Progresser en Église

6 pistes pour gérer un conflit dans un couple de pasteurs

Au sein d’un couple, lorsque tous deux sont pasteurs dans la même Église, la gestion d’une crise ou de tensions importantes dans le travail pastoral met face à un défi spécifique. Merci à Lydia Lehmann  pour cet article.

Dans notre ministère de pasteurs en couple nous avons vécu une crise. Il y a quelques années des tensions fortes venant de l’extérieur nous ont un temps divisés et notre manière de gérer la situation nous a amenés à nous faire du tort l’un à l’autre.

Cela nous a pris des mois pour comprendre à quel point nous nous étions blessés mutuellement parce que nous n’avions pas attendu de trouver un compromis, une stratégie d’action commune dans cette situation délicate.

Mon mari pensait qu’il fallait avancer d’une certaine manière face à ces tensions ; moi je n’étais pas du tout convaincue. Ne mesurant pas l’ampleur de la difficulté, je n’ai pas investi assez de temps et d’énergie pour expliquer mon point de vue, d’argumenter suffisamment pour que l’on arrive à un compromis. De son côté, mon mari a avancé sans que je sois vraiment d’accord avec sa manière de procéder.

Incompréhension, méfiance réciproque sur le sujet et des thématiques connexes : l’attitude de l’un et de l’autre a fait que nous étions désunis et affaiblis, ce qui à l’époque a été bien sûr contre-productif pour l’avancement de la situation en question.

C’est un fait qu’en tant que conjoints nous sommes unis au niveau spirituel, émotionnel, physique. Même si nous nous considérons comme collègues en ce qui concerne le travail nous ne pouvons pas séparer l’un de l’autre. Dans cette situation nous avons agi de la sorte que notre union de conjoints-collègues soit abîmée. Nous avons permis à une tension extérieure de venir nous faire du tort à l’intérieur de notre couple. Aujourd’hui nous pouvons témoigner que Dieu nous a restaurés, mais les cicatrices sont bien là et le seront probablement jusqu’à la fin de notre vie, nous rappelant l’importance de l’unité à sauvegarder.

6 conseils

Nous avons eu à cœur de partager quelques leçons très précieuses de cette situation douloureuse.

  1. Sauvergarder l’unité du couple

L’unité de notre couple est à sauvegarder à tout prix et passe d’abord ! Nous sommes tout d’abord pasteur l’un pour l’autre, mon conjoint est le premier paroissien dont je suis appelée à prendre soin. Et il est bien plus que cela ! Si je prends mon engagement chrétien au sérieux, je ne peux pas agir, même dans notre ministère pastoral commun, d’une manière qui contribuerait à nous désunir, moi et le conjoint envers lequel je me suis engagé pour la vie. Ce n’est tout simplement pas concevable. Quand nous ne sommes pas d’accord sur une manière d’agir nous nous efforçons maintenant de trouver un compromis, même si c’est à la sueur de notre front ! Nous discutons jusqu’à ce que tous les deux puissent se reconnaître dans le plan d’action en question. Cela peut prendre beaucoup de temps et d’énergie, mais cela vaut toujours la peine. Nous ressortons grandis, davantage unis, davantage heureux de travailler ensemble, davantage conscients des forces de l’un et de l’autre que nous essayons de mettre à profit dans la prise de décision commune.

2. Travailler sur la complémentarité

S’appuyer sur les forces de l’un et de l’autre demande un travail sur la complémentarité. Pour cela nous avons pris un temps de réflexion individuelle et commune au terme duquel nous avons pu mettre des éléments sur papier. Quelle est ma « spécificité » dans ce ministère ? Que puis-je apporter que mon conjoint-collège n’apporte pas forcément ? Quelles sont ses capacités qui en partie me font défaut ? Quels sont les domaines où nos points forts se recoupent ? Les réponses données à ces questions ne doivent pas nous enfermer définitivement dans l’un ou l’autre rôle, mais elles sont importantes pour un travail pastoral partagé.

3. Prier

Le chemin vers l’unité passe par la prière, la prière et encore la prière. L’intercession individuelle nous aide à replacer chacun devant Dieu nos motivations et à chercher comment il veut nous faire marcher ensemble. L’intercession commune nous rapproche l’un de l’autre et a pour résultat que nous comptons moins sur nous et plus sur Dieu, à chaque fois un peu plus ; que nous nous attendons à Son intervention pour laquelle il peut choisir de passer par les idées de mon conjoint-collègue ; que nous sommes prêts à nuancer ou même abandonner notre point de vue si Dieu nous montre qu’il est sage d’avancer de cette manière.

4. Apprendre à faire confiance

Apprendre à faire confiance (!!) : l’autre fait les choses différemment, mais cela ne veut pas dire qu’il se trompe, que je dois le critiquer (même si la critique exercée dans l’amour est une réelle force dans le ministère à deux, car qui me connaît mieux que mon conjoint ?) Cela m’invite plutôt à un dialogue franc, aimable et bienveillant pour profiter de cette situation (parfois inconfortable – avouons-le) pour encore mieux connaître l’autre et du coup pour gagner en proximité, malgré le différend.

5. Valoriser mon conjoint

Chaque situation est bonne pour valoriser mon conjoint-collègue. Comme tout ne peut pas être prévu et que l’on doit parfois faire face aux désaccords sans que l’on ait pu se consulter, ma réaction publique à ce désaccord se fera en fonction de ma volonté de respecter mon conjoint-collègue. Nous pensons qu’un désaccord peut être exprimé en public (et que c’est même sain et constructif) dans des contextes apaisés où tous les deux se sentent bien à leur place. Une plus grande vigilance est cependant de mise quand le contexte devient tendu. Mes propos ont-ils pour but de me justifier moi-même, de me permettre de garder la face, ou servent-ils un but plus grand, plus humble, plus noble, celui de l’unité qui élèvera mon conjoint-collègue et nous protégera ? Et cela vaut également pour la réaction que j’aurai face à lui une fois que nous nous trouverons seuls pour évaluer notre gestion de la crise, de la tension, du désaccord. Je veux présupposer que l’autre avait une raison d’agir de la manière dont il a agi et que ses propos étaient réfléchis et sensés même si cela n’est pas toujours limpide pour moi à première vue.

6. Réserver des espaces pour le couple

Réserver des espaces pour le couple. Lorsque des situations de la vie de l’Église en viennent à mobiliser tout notre esprit, elles risquent aussi d’envahir le salon, la salle à manger ou encore la chambre à coucher. Dans cette crise, nous avons vu l’importance de ne pas laisser toute la place à la vie de l’Église locale dans notre quotidien. Un jour de congé, des temps et des espaces où l’on s’efforce de parler d’autre chose que de notre travail : ces choses parfois difficiles à préserver nous paraissent aujourd’hui indispensables.

Peut-être que certains diraient que ces difficultés vécues sont la preuve que le ministère à deux où tous les deux sont pasteurs dans la même Église n’est ni envisageable, ni sage, ni souhaitable. Nous y voyons plutôt un potentiel énorme de maturation, de sanctification, de transformation de notre caractère, pour que nous diminuions et que Christ puisse grandir, par le fait que nous nous soumettons l’un à l’autre…


Découvrez le témoignage de Lydia Lehmann, pasteure avec son mari à l’Église protestante évangélique Le Cépage, Bruxelles-Ganshoren (Belgique)

servirensemble.com est le fruit de différents auteurs et c'est la richesse de ce blog. Vous trouverez le nom de cet auteur à la fin de l'article. Vos contributions sont les bienvenues, contactez-nous!

3 comments on “6 pistes pour gérer un conflit dans un couple de pasteurs

  1. Samso Nathalie

    Merci pour cet article, je suis d’accord c’est une richesse pour le couple en premier et ensuite pour l’église, deux personnes qui servent le Seigneur ensemble c’est une victoire pour l’annonce de l’Évangile et une grande force dont on a tellement besoin. Je suis mariée à Philippe, handicapé physique, nous sommes de fait toujours côte à côte et avons la même volonté, celle de servir notre Dieu, nous sommes deux, la parole de Dieu « Si DIeu est avec nous, qui sera contre nous ? est encore plus réelle et vive sur notre chemin. Je crois aussi que deux personnes sont un puissant témoignage de la bonté de Dieu. Cela fait taire les contradicteurs très facilement. Alléluia !

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    • Marie-Noëlle Yoder

      Merci pour cette réaction Nathalie, rapide! Nous aurons prochainement un témoignage d’un président d’union d’Église qui nous expliquera que l’embauche de deux pasteurs et non d’un « couple pastoral » ou « du pasteur et de la femme du pasteur » est de plus en plus fréquent et a de nombreux avantages (teaser) 😉 Merci aussi pour ton témoignage de collaboration au service du Seigneur. Belle continuation à vous!

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