Progresser en Église

Prêt.e à vivre le défi de la soumission mutuelle dans l’Église ?

Comment vivre concrètement la soumission mutuelle ? Comment ne pas la remplacer par une soumission à nos peurs ou à la personne qui parle le plus fort ? Comment les Églises locales peuvent-elles avancer pour vivre un « soumettez-vous les uns aux autres » sain et libérateur ? Un grand MERCI à Marie-Christine Carayol, activatrice de coopération, qui nous apporte un vent de fraîcheur en répondant à ces questions.

Éphésiens 4 : 1 : « Je vous exhorte donc, moi, le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de la vocation qui vous a été adressée » 

Si Dieu adresse-t-il des vocations aux femmes, lesquelles et comment le fait-il ? 

J’ai interrogé quelques sœurs dans le ministère que je côtoie notamment dans ma recherche-action autour de la coopération dans l’Église. Persuadées de leur appel, elles se sont au fil des années, soumises elles-mêmes à de nombreuses interrogations profondes, en réaction au traitement d’aller-retour et des messages contradictoires d’encouragement/découragement, voir d’indifférence auxquelles elles ont été confrontées.

Mais l’appel est resté, il s’est enraciné. Il ne demande aujourd’hui qu’à être exercé dans un endroit propice que Dieu a déjà préparé. Marcher d’une manière digne de notre vocation veut-il dire exercer notre don sans, en premier lieu, nous préoccuper du genre ?

Le verset 4 de ce même chapitre nous indique qu’« [i]l y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi nous avons été appelés à une seule espérance par votre vocation. » Si donc les femmes font partie du corps, comment doivent-elles marcher d’une manière digne de leur vocation ? 

Autant de questions dérangeantes dont la réponse est devenue de plus en plus claire pour moi. 

Alors pourquoi cultive-t-on le flou autour de cette question dans certains milieux ? 

En Éphésiens 5 : 21 Paul nous exhorte de nous soumettre les uns aux autres et en Éphésiens 4 : 7, il nous dit : « Car à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ. »

La question que je voudrais donc poser est : Quelle est la mesure du don de Christ ? Peut-on la mesurer ? Qui peut la mesurer ? 

C’est en effet parce que le don de la grâce de Dieu est infini que nous nous soumettons les uns aux autres, parce que c’est par sa grâce que nous comprenons que nous ne sommes rien, rien sans lui. Et sa grâce nous invite à faire grâce et à considérer l’autre, peu importe son sexe, comme supérieur à nous. 

Cette logique nous demande instamment de clarifier la question de la place de la femme dans l’Église. 

Car nombreux sont les endroits où il existe un flou, une non-définition de ce que l’on est prêt à vivre et à ne pas vivre en Église au niveau de la reconnaissance et de l’exercice des dons des femmes, ce qui est blessant pour nos sœurs. 

Nous les invitons à prendre leur place, et au moment où elles commencent à s’y asseoir, on leur enlève la chaise. 

Nous commençons à nous pencher sur le sujet mais nous n’allons bien souvent pas au bout de notre réflexion.

Nous utilisons bien sûr les apports bibliques et éventuellement le discernement communautaire selon les dénominations. Mais nous savons qu’une parole de la Bible peut faire loi ou évangile selon l’intention avec laquelle on la transmet. 

Au final, avec une série d’enseignements théologiques sur le sujet, nous avons autant de « pour » que de « contre » et on va donc y ajouter nos peurs, nos représentations, nos héritages, notre histoire, et un peu de sucre en poudre…

Pour finir, avec tous ses ingrédients par cultiver le flou. 

La question que j’aimerais poser alors :

À qui se soumet-on en cultivant le flou ? 

Certainement pas les uns aux autres. 

Depuis que je conduis des interviews dans le cadre de mon ouvrage sur la coopération dans l’Église locale, je me rends compte que le verset « soumettez-vous les uns aux autres » n’est souvent pas vécu. 

C’est le « soumettez-vous à celui qui parle le plus fort », à l’empêcheur de tourner en rond, à celui qui va créer des alliances, être dans le contre-pouvoir, se lever pour sortir de l’Église quand une femme parle…. C’est à celui-là que l’on se soumet. 

C’est le « soumettez-vous à vos peurs » de la division, du conflit, des désaccords, voire même du débat qui prime.

En plus de tout cela, Paul nous demande au verset 3 de nous efforcer « de conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix. »

A mes yeux, nous nous représentons ce verset d’une mauvaise façon : nous croyons que nous devons tous penser la même chose, l’unité est confondue avec l’uniformité, et la culture du conflit ou du débat constructif n’existe pas ou peu. Et quand cette dernière en mise en œuvre, sans cadre de sécurité, et sans processus de prise de décision, cela risque d’entraîner des blessures et des ruptures. 

Nous devons bien sûr nous efforcer (et cela veut dire que cela ne va pas de soi) de conserver la paix, mais pas n’importe comment : « en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant les uns les autres avec charité » (Éphésiens 4 : 2).

Cette humilité implique aussi que les femmes ne prennent pas le pouvoir par la force, car cela aurait pour résultat qu’elles domineraient, ce à quoi la Parole n’encourage ni l’homme, ni la femme, ni qu’elles acceptent de se laisser dominer, comme cela s’est souvent produit au cours de l’Histoire de l’Église. 

La patience évoquée ici nous invite au dialogue constructif, et un dialogue constructif prend du temps. 

Mais avons-nous encore le temps de dialoguer ?

Avons-nous encore le temps de nous soumettre mutuellement nos questionnements réciproques, nos doutes, nos compréhensions et nos incompréhensions dans l’Église ? 

Pour beaucoup de sujets relatifs à la vie de l’Église, l’utilisation de la coopération et de ses outils m’est apparue comme une réponse pleinement pertinente. Cela explique aussi l’engouement des responsables de ministère pour la recherche-action sur la coopération. Il y a un réel besoin, qui est pris en compte dans cette démarche : prendre le temps pour discuter, écouter et clarifier.

Pour aller plus loin, pour appliquer le principe biblique de la soumission mutuelle, certaines Églises ont choisi aujourd’hui de pratiquer des principes de gouvernance partagée, issus notamment de la sociocratie pour leur fonctionnement et leurs prises de décisions. 

Un des principes sociocratiques est en effet, que tous les composants sont indispensables au bon fonctionnement de l’ensemble.

Ces Églises reprennent à la fois les principes de la soumission mutuelle, du corps et du sacerdoce universel. 

Les trois principes sont les suivants : 

  1. Chaque membre dispose d’un pouvoir équivalent basé sur le libre consentement. Il n’y a donc pas de domination les uns sur les autres.
  2. La vision collective s’appuie sur Dieu, le Saint-Esprit et sa Parole, qui guide les membres de l’organisation. 
  3. L’information doit être disponible, transparente et circuler entre les membres, les missions et objectifs de l’Église doivent être clairs pour tou.te.s.

Sans clarifications, pas de décision possible en sociocratie. 

Alors, prêt.e à vivre le défi de la soumission mutuelle ? 

Marie-Christine CARAYOL

Cet article a été publié premièrement sur son blog AltHérité.


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