Progresser en Église

Hiérarchie ou vis-à-vis dans le mariage ?

L’un ou l’autre ? L’un et l’autre comme prétendent certains ? Léo et Lydia Lehmann nous emmènent aujourd’hui en couple dans une réflexion sur les relations dans le mariage à la lumière de l’Évangile du Christ.

Pour offrir une réponse chrétienne à cette question, il ne suffit pas de citer quelques passages bibliques à propos du mariage. Il faut s’assurer de la cohérence de notre propos avec l’ensemble du texte biblique, avec le message de l’Évangile.

Le mariage de deux êtres transformés

Qu’est-ce que le mariage vécu à la lumière de l’Évangile ?

Le mariage chrétien, cela commence avec deux personnes transformées par Christ et prêtes à se laisser encore transformer. Leurs regards se portent avant tout sur Christ, pas sur leur propre confort, succès, carrière, ou je ne sais quoi d’autre. Leurs regards se portent sur Jésus qui s’est abaissé, qui a lavé les pieds de ses disciples, et qui est mort sur une Croix pour que tous et toutes puissent être sauvé.e.s.

Ces réalités de notre vie en Christ, où il n’y a plus ni homme ni femme, doivent façonner le regard que nous posons sur les textes plus spécifiques à propos des relations entre hommes et femmes. L’homme comme la femme sont avant tout disciples de Christ.

Une alliance d’amour

Avec cette réalité en tête, quel mode de relation adopter dans le mariage ? Deux personnes, appelées à vivre ensemble, entreprendre des projets, peut-être accueillir des enfants. Comment vivre tout cela ?

À propos du mariage, la Bible emploie la notion d’alliance. Celle-ci met en avant l’idée de partenariat entre deux personnes, mais elle est surtout employée à propos des relations entre Dieu et son peuple.

L’alliance entre Dieu et son peuple est une alliance d’amour. Une alliance dans laquelle Dieu écoute son peuple, lui fait part de ses projets, tient compte de ses demandes, cherche son bien. Une alliance dans laquelle il se met au service de ce peuple, allant jusqu’à la Croix pour le sauver.

Dans Éphésiens 5 l’apôtre Paul tirera explicitement un parallèle entre ces deux types de relations : celle qui unit Dieu et son peuple, ou Christ et son Église, et celle qui unit un homme et une femme.

La comparaison a bien sûr des limites. La femme est bel et bien humaine comme l’était le peuple d’Israël, mais l’homme est lui aussi fait de cette même pâte. Il n’est pas Dieu. Dans l’alliance avec son peuple, Dieu investit une sagesse, une puissance et un amour qui dépassent tout entendement, alors que le peuple n’a souvent que ses échecs et sa foi défaillante à offrir. L’alliance du mariage, elle, met en présence deux êtres humains limités, avec leurs forces et leurs faiblesses.

Mais que l’on soit homme ou femme, cet exemple de l’agir de Dieu dans l’alliance doit nous inspirer. Si Dieu, dans l’infinie supériorité qui est la sienne, entre ainsi en relation avec les siens non pour dominer, mais pour servir et aimer, cela doit transformer notre vie.

Des rapports hiérarchiques quand même ?

Certains diront : dans ce passage d’Éphésiens 5 auquel nous nous référons, Paul ne parle-t-il pas de soumission de la femme à l’homme ?

Il est vrai que l’homme et la femme n’y reçoivent pas mot pour mot la même exhortation. Quand Paul parle de « soumission » de l’épouse à son mari, il nous faut être prudent quant aux conclusions que nous en tirons. L’apôtre s’exprime dans un contexte culturel où une telle soumission était attendue. Mais s’il parle ici de manière à permettre aux chrétiens de vivre dans les conventions sociales de leur temps à la lumière de l’Évangile, rien ne permet d’assurer qu’il y voyait le fonctionnement naturel qui devait être perpétué à travers tous les temps et toutes les cultures.

Paul déjà donne à réfléchir : même en parlant de soumission de la femme, il n’appelle pas l’homme à la domination, à l’autorité. Il l’appelle à l’amour. Il subvertit le paradigme autorité/soumission.

C’est certain : l’homme doit assumer ses responsabilités dans son foyer, prendre des initiatives pour le bien de la famille, utiliser ses forces au service de celle-ci, valoriser son épouse. Mais cela n’est-il pas vrai de la femme ?

Oui, la femme doit respecter son mari dans l’exercice de ses compétences, le soutenir dans ses défis, être attentive à ce qu’il dit, veiller au bien de chacun dans le foyer… Mais il en va de même pour l’homme.

Dans un monde, voire parfois dans une Église, qui méconnaît le genre d’autorité exercée par Christ, la manière dont il est la tête de son Église, ces textes ont trop souvent servi à préserver des rapports de domination qui trouvent leur origine dans une culture ambiante marquée par le péché, obsédée par le rang et la prééminence.

Soulignons plutôt dans ce passage que Paul appelle tous les chrétiens à la soumission mutuelle, qui contribue à laisser émerger ce qu’il y a de meilleur en chacun.

Un vis-à-vis pour la vie

L’homme et la femme, créés tous les deux à l’image de Dieu, ont reçu, en Genèse 1, la même responsabilité de prendre soin de la terre ainsi que de ceux et celles que Dieu allait leur confier. Ils sont appelés à le faire dans un partenariat où ni l’un ni l’autre n’est placé au-dessus, mais où ils travaillent ensemble, côte à côte, où chacun peut apprendre de l’autre.

En Genèse 2.18 nous lisons : « Il n’est pas bon que l’être humain soit seul. Je vais lui faire un vis-à-vis qui lui corresponde, capable de le secourir. » Dans son livre Qui nous roulera la pierre ?, Joëlle Razanajohary souligne que le terme utilisé est adam (homme, l’être humain).

L’être humain homme ou femme a besoin d’être complété par l’altérité. L’homme est aussi un vis-à-vis pour la femme. La femme aussi est concernée par la solitude et le besoin d’un vis-à-vis.

Joëlle en parle ainsi : « Chacun serait pour l’autre soutien et force, lieu de parole et d’autorité, à la fois équivalence et altérité ! »[1] Ressemblance et différence. Besoin de quelqu’un avec qui dialoguer. Besoin d’une personne en face de laquelle on peut se tenir. Besoin de quelqu’un qui m’équilibre. Pour nous, dans le mariage les deux partenaires sont pleinement responsables des décisions prises ensemble.

Lorsqu’un homme et une femme sortent des rapports de pouvoir et de domination qui marquent notre monde, et qu’ils entrent dans cette relation de partenariat, ils réintègrent en réalité le dessein originel de Dieu pour chaque couple humain.

Pendant plusieurs années nous avons travaillé ensemble, tous deux pasteurs dans la même Église. Nous n’étions pas occupés à savoir qui était le « chef » de l’autre, responsable de « superviser » son travail. Et c’était une véritable richesse de pouvoir compter sur l’autre comme vis-à-vis. C’était un véritable « servir ensemble ». Être vis-à-vis l’un pour l’autre c’est une des plus belles choses qui existent dans une relation, pas seulement dans le couple, mais dans toute expérience relationnelle que nous pouvons avoir en tant qu’être humain.

Mais c’est aussi exigeant. Cela demande de beaucoup discuter, de soumettre nos idées à l’autre. C’est un défi de bien le prendre quand l’autre à des réticences face à nos idées. Un défi aussi d’exprimer ces réticences avec humilité et douceur. Il s’agit aussi d’apprendre à connaître ses compétences et celles de son conjoint, et les limites de ces compétences pour chacun.

En l’autre, en apprenant à vivre ensemble et à le connaître, je découvre aussi une partie de qui je suis.

Conclusion

Hiérarchie ou vis-à-vis dans le mariage ?

À la lumière de l’Évangile, la relation de couple pour des chrétiens ne peut qu’être tissée d’amour, de soumission mutuelle, de respect, de bienveillance, de recherche de ce qui fera grandir l’autre. Elle ne peut qu’être empreinte du respect et de l’attention que nous prêtons les uns aux autres. Tout cela précède toute autre catégorie, qu’elle soit biblique, naturelle ou culturelle, que l’on pourrait importer dans le couple.

Bien souvent, les relations de couple dans un monde défiguré par le mal se sont éloignées de cette réalité. Mais en Christ, à l’image du Dieu qu’il a révélé, par sa grâce et avec les forces qu’il nous donne, nous sommes appelés à retrouver ensemble ce chemin.


Références

[1] Joëlle Sutter-Razanajohary, Qui nous roulera la pierre ?, p. 39.


Coproduction : Campus protestant / Servir Ensemble – servirensemble.com
Intervenants : Léo et Lydia Lehmann

À propos Lydia Lehmann

Après une première expérience pastorale de huit ans (en binôme avec son mari, tous les pasteurs dans la même communauté), Lydia Lehmann, titulaire d'un master en théologie de la FLTE, est actuellement co-pasteure dans une Eglise de l’AEEBLF au sud de Bruxelles.

6 comments on “Hiérarchie ou vis-à-vis dans le mariage ?

  1. R.M.Erb

    Bonjour !

    Je pense également qu’il n’y a pas lieu de « spiritualiser », nier ou même minimiser la soumission exigée de la femme à l’homme à l’époque du N.T. N’oublions pas, il y a 2000 ans (et avant et après !) la femme vit à peu près dans le monde entier sous le régime arbitraire de « mineure juridique », donc sous tutelle d’un mâle.
    Il est donc juridiquement tout à fait correcte ou admissible que les enfants mineurs et les femmes (avec leur statut de mineure) soient soumis à leurs pères et maris. Et ceci, en quelque sorte unilatéralement, le mâle ayant les compétences juridiques et sociales et donc la responsabilité juridique de sa maisonnée.

    Bien heureusement pour nous -et merci à Dieu et à celles et ceux qui se sont battus dans ce sens- les moeurs et la législation ont évolués dans un certain nombre de pays, dont chez nous en France ( d’ailleurs, il n’y a pas si longtemps de cela !). Et il n’y a aujourd’hui aucun interdit, ni biblique, ni juridique, aux chrétiens d’évoluer avec la société de ce côté là, bien au contraire. Comme le précise Valérie Duval-Poujol, il s’agit même d’un « retour » possible « des qualités relationnelles prévues par Dieu lors de la création, donc avant la chute »

    Amitiés Rose Marie ERB

  2. M.Rose

    Bonjour,
    c’est devenu une évidence pour moi, la hiérarchie dans le couple est incompatible
    avec le vis à vis ou le face à face qui doit permettre aux conjoints d’exprimer leur
    différence ou ressemblance et pour cela l’égalité et la liberté sont indispensables.
    (ce qui se passe aujourd’hui ds une partie du monde nous montre que ce système
    poussé à l’extrême, porte en germe la négation de la femme comme être humain !)

    La notion de complémentarité qui a servi à justifier la hiérarchie peut être
    mal comprise. A mon avis, l’homme masculin est un être complet, la femme aussi.
    (sinon le célibataire serait un handicapé à vie !).
    Se marier n’est pas chercher et trouver la moitié qui nous correspond pour
    combler le manque, mais tisser une RELATION qui va nous aider à nous
    connaître afin de développer nos dons et capacités, pour croître, servir et
    en retour recevoir la joie de Dieu, seul amour qui peut vraiment nous combler.
    (votre expérience Lydia et Léo en est bien un témoignage !)
    Bref la complémentarité n’est pas dans les personnes, mais dans les dons.
    Reconnaitre et accepter les différences, OUI, mais ne pas nous enfermer
    dans un rôle car un être humain est bien plus que tout cela.

  3. Je trouve étonnant que l’on balaye l’argument créationnel de Paul au sujet de l’ordre dans le mariage, et oublier aussi les conséquences de la chute. (1 Tim 2.13) cité dans le même verset.

    Dieu crée l’homme en premier, il est donc la tête (chef) de son épouse, tout comme christ l’est (le chef) pour son église (1 Co11.3), la chute entraine la domination de l’homme sur la femme dont le regard se tourne vers son époux (Gen 3.16-17) (Situation dont le chrétien doit lutter contre les effets pervers).

    Mais parler d’un retour à l’ordre initiale n’entraine pas l’égalitarisme, mais le complémentarisme initial; bien sur égaux devant Dieu, et heureusement d’ailleurs, mais pas égaux dans les fonctions.

    Je ne comprends pas, alors que j’ai vraiment voulu être honnête devant Dieu en le priant et en sondant son écriture, la motivation de vouloir établir un égalitarisme à tout prix, motivé certainement pour contrer les abus de tout cotés et cherchant à établir une société plus « juste », mais dont l’effet donne à penser que les humains n’acceptent pas comme « juste » ce que Dieu a établi comme règles.

    Je ne doute pas de la bonne foi des égalitariens, mais je crains que leur quête soit motivée par une relecture contemporaine de la parole selon un standard qu’ils considèrent aujourd’hui comme plus sage que celui de leur prédécesseur et dont je ne trouve pas de trace évidente dans l’écriture.

    Si l’interchangeabilité des sexes dans les rôles était si importante, la parole en parlerait clairement et sans détours, là j’ai plutôt la certitude que l’injection de Paul est claire et sans détour, que cela me plaise ou non, que cela me mette la société sur le dos ou pas, je le prends comme parole certaine et digne d’être enseignée, ce que Paul demande avec insistance à Timothée de faire. (2 Tim 4.2)

    • Salut Ken,
      Merci pour ton commentaire.

      Il ne s’agit pas pour nous de balayer le propos de Paul qui met effectivement en relation l’ordre créationnel et l’ordre dans le mariage. Cependant, Paul lui-même relativise cette question d’ordre en 1 Corinthiens 11.11-12, nous rendant prudent quant aux conclusions que nous en tirons. Or nous voyons que cette notion d’ordre est employée pour soutenir des modes relationnels entre homme et femme qui nous paraissent dépourvus d’autre soutien dans les Écritures, voire contraires à l’esprit de l’Évangile. Ou, pour le dire autrement, des modes relationnels qui découlent justement davantage de la rupture avec Dieu que de sa Parole. Pour nous, la situation de domination de la femme par l’homme décrite par Genèse 3 ne constitue en rien quelque chose que nous ayons à soutenir, au contraire.

      Pour ce qui est des conséquences d’un retour à l’ordre initial, notre regard se porte davantage sur le tout premier texte mentionnant homme et femme, en Genèse 1.26-28, où l’être humain est créé dans cette dualité et où homme et femme reçoivent un même mandat. D’autres donnent plus de poids à Genèse 2 et l’ordre qui y apparaît. Là encore, il faudrait évaluer les conséquences à tirer de cet ordre.

      Quant à l’interchangeabilité des sexes, j’espère bien qu’elle ne se trouve nulle part dans notre propos. Elle n’existe en tout cas pas dans notre esprit. Si nous mettons en évidence que certains termes que l’on emploie pour décrire ce que l’homme ou la femme seraient censés faire s’appliquent à l’un comme à l’autre, c’est avec le souhait de souligner que les hommes et les femmes ont plus de choses en commun que de différences (en particulier dans leur vocation en Christ), et que ce qui fait leur différence ne devrait pas être réduit à des clichés qui enferment les hommes comme les femmes. Mais il ne fait aucun doute pour nous qu’hommes et femmes sont différents.

      Je conclus en te remerciant pour la bonne foi et le souci de justice que tu nous prêtes. Je puis t’assurer également de notre souci que la Parole de Dieu soit première dans notre discernement sur les choses, quoi qu’en pense le monde qui nous entoure. En tout cas, puisse le Seigneur nous éclairer chacun là où nous sommes, à l’écoute aussi de nos frères et sœurs.

      Bonnes salutations à toi,
      En Christ,
      Léo

  4. Bonjour !
    Au sujet d’éphésiens 5.24 vous écrivez « rien ne permet d’assurer que Paul y voyait le fonctionnement naturel qui devait être perpétué à travers tous les temps et toutes les cultures. ».
    Je pense exactement le contraire, car Paul précise que la femme se soumet à l’homme « comme l’Église se soumet à Christ », ce qui se perpétue à travers tous les temps et toutes les cultures.
    De même, verset suivant, que les maris aiment leur femme « comme le Christ a aimé l’Eglise » : n’est-ce pas une comparaison qui montre que l’ordonnance transcende le temps et la culture ?

    Bien fraternellement.

    • Bonjour,
      Merci à vous pour votre commentaire.

      Le fait que Paul, dans un contexte culturel où la soumission de l’épouse à son mari est attendue, invite les épouses à le vivre à la manière dont l’Église se soumet à Christ, ne me paraît pas probant pour affirmer que l’exhortation à la soumission serait valable de tout temps.

      On pourrait se trouver ici dans le cas de figure où Paul appellerait simplement les femmes à garder une attitude de soumission en prenant exemple sur la soumission de l’Église à Christ, tout en demandant aux hommes d’aimer leurs femmes en prenant exemple sur la manière dont Christ aime l’Église. Plutôt que d’instituer un paradigme éternel, Paul apporterait simplement la lumière de l’Évangile dans les réalités de ses lecteurs.
      Paul n’avait pas le pouvoir de faire évoluer en un instant le modèle patriarcal qui prédominait à cette époque, mais le fait d’appeler chacun à le vivre à la lumière des réalités de l’Évangile (et Paul va même plus loin, puisque comme nous le disons dans notre texte il souligne non pas l’autorité de l’homme mais l’amour qu’il est censé manifester à son épouse, subvertissant ainsi déjà le paradigme autorité-soumission qui reste si fortement ancré aujourd’hui) ne signifie pas qu’il valide ce modèle. Au contraire, cela ne peut conduire qu’à le faire évoluer, au moins en partie.

      Ceci dit, si l’argument que vous invoquez ne me paraît pas probant, ma courte réponse ne résout pas tout. Il reste notamment la question du sens que l’on donne dans ce passage au terme kephalè attribué à l’homme par rapport à la femme. Mais je manque aujourd’hui de temps pour aller plus loin.

      Salutations en Christ,
      Léo

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