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Genre ou talent ?

Femmes et hommes, au service de Dieu sans différence 

Rose-Marie Erb nous propose des idées glanées autour de cette question : est-il possible que Dieu accorde des dons aux femmes et qu’il interdirait par la suite leur exercice dans l’Église ?

Le ministère : déterminé par Dieu ou par les hommes ?

Dans le texte du prophète Joël, au chapitre 3, versets 1 à 2, il n’est pas mentionné que les femmes inspirées par l’Esprit Saint ne doivent pas délivrer leur message…

Encore de nos jours, beaucoup de femmes dans le monde entier souffrent de la tension entre leurs dons d’une part et leur mise en œuvre dans l’Église d’autre part. Des moyens douteux ont parfois été utilisés pour empêcher les femmes d’exercer leurs dons : par exemple dans plusieurs traductions de l’épitre aux Romains, au chapitre 16, verset 7, le prénom de femme « Junia » devient un prénom masculin, « Junias ». Nous retenons que les traducteurs ou copieurs n’hésitent pas à travestir le genre pour soutenir la conviction traditionnelle : « une femme ne peut être apôtre »…

Un historien dénommé « Martin » conclut sur les écrits des premiers Pères de l’Église : aux yeux de Dieu, la femme est l’égale de l’homme, mais aux yeux des Pères, cela était inconcevable : il fallait empêcher cela… Or, le ministère des hommes, comme celui des femmes, est déterminé par Dieu et non par les hommes.

Parmi les pères de l’Église et les moines à l’époque il y avait des misogynes à commencer par Thomas d’Acquin, influencé par Aristote. Toutefois a-t-il décerné à Marie de Magdala le titre d’« Apôtre des Apôtres » en tant que témoin privilégié de la résurrection[1].

Chute ou grâce rédemptrice ?

Jésus est venu pour briser la puissance des schémas de comportement liés au péché dans le monde. Oui, une des conséquences de la chute est la domination de l’homme sur la femme, mais Dieu ne veut pas que la chute détermine les relations entre l’homme et la femme. C’est la grâce rédemptrice qui devrait les régir.

Une des suites de la chute est donc l’ascendant de l’homme sur la femme. Sous le régime de la chute il y a sans cesse cette tension : ce qui est gagné par l’un est perdu pour l’autre et vice-versa. Or, le chrétien est invité à regarder la Bible par le prisme de la rédemption en Jésus et non par le prisme de la chute et du péché.

L’« aide » et quitter père et mère

C’est le mot hébreu « ezer » qui est employé en Genèse 2 : 18 pour désigner le rôle d’Eve dans son aide à apporter à Adam. Nous trouvons ce mot, entre autres, en Psaume 33 : 20 où il est relié à Dieu : « Nous espérons en l’Éternel : notre secours (« ezer ») et notre bouclier, c’est lui. » En Exode 18 : 4, Dieu se nomme « ezer » pour venir en aide à son peuple ». Notons que celui qui vient en aide, l’« ezer » est plus fort que celui qui est secouru.

Genèse 2 : 24 insiste sur l’importance pour l’homme de quitter son père et sa mère afin de s’attacher à sa femme. Cela n’est pas demandé à la femme, car, en général, elle quittait sa famille pour habiter chez son mari. Mais les deux partenaires doivent « prendre de la distance » d’avec leurs parents.

Une confession censurée selon le genre ? 

Pierre n’est pas le seul à confesser Jésus comme étant le Messie (Mt 16 : 16). Il y a aussi Marthe, la « ménagère de Béthanie », qui a également exprimé une belle confession de foi. Ne dit-elle pas à Jésus : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Messie, le fils de Dieu, celui qui devait venir dans le monde » (Jean 11 : 27). Si nous comparons la confession de Marthe avec celle de Pierre, nous constatons que Marthe, contrairement à Pierre, n’a pas eu droit à des commentaires d’appréciation de sa confession… 

Paul et les femmes

Paul reconnaît l’importance du travail et du ministère de la femme dans l’Église (Rm 16 : 1-2 ; Phil 4 : 1-3). Quand il se prononce parfois contre elle c’est dans des situations locales précises (1 Tim 2 : 8-15). Ne perdons pas de vue que nous nous trouvons à une distance de 2000 ans, à une époque où la femme, de façon assez généralisée a été considérée juridiquement comme mineure à vie et donc soumise à l’homme, lui, juridiquement majeur et responsable. La plupart des confessions chrétiennes ont maintenu volontiers ce statut archaïque de la femme en décalage avec l’évolution juridique des droits des femmes.

Mais déjà à son époque, Paul enseigne la soumission mutuelle (Eph 5 : 21-33), qui était alors un énorme progrès par rapport à la soumission unilatérale de la femme en ces temps-là. Très tôt les apôtres parlaient des femmes participant à leurs réunions (Luc 24 : 22 ; Act 1 : 14 ; 8 : 12).

Il y a 2000 ans, la femme, tout comme l’homme, devait accepter d’apprendre, et même avoir le droit d’être enseignée, car le manque de savoir et d’instruction la mettait en danger : elle pouvait se faire tromper, arnaquer. Bien évidemment, la femme qui n’avait pas reçu un enseignement adéquat ne pouvait pas enseigner à son tour.

Notons qu’avant sa conversion Saul (Paul) faisait arrêter les chrétiens hommes et femmes pour les sanctionner et même pour les mettre à mort (Act 8 : 3 ; 9 : 1-2 ; 22 : 4-5),

ce qui laisse supposer que les femmes avaient un témoignage puissant et un rôle important dans la propagation de l’Évangile. 

Espoir et lenteur du changement

Nous avons entendu Barak Obama dire qu’il espérait vivement que ses filles, après leurs études, seraient seront embauchées, non selon la couleur de leur peau, mais selon leurs compétences professionnelles…

Le thème de l’esclavage est d’ailleurs un exemple frappant que l’attitude et les convictions de l’Eglise n’étaient pas toujours justes.

Autre exemple : nous savons que Galilée a été non seulement excommunié par l’Eglise à partir de sa découverte scientifique, mais elle a pris encore 350 ans pour le réhabiliter !

Et aujourd’hui ?    

Quand les femmes n’ont pas accès au pastorat et ne peuvent participer ni à la prédication, ni à la direction dans l’Église, il manque alors 50% des ressources humaines et spirituelles en action dans ces domaines. Quel retard pris depuis si longtemps !

Il est intéressant d’entendre certains évangélistes souhaiter, devant l’ampleur de la tâche que constitue l’annonce de l’Évangile, que « les pierres crient » (Luc 19 : 40) au lieu d’avoir l’idée d’associer les femmes à l’évangélisation.

Voilà, une raison majeure de la pauvreté spirituelle et du manque de progrès de la proclamation de la Bonne Nouvelle dans le monde. Ne pourrait-on pas y voir également un empêchement du retour du Seigneur qui tarde à revenir, car la proclamation est freinée, et donc pas encore terminée (Mt 24 : 14) ? Les hommes et les femmes ne travaillant pas suffisamment en synergie et efficacement à l’annonce de l’Évangile ?

Propos glanés en Allemagne avant la pandémie et traduits par RME/2019


Références

[1] cf. « Les Ministères Féminins » dans les Cahiers de l’Ecole Pastorale N°3HS/2003.

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1 comment on “Genre ou talent ?

  1. Merci beaucoup pour cette mise au point. François LODS

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