Témoignages

Audrey Torrini, théologienne

Audrey Torrini, pasteure, nous avait offert son témoignage l’année passée. Aujourd’hui, elle continue ses études. Elle a décroché la bourse Servir Ensemble. Par cet article, elle nous partage son amour de l’étude de la Parole.

Je m’appelle Audrey, je suis mariée avec Nathan depuis 15 ans et nous avons deux filles. J’ai eu la joie d’être bénéficiaire de la bourse de Servir Ensemble pour cette année académique, dans le cadre de mon Master en théologie. 

De prof de français, je suis devenue pasteure…  

Comment j’en suis arrivée là ?

« Nos rêves sont trop étroits et si Dieu les détruit, c’est pour que nous puissions nous aventurer dans les plus vastes espaces de Sa vie » Timothy Radcliffe.  

La citation de l’ancien maître de l’ordre dominicain a un écho profond en moi. Nous construisons nos vies en fonction de rêves, ou –disons- d’élans, auxquels nos histoires nous ont menés. Pour ma part, j’avais toujours rêvé devenir prof, et c’est ce que je suis devenue. Mon rêve m’avait placée sur un rail, dont je comptais bien suivre la trajectoire toute tracée. 

C’est alors qu’une interruption indésirable est venue secouer ma vie. Je suis tombée malade, comme j’ai pu en rendre compte dans mon témoignage, publié sur ce blog.  

J’ai ensuite décidé de reprendre des études de théologie et je suis devenue pasteure à la Communauté chrétienne de Stockel.

Pourquoi faire des études de théologie ?

L’enseignement de la Parole a quelque chose de fascinant. De l’ancien naît, encore et encore, du nouveau. Les mêmes textes sont lus, relus, médités, mâchés, ruminés depuis des siècles par des hommes de toutes les cultures, de toutes les nations, de toutes les langues. Il s’agit d’un patrimoine unique au monde, préservé, -on ne peut y ajouter un iota-, et, en même temps, une parole vivante qui peut venir toucher d’une manière toujours nouvelle, toujours surprenante, sur le plan personnel et communautaire.   

« Tout scribe instruit du règne des cieux est semblable à un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes » Matthieu 13 : 52

J’aime le terme de scribe, qui évoque un lien étroit avec l’écriture, le littéraire, la mise en mots. Jésus, plus loin dans l’évangile de Matthieu, dit qu’il enverra « des prophètes, des sages et des scribes » (23 :34). Un exemple de « prêtre-scribe », c’est Esdras, dans l’Ancien Testament. Esdras « avait appliqué son cœur à étudier la loi du Seigneur pour la mettre en pratique » (7 :10). Sans doute  la figure du théologien se rapproche-t-elle de celle du scribe. La théologie regroupe cette ouverture de cœur et cet engagement intellectuel à l’étude, en vue d’une mise en pratique.

La théologie n’est donc pas un savoir sec, mais bien une recherche, un approfondissement, en connexion avec nos dimensions émotionnelle et spirituelle, et proche de l’action, de la vie réelle. Approfondir la compréhension, nourrir le cœur, et mettre en pratique sont donc les trois piliers, l’intersection au centre de laquelle est appelée à s’inscrire la théologie. Quand on déconnecte une des dimensions, elle risque de perdre de son sens. 

En terre évangélique, nous avons souvent à cœur d’œuvrer pour nourrir la vie spirituelle à tous les étages de la communauté. L’action altruiste est également aussi un cœur battant de la plupart de nos vies ecclésiales. Il me semble que nous pourrions être plus audacieux et créatifs dans nos recherches théologiques. 

Quel est l’objet de la connaissance théologique ? 

« Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ »  Jean 17, 3

La théologie touche à la connaissance de personnes, Dieu, le Christ et l’Esprit, et non seulement de savoirs. Nous rappeler que c’est principalement un sujet et non un objet d’étude, révèle à quel point il s’agit d’un trésor. Nous ne faisons jamais le tour d’un être humain… à combien plus forte raison, apprendre à connaître Dieu est un chemin qui se poursuit jusque dans l’éternité (or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent)… Il ne s’agit non pas d’une connaissance théorique, mais d’une connaissance holistique, qui touche à tous les niveaux de notre être, de la création, de la vie ! Pour chercher à connaître Dieu, son Fils, et son Esprit, nous entrons inévitablement dans une connaissance engagée personnellement, car on ne connait vraiment quelqu’un que de l’intérieur. À nos trois piliers, il faut ainsi ajouter une dimension relationnelle, qui n’est pas transférable à un autre domaine d’étude académique. Si elle teinte notre étude d’une dimension subjective (qu’on pourra nous reprocher), cette composante relationnelle nous protège en même temps (théoriquement) du dogmatisme, du légalisme et de l’intellectualisme. Car une relation est par définition une expérience, elle est vivante, mouvante, surprenante.

De plus, la personne de Dieu est inépuisable. Nous ne pouvons donc jamais nous arrêter. Nous ne pouvons pas circonscrire la connaissance de Dieu à un cadre bien défini. Nous devons sans cesse monter sur les navires et partir en exploration, pour découvrir de nouveaux continents. C’est une de mes motivations profondes à étudier la théologie.

 Le scribe est appelé à puiser à la fois de l’ancien et du nouveau. Deux tendances délétères peuvent ainsi s’observer : chercher à ne puiser que de l’ancien, et rester coincé dans un certain rigorisme stérile ou, au contraire, chercher à ne produire que du nouveau, et partir à la dérive. Le premier écueil consisterait à faire de la théologie une école de préservation d’une doctrine spécifique, à tout prix. La seconde, de vouloir réinventer la roue, de se déconnecter d’un bel héritage qui a été mûri au fil du temps et qui a porté du fruit. L’ancien est toujours à redécouvrir, à se remémorer : « souviens-toi et n’oublie pas » Deutéronome 9 :7. Et le nouveau surgit du même trésor, qui nécessite aussi de nouvelles outres (Luc 5 :37). Nous sommes appelés à l’un, et à l’autre. La théologie, c’est cette recherche de comment cet héritage ancien et vivant peut encore parler aujourd’hui aux cœurs des êtres humains, en 2022.

La théologie, c’est décider de consacrer du temps à contempler ce trésor, se remémorer et chérir l’ancien et en même temps mettre en mots de la nouveauté, de l’exploration, qui montre à quel point la Parole est pertinente pour moi, aujourd’hui, là où je suis. Au cœur de cette étude, il y a une personne, le Dieu de Jésus-Christ : apprendre à connaître le Christ n’a pas de terme ici-bas, tant est profonde, riche, parfaite, haute, large, la réalité de sa personne.… 

Ce sont ces horizons vertigineux qui me passionnent, dans la perspective de l’étude de la théologie. 

À propos Lula Derœux

Lula Derœux partage son temps entre animatrice biblique et pasteure stagiaire dans une église de la FEEBF. Elle est également en train de finir sa licence de théologie. Mariée avec un pasteur, cette native suisse a comme passion la musique, tout particulièrement le chant, le septième art et la cuisine.

3 comments on “Audrey Torrini, théologienne

  1. Jean-Marc Bellefleur

    Toutes mes félicitations à ma collègue pasteure Audrey, dont j’apprécie la plume. Je lui souhaite de belles études et un beau ministère pastoral.

  2. Marie-Rose

    Bravo Audrey pour cette belle vocation de théologienne
    et doublée d’un don pour l’écriture !
    Est-il possible de connaître le sujet de votre master ?
    Une phrase m’a interpellée :
    « il faut ajouter une dimension relationnelle qui n’est pas
    transférable à un autre domaine académique « .
    Oui le message chrétien est un texte, mais la Parole de
    Dieu est aussi une personne Jésus-Christ, et cela en fait
    quelque chose d’unique ! Pensez-vous que les femmes théologiennes ont apporté un plus à cet aspect de l’étude ?
    Merci et bonne continuation avec l’aide du Seigneur.

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