans la débauche et faisait subir des humiliations terribles à son épouse, allant un jour jusqu’à une tentative de meurtre. Je lui ai conseillé la séparation, ses enfants l’ont suppliée de m’écouter. L’un des pasteurs de la communauté, lui, a affirmé que si son mari allait en enfer, ce serait sa faute à elle… Elle a alors repris la vie commune dans des difficultés terribles et la famille a payé un prix élevé à cette situation.
  • Lors d’un séminaire ou j’enseignais sur le sujet, ‘homme et femme dans l’Église et dans le couple’, une auditrice, femme battue et chrétienne, m’a confessé que son mari la battait ‘pour son bien et sa croissance’. Elle n’est pas arrivée à accepter l’idée que cette situation n’était pas conforme au cœur de Dieu, tant elle était convaincue de l’importance première de la soumission à son conjoint. Elle pensait qu’un jour, elle comprendrait de quelle nature était ce bien que son agresseur voyait en la battant et qu’elle ne voyait pas. Je n’ai malheureusement pas réussi à garder le lien avec elle…

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  • Une autre encore était obligée de répondre aux sollicitations sexuelles permanentes et dégradantes d’un mari en proie à des pulsions irrépressibles dès qu’il vivait le plus petit stress. Lorsqu’elle a fini par oser affirmer son ras-le-bol et son désir que cela s’arrête, en prononçant le mot ’divorce’, il est devenu fou de rage et a voulu en venir aux mains. J’ai dû m’interposer entre eux…

Dans chacune de ces trois situations, les époux se disaient chrétiens, fréquentaient assidûment les communautés et ‘justifiaient’ leurs comportements par la doctrine ‘soumission/autorité’. La violence physique était justifiée par le fait que les épouses n’étant pas assez conformes aux désirs exprimés par leurs époux, elles devaient être ‘corrigées’… La responsabilité de l’époux n’est-elle pas de tout faire pour que l’épouse apparaisse devant son Dieu sans tache ?

La liste des abus pourrait être longue encore ! Je m’arrête là. Il est temps que l’Église comprenne qu’il n’y a pas d’un côté, ceux qui commandent et dirigent, et de l’autre, celles qui se soumettent et obéissent.

Si le véritable paradigme biblique est « soumission et respect de l’épouse envers son mari ; Sacrifice et amour de l’époux envers sa femme », alors cela signifie qu’hommes et femmes sont invités à porter une croix identique dans la vie conjugale : celle de considérer les besoins et désirs de l’autre en premier et les siens propres en second seulement.

Ce n’est qu’alors, qu’ il n’y a plus ni homme ni femme, mais une nouvelle réalité dans laquelle tout reste à construire ensemble certes, à la suite de celui qui a sacrifié sa vie par amour pour nous et qui est notre modèle premier à tous, que nous soyons homme ou femme.

Joëlle Sutter-Razanajohary

4 comments on “Pourquoi la doctrine ‘Soumission-Autorité’ n’est pas ‘biblique’…

  1. Marie-Rose

    Merci Pasteure Joëlle,
    vous démontrez avec clarté et détermination, la violence qui caractérise cette doctrine de la relation de couple et qui est encore largement enseignée ou suggérée ds les églises.
    D’ailleurs, comment un homme peut-il se sacrifier pour son épouse sans l’aimer et se SOUMETTRE à ses besoins, à moins d’être maso ?
    De plus une femme qui aime et qui respecte son époux est toujours soumise !
    Car il y a une grande différence entre la soumission et l’obéissance !
    – la soumission est une attitude de cœur, elle est absolue
    – l’obéissance est une action, et elle est relative
    (On peut être soumis et désobéir comme on peut obéir et avoir de la haine !)
    Enfin, si l’homme représente l’autorité dans le couple (la plus petite cellule de la société),
    logiquement, il l’est aussi dans tous les domaines de la vie ………et là on devient incohérent.

    LA SOUMISSION MUTUELLE dans les relations intra-personnelles, comme l’amitié et le couple est la seule relation possible. Merci, car vous avez mis des mots sur ce qu’
    intuitivement, on ressent, mais c’est votre ministère !

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  2. MERCI

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  3. Ping : « Une femme peut-elle être pasteur ? »

  4. Jean-Claude Cortès

    Merci beaucoup Joëlle pour cet article qui met encore une fois au centre, l’importance de la Parole de Dieu et de sa pensée.

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