Spiritualité

Merci, cher corps !

C’est toi qui as produit les profondeurs de mon être, qui m’as tenu caché dans le ventre de ma mère. Je te célèbre, car j’ai été fait de façon merveilleuse. Tes œuvres sont étonnantes, je le sais bien. Mon corps ne t’était pas caché lorsque j’ai été fait en secret, tissé dans les profondeurs de la terre. Quand je n’étais qu’une masse informe, tes yeux me voyaient ; et sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui furent façonnés, avant qu’aucun d’eux n’existe. Psaume 139 : 13 -16 (NBS)


Je dédie cette méditation à mon amie et collaboratrice, Anne, qui a rejoint son Seigneur la semaine dernière. Une femme exceptionnelle et généreuse qui exerçait le don de l’encouragement.

Affirmation : j’aime mon corps

Certes, ce n’est plus le « corps de rêve » d’il y a quelques années, mais ce corps m’accompagne avec loyauté depuis si longtemps que j’en arrive finalement à lui pardonner ses défauts, ses imperfections. D’autant plus qu’une bonne partie de ses prétendus travers sont définis, non par moi, mais par la culture actuelle et les modes qui changent d’une décennie à l’autre. 

Oui, ce corps a littéralement partagé tous mes états d’âme depuis que je suis dans ce monde : les angoisses d’enfance de mes nuits hantées par la peur du noir ; le plaisir devant les gâteaux de Grand-mère ; une énergie débordante pour courir, faire du vélo, sauter, passer des heures sur la balançoire à presque me lancer dans le bleu du ciel ; l’appréhension au ventre avant un examen ; l’émoi la première fois que j’ai vu mon futur époux … Rires et larmes, larmes et rires – quelle fidélité à toute épreuve.

Pourquoi le mépriserais-je, en le critiquant sans cesse ? Mon corps m’a littéralement porté dans tous mes projets, sans exception, et m’a rendue capable d’aller jusqu’au bout de bon nombre de mes rêves. 

Il m’aide à m’exprimer verbalement ou à l’écrit. Il me permet de donner et de recevoir de l’affection – mais avec quelle finesse ! Un coup d’œil malin de complicité. Une poignée de main bien mesurée et parfois protectrice, imposant des limites. Un petit bisou ou un gros câlin. 

Grâce à tous les sens dont mon corps est doté, je profite pleinement de la beauté de la création. Une nuit étoilée, une brise légère, l’odeur d’une rose, le crissement des feuilles d’automne. Non seulement mon corps me connecte aux autres pour me sortir de l’isolement, mais il m’enracine dans mon environnement et par ses sens me fournit jour après jour la preuve de l’existence du Créateur … oui, il me prêche, matin et soir, soir et matin, quand je contemple la beauté des levers et des couchers du soleil, la bonté du Créateur. 

Pourquoi le mépriserais-je, en le critiquant sans cesse ? Ne devrais-je pas plutôt lui demander pardon pour l’avoir parfois négligé, ou l’avoir utilisé à des fins qui ne glorifiaient pas son concepteur ?

Ressentir de la reconnaissance ?

Affirmation : j’aime mon corps de femme

Je suis particulièrement fière de lui. De ses particularités, ses courbes, la douceur de sa peau. Il subit des épreuves, de la douleur – mois après mois, c’est contraignant. Il me supplie d’en prendre soin, de le laisser se reposer, de le bichonner. Parfois je dois ménager ses hormones agitées. 

Certains jours, pauvre corps ! Je me le demande, sans la chute, n’aurait-il pas pu vivre beaucoup plus serein ?

Malgré cela, j’apprécie vivement ce corps de femme qui me permet de connaître l’intimité avec celui qui est l’homme de ma vie. J’aime ce corps en face de moi. C’est un poète américain, qui écrivait ces lignes en célébration d’une telle rencontre : « j’aime mon corps avec ton corps … muscles plus performants, nerfs plus intenses … »[1] Une communion-symbiose qui plonge le regard mutuel à l’intérieur autant qu’à l’extérieur et résonne dans l’être entier. C’est une symphonie. Une aire de jeu. Une aire de repos. Oui, j’admire et affectionne cette composante de mon être qui, par la grâce de Dieu, me donne la possibilité, si je le désire, de devenir mère

Mon corps est une aventurière ! Il affronte un défi physique incroyable. 

Et je n’ai rien à lui apprendre, il sait faire cela tout seul : abriter le miracle de la création de la vie, de sa croissance, de sa mise au monde. Ce n’est pas sans danger ! Mais à l’arrivée, mon corps sait faire, et il prend les choses en main. Je ne me suis jamais sentie plus unie à mon corps sexué qu’à ce moment-là… expérience puissante, secousse sublime.

Je dis bravo à mon corps d’avoir accompli un tel exploit ! Je le félicite. Où est le feu d’artifice ?

Je pense à ma lointaine mère Ève qui a dit : « Avec l’aide du Seigneur, voici un être humain ! »

Pourquoi ces philosophes grecs méprisaient-ils le corps féminin ? En quoi le masculin représenterait-il le ciel, ce qui est élevé, et le féminin appartiendrait-il à la terre, à ce qui est peu honorable ? Ces hommes seraient-ils venus à la vie sans le corps de leur propre mère ? Le sang, c’est la vie. La sueur d’un corps d’athlète de haut niveau doit-elle moins à l’effort musculaire que celle d’un corps qui enfante ?

Et pourquoi les pères de l’Église ont-ils plus ou moins adopté cette vision négative du corps féminin, pourtant conçu par Dieu ? Adam fut-il créé d’une vapeur ? Flotte-t-il là-haut dans les airs ? Ou bien fut-il façonné de la terre ? Il laisse la trace de ses pas dans la poussière.

Affirmation : j’aime mon corps humain

J’aime toutes ces expériences et ces sensations que je partage avec l’humanité tout entière. Écouter de la musique ; danser ; chanter ; déguster ; conduire ; monter à cheval ; grimper dans un arbre ; prendre un bain de mer ou de soleil ; ou tout simplement prendre une douche ; ou encore fermer les yeux à la fin d’une longue journée ; et se réveiller en pleine forme le matin.

Affirmation : j’aime mon corps, temple du Saint-Esprit

Il est concentré lorsque je prie. Il participe lorsque je loue. Il met en œuvre mes dons, il me rend serviteur. Je pense aux genoux de Jésus, inconfortables contre le sol, à son dos courbé, à ses mains apportant un soulagement aux pieds sales et fatigués de ses disciples. Geste prophétique et symbolique. C’est un corps aussi réel que le mien qu’Il a laissé clouer à la croix.

De l’eau a jaillit de son côté, avec du sang…

Si le péché a parfois rendu mon corps rebelle, je le tiens pour innocent. Ses appétits sont nécessaires pour que continue, sur la Terre, la vie. À moi de faire les choix, de garder la maîtrise, de gérer ce fidèle compagnon-collaborateur qui dépend de moi, comme je dépends de lui et de ses nombreux services effectués à mon égard – avec l’aide du Saint-Esprit.

Mon corps me permet d’exister dans ce monde, de vivre, de rendre effectifs mes choix – je le remercie. J’en prendrai toujours soin, et je veillerai à ce que les autres le respectent. 

Car en fin de compte, quel cadeau vraiment extraordinaire. 

Affirmation : j’aime ce corps-œuvre du Créateur, ce corps-don

Je ne le montrerai jamais nu dans les pages satinées d’une revue destinée à ceux qui consomment des corps comme les petits pains de Tamar. De toute façon, il n’a plus les dimensions requises pour être ainsi exploité. Mais je ne le cacherai pas non plus sous un voile comme si j’en avais honte. 

Je le respecte. Il mérite quelques attentions, une mise en valeur bienveillante. Car il me représente, partout où je vais. 

Que dire de mon visage… ma carte d’identité grandeur-nature. L’original, l’authentique, le vivant. J’ai beau le gronder pour tel détail, mais que serais-je sans lui ? Sans mes rides-témoins et mes yeux-fenêtres, révélateurs de qui je suis. Mes expressions diverses sont la preuve de mon humanité. 

Affirmation : j’aime ce corps unique qui me rend unique

Ce vaillant corps qui me fait moi. Eh oui, ce corps, c’est moi. « Je suis une créature merveilleuse » selon le psaume. Un tout. Aimer mon corps, c’est m’aimer moi-même. 

Je vais vieillir, je vais mourir. Et, un jour, ressusciter… avec mon corps.  

© Victoria Declaudure


Références

[1] E.E. Cummings ‘I like my body when it’s with your body’, (1925). (C’est la partie le plus réussie du poème, à mon avis.)

Victoria Declaudure a été membre de l'équipe pastorale de l'Eglise Vie Nouvelle (Saumur) pendant 17 ans avant de rejoindre celle de l'Eglise Evangélique d'Angers. Titulaire d'un master en théologie, elle est l'auteur de plusieurs articles ainsi que du mook 'Pionnières du XXième siècle, le ministère oublié des femmes pentecôtistes françaises 1932-48'

7 comments on “Merci, cher corps !

  1. faurecidalia

    Alléluia !
    « Car vous avez été rachetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu. »
    1 Corinthiens 6:20 LSG

  2. Balukie Kaje

    Quel hymne de reconnaissance de réconfort et de bonheur !
    Grand Merci !

  3. M.Rose

    Bonjour Victoria,
    merci infiniment pour ce texte plein de chair
    (en hébreu bassar – la chair –
    a donné le mot bassorah : la bonne nouvelle !)
    sentir, toucher, crier, rire, marcher ….
    avec vous et l’ Esprit Saint du Seigneur
    le ciel est déjà sur la terre !

  4. Catherine Grasswill

    Merci pour votre admiration pour votre corps, votre visage… Cela est si difficile lorsque la vieillesse arrive ou bien lorsqu’ils ne correspondent pas au canons de la mode… Il parait que François d’Assise appelait son corps ‘frère âne’ alors souvent dans un temps de prière plus posé dans une église, dans la nature, lorsque mon esprit commence à divaguer, je dis Seigneur reçoit la prière de ‘mon frère âne’ car lui est bien présent dans sa posture, dans ses douleurs éventuelles…
    Merci encore
    Catherine

    • Victoria Declaudure

      Merci Catherine. J’ai passé bien assez d’années à critiquer mon corps! J’ai voulu me réconcilier avec cette partie de moi-même. Je serais très heureuse si je pouvais encourager d’autres à faire de même … Courage à toutes (et a tous)

  5. Chère Vicky merci pour ton article qui est bénisant . Soit bénie pour ton travail et ta consécration . Cet article fera du bien à beaucoup de femmes . Amitiée fraternelle .

  6. Catherine Gasc

    Merci beaucoup pour cet hymne à la beauté de la création de Dieu ! Effectivement, il nous réconcilie avec une partie de nous même que nous traitons si souvent comme une « bête de somme »
    Pardon mon corps et merci pour ta résistance !! Merci Victoria, Cathy

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :