Progresser en Église

Diriger ensemble : Leçons tirées du partage du leadership dans le ministère et le mariage

Depuis l’âge de huit ans je sais que j’ai été appelée au ministère, à la suite de trois générations de femmes dans ma famille qui ont servi comme leaders dans le ministère à place égale avec leurs maris. J’ai grandi et je sers maintenant dans l’Armée du Salut, où, depuis sa création, les femmes partagent la totalité des droits dans le ministère. Heureusement, il n’y a jamais eu de moment où j’ai eu l’impression que je ne pourrais pas répondre à l’appel clair de Dieu qui est de prêcher l’Évangile et de participer pleinement à tous les aspects du ministère de l’Armée du Salut.

Mon mari et moi avons été formés à un an d’intervalle au Collège de l’Armée du Salut pour devenir officiers. Il a été nommé et ordonné officier de l’Armée du Salut une année avant moi. Nous nous sommes mariés en 1992 et avons servi ensemble dans divers postes pendant près de 29 ans. Quelle aventure !

Je pensais savoir ce que signifiait être égalitarienne. Mais maintenant, après presque trois décennies de ministère, je sais que ma compréhension était incomplète.

Darren et moi, nous nous complétons, ce qui fait de nous une équipe solide. J’ai tendance à être analytique et systématique dans ma réflexion. Je m’occupe des questions administratives du ministère, j’ai les pieds sur terre et j’ai la capacité d’évaluer rapidement diverses situations. Mes dons spirituels se situent dans les domaines de la prophétie, du discernement, de la prédication et du leadership. Je suis également franche et honnête dans mes propos – certains diront brutalement honnête, bien que la présence de mon mari dans ma vie ait tempéré cela. Mon mari est inlassablement gentil et a un cœur de pasteur. C’est un homme attaché aux gens, et chaque jour je vois en lui la façon dont Jésus aime les autres. Ses dons spirituels se situent dans les domaines suivants : pasteur/enseignement, administration et miséricorde. Il est également honnête dans ses propos, mais sa gentillesse et sa douceur les rendent beaucoup plus acceptables pour celui qui les reçoit.

Les leçons que j’ai apprises dans le domaine du ministère partagé ont leurs origines dans la complémentarité de nos dons et de nos compétences liées à nos personnalités bien différentes. Voici quelques-unes des leçons que j’ai apprises au fil des années :

1.    La théologie égalitarienne s’applique aux hommes comme aux femmes

Lorsque nous nous sommes mariés, je m’attendais à utiliser mes dons et mes talents au maximum dans le ministère. Mais je n’avais pas conscience de mes propres préjugés et idées reçues sur ce que devaient être les responsabilités et le rôle de Daren, mon mari. Ces préjugés et ces présupposés sont apparus au grand jour au cours des premières années de notre ministère commun.

Si nous voulions être vraiment égalitariens, les idéaux de l’égalitarisme devaient être appliqués à tous les niveaux.

Car ce qui vaut pour l’un doit aussi valoir pour l’autre. Si j’attends des chrétiens, corps du Christ, qu’ils me permettent, en tant que femme, de vivre et d’exercer mon ministère pleinement comme Dieu m’a créée, alors je dois permettre qu’il en soit de même pour mes frères en Christ. Cette question est délicate, car nous faisons face à nos préjugés personnels et culturels en ce qui concerne les rôles des hommes et des femmes.

Dans mon cas, j’étais parfaitement à l’aise pour gérer les finances et le budget de l’église, pour gérer l’aspect social de notre ministère, pour rédiger des rapports, des tâches typiquement masculines, parce qu’elles faisaient partie de mes talents. Mais je m’attendais à ce que mon mari soit tout autant à l’aise dans ces activités, et cela me frustrait et m’agaçait lorsque cela n’était pas le cas. Je m’attendais à ce qu’il s’occupe des ministères auprès des enfants, des soins pastoraux et des maisons de retraite – des tâches typiquement féminines – parce qu’elles faisaient partie de ses dons et non des miens. Mais je m’attendais à ce qu’il remplisse aussi tous les rôles masculins stéréotypés avec lesquels j’avais grandi, même si ces rôles ne correspondaient pas à ses dons.  J’ai dû apprendre à permettre à Darren d’être celui que Dieu a créé, de la même manière que Darren le faisait pour moi.

2.    Le respect mutuel dans un ministère partagé est primordial

À aucun moment n’est-il acceptable que je dénigre mon mari en public, mon partenaire dans le ministère. Il en est de même pour lui. Nous devons nous soutenir mutuellement, devant notre congrégation, nos responsables, nos équipes, et nos enfants.  Il y a eu des jours difficiles au cours de ces 29 dernières années, des jours où je n’étais pas au mieux de ma forme, des jours où je n’ai pas respecté ce principe.

En n’honorant pas celui qui est mon mari et qui a été créé pour être celui qu’il est, je me rabaisse et compromet mon leadership. Il n’y a pas de place dans le royaume de Dieu pour la surenchère, et il n’y a jamais de moment où je paraîtrais meilleure en le rabaissant. Les valeurs du Royaume exigent que nous élevions les autres et que nous nous soumettions les uns aux autres. Nous devons nous efforcer de vivre dans l’amour parfait et la soumission mutuelle, à l’image de la Trinité.

3.    Il est utile d’indiquer aux autres comment nous fonctionnons en tant qu’équipe

L’Armée du Salut nous assigne des postes et, par conséquent, les conseils d’Églises vers lesquelles on nous envoie n’ont pas eu l’occasion de nous questionner ou de nous examiner. Lorsqu’à une occasion des conflits ont surgi entre nous et les responsables laïques de la communauté, nous avons rédigé des descriptions de poste basées sur nos compétences et nos dons afin que les personnes que nous dirigions sachent ce qu’elles pouvaient attendre de chacun de nous et à qui adresser leurs questions sur quelque sujet que ce soit. Nous sommes tous les deux disponibles pour le conseil pastoral, nous partageons la chaire, nous dirigeons tous les deux des études bibliques, nous faisons tous les deux des visites pastorales (bien que mon mari soit bien meilleur que moi dans ce domaine).

Le fait de clarifier ce qui peut être attendu de chacun de nous a permis d’éliminer la frustration des deux côtés. Cela nous a permis de rester chacun dans son domaine et de ne pas interférer de manière inappropriée dans le travail de l’autre. Pour les personnes que nous avons servies, cela a permis d’éviter qu’elles courent inutilement de l’un à l’autre. De plus, comme nous avons défini nos rôles, nous sommes en mesure de présenter un front uni et il est difficile de nous diviser et de causer des frictions. Nous appelions nos sphères d’activités nos « bacs à sable ». Et si quelqu’un s’adressait à l’un de nous avec une requête qui était de la compétence du partenaire, nous répondions par « Désolé, ce n’est pas mon bac à sable ». (Même si, bien sûr, il y a des moments où la flexibilité est nécessaire, tout en veillant à une bonne communication entre nous deux, ce qui est essentiel pour maintenir la continuité).

4.    Nous n’avons pas besoin de faire l’apologie de notre ministère

Notre ministère partagé fait partie de ce que nous sommes en tant que couple. Nous ne discutons pas de ce point.

Nous ne changeons pas notre dynamique parce qu’elle met quelqu’un mal à l’aise ou parce que certains ne comprennent pas notre fonctionnement.

Nous enseignons et expliquons le fondement biblique de notre partenariat égalitaire, mais nous n’en débattons pas. Nous avançons ensemble, au coude à coude et main dans la main, en conduisant le peuple de Dieu selon notre appel, notre formation et nos dons.

LeAnn VAN CLEEF-TRIMMER

Traduction : Dominique MONTEFIA


Cet article a été premièrement publié en anglais sur le blog Mutuality de CBE International, le 2 juin 2021 (www.cbeinternational.org) que nous remercions pour la permission de le traduire et republier.

Note de l’éditeur de la version anglaise : Ce texte a obtenu la mention honorable au concours littéraire CBE (Christians for Biblical Equality) 2020.

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