Dominique Montefia a lu pour vous ce livre de Jacques Buchold et nous livre ici une recension de son contenu.
« Jacques Buchhold est professeur émérite à la FLTE de Vaux sur Seine, et son épouse est une pasteure retraitée. Il a eu l’occasion de travailler avec des églises différentes, pro et anti-pastorat féminin.
Il a également eu l’occasion d’animer des séminaires sur cette question, afin de pouvoir comprendre et considérer les 2 positions.
Et même si la question du pastorat féminin n’est pas une vérité centrale de la foi chrétienne, elle engendre des souffrances qui ne sont pas négligeables.
Cet ouvrage abordera la question à partir de trois passages bibliques, dans les versions NBS et Semeur :
Les 3 thèmes abordés sont :
- L’ordre créationnel selon Paul
- La prophétie et l’enseignement des femmes
- La conformité à la Bible du pastorat féminin en France aujourd’hui
L’ordre créationnel
La relation hommes/femmes est souvent évoquée par Paul dans ses épîtres. Notons qu’il s’adresse aux hommes ET aux femmes, même si les traductions rendent le plus souvent « Frères ».
Les 3 passages analysés, et plus spécifiquement 1 Corinthiens 11 et 1 Timothée 2, renvoient souvent aux trois premiers chapitres de la Genèse (création où l’homme est l’aîné, chute où l’ordre est renversé, puis rétabli par Dieu avec promesse du rétablissement de la femme et de son rôle dans la venue du Sauveur). Dieu utilisera souvent des femmes stériles, d’Isaac à Jean Baptiste, pour terminer avec une jeune fille vierge (Jésus).
Ni Eve, ni les femmes avec elles ne peuvent donc être rabaissées à un instrument du péché.
Paul rappelle que l’homme est créationnellement la gloire de Dieu, sa fierté, son représentant puis celui de Christ dans le couple. Quant à la femme, elle est la gloire de l’homme, sa fierté, sa représentante, puis celle de l’Eglise au sein du couple.
Chacun a sa spécificité, représenté par le triptyque relationnel de la Képhalè
DIEU – JESUS – HOMME – FEMME
Paul utilise à dessein le terme Képhalè dans le sens de prééminence (et non source), alors qu’il aurait pu utiliser d’autres termes plus courants pour signifier une notion de hiérarchie.
Mais à l’époque, ce terme n’avait aucune connotation autoritariste ou machiste
- Entre le Père et Christ
- Entre Christ et l’homme
- Entre l’homme et la femme
Pas de notion hiérarchique, chacun représentant sa Képhalè, la relation homme/femme étant souvent comparée à la relation Christ/Église, son épouse et sa représentation, Lui-même représentant le Père.
Cette image de la Képhalè de l’homme sur la femme doit être à l’image de celle du Père sur le Fils. S’il peut sembler qu’elle est fonctionnelle, elle est en réalité relationnelle, chacun étant pleinement impliqué dans ce que l’autre fait. Rien de ce que l’un fait n’est vécu sans l’autre. Pourtant on perçoit un ordre.
En Eden, la femme a été créée à l’égal de l’homme, et c’est ce que la chute a détruit. À la création, il n’est pas question de partage des fonctions.
La Képhalè homme/femme doit être le reflet de la Képhalè Père/Fils, de même que la Képhalè Christ/Eglise. C’est ce que désire le Père.
Il existe trois modèles de Képhalè au sein des Églises :
| Modèle égalitariste | Modèle complémentariste | Partenariat ordonné |
| Egalement partenariat différencié En phase avec le féminisme Aucune inégalité H/F Mêmes fonctions Hommes et femmes différents Contextualisation des écrits de Paul Peut limiter la Képhalè à la sphère privée Rejet de la notion hiérarchique Négligence de l’ordre créationnel, cher à Paul | Modèle dominant Hiérarchique et fonctionnel Hommes et femmes se complètent A eu un gros impact sur la place des femmes dans la société Complémentarisme contemporain rejetant l’inégalité des droits entre hommes et femmes, mais séparant toujours les fonctions Suppose une incomplétude des hommes et des femmes l’un sans l’autre, contraire au message biblique S’appuie textuellement sur les enseignements de Paul sur le rôle de chacun Rejette toute contextualisation | Egalité hommes/femmes Hommes et femmes différents Maintien de l’ordre créationnel et de la Képhalè Mêmes fonctions pour tous Hommes et femmes partenaires Relations ordonnées |
Malgré le complémentarisme dominant, des femmes ont pu avoir un rôle prépondérant à travers les siècles, émancipation qui tenait au début à leur condition de vierges. Plus près de nous, d’autres ont joué un rôle important, des responsabilités de premier rang, en mission ou au sein d’Églises (comme Madeleine Blocher-Saillens en France). Beaucoup de ces femmes étaient dans un partenariat ordonné.
« Dans ce modèle, l’accent n’est pas mis sur les fonctions des hommes et des femmes, mais sur la dimension structurelle de leur vie commune. »
Ce modèle cherche également à intégrer une dimension historique et contextuelle, pour mieux le nuancer. Ainsi, l’enseignement de Paul diverge totalement de la vision du monde et des femmes de l’époque. Outre que les chrétiens sont encore ultra-minoritaires, ils doivent apprendre à changer de mentalité dans une société où les relations hommes/femmes sont largement viciées par des écrits et des mythes diffusés par des philosophes comme Platon. La femme n’a qu’un rôle de faire-valoir pour le désir des hommes, et n’est utile que pour la procréation. L’homme est le centre de tout, jusqu’à élever la pédérastie au rang de norme.
En cela, Paul apporte un Évangile libérateur pour les femmes.
Aujourd’hui, la société a changé et hommes et femmes ne vivent plus comme au temps de Paul.
Néanmoins, l’ordre créationnel demeure, et il serait dangereux de tomber dans le piège de la théorie du genre où toute différence est balayée.
La prise de parole des femmes
Dans 1 Corinthiens 11 : 2-16, Paul commence par féliciter l’église de Corinthe pour ses pratiques avant de faire une mise en garde et un rappel à la Képhalè, pour enfin rappeler que l’homme et la femme ne sont pas l’un sans l’autre.
L’étude du texte montre que les félicitations concernent la liberté accordée à chacun et chacune de prier et prophétiser, mais c’est paradoxalement également l’objet de la mise en garde à cause de l’ordre créationnel.
Cette pratique tranche avec les pratiques de l’époque, car les villas où se rassemblaient les chrétiens étaient ces mêmes villas où vivaient les familles sous la coupe du pater familias, avec un système hiérarchique très codifié.
Cette liberté ramène à Galates 3 : 28, ramenant lui-même à Genèse 1 : 27 (mâle et femelle). La justification par la foi des croyants a restauré les relations et permet de les vivre selon les normes de l’Évangile et non plus celles de la société grecque de l’époque. Toutes choses sont devenues nouvelles (2 Cor 5 : 17), les femmes sont donc invitées à prier et prophétiser.
Concernant la prophétie, on peut distinguer deux types :
- La prophétie charismatique
- La prophétie parénétique, ou exhortative
La prophétie est également éclectique, elle peut s’inviter dans un enseignement, une prédication. Elle est là pour édifier, exhorter, encourager, instruire. Paul enseigne donc qu’hommes et femmes ont cette liberté.
Cette mise en garde de Paul concerne également la tenue vestimentaire. Un ordre vestimentaire était institué dans la culture romaine, qui avait colonisé la culture grecque, et le port du voile était signe d’honorabilité (également de sujétion) pour les femmes, au regard des hommes.
En imposant le voile aux femmes chrétiennes, quel que soit leur statut et leur rang, Paul met en place un nouvel ordre social, où les femmes, à travers le voile, légitiment leur autorité à prophétiser, tout en respectant l’ordre créationnel.
C’est ce qui différencie ce partenariat ordonné du modèle égalitariste, dont il est très proche, et du modèle complémentariste qui tend à réduire la portée de la prophétie.
Cette importance de la tenue vestimentaire est une marque de l’ordre créationnel voulu par Dieu.
Mais il concernait le temps de Paul. Or celui-ci interdit aux femmes de parler dans l’assemblée (1 Cor 14 : 29, 38). Pourquoi l’interdire au chapitre 14 alors que cela est encouragé au chapitre 11 ?
L’interprétation au sujet du bavardage ne tient pas car Paul n’évoque à aucun moment ce sujet. En revanche, il est plus plausible que cette interdiction soit liée au verset 29, concernant l’examen des prophéties.
Paul permet et encourage les femmes à prier et prophétiser en public, ce qui est interdit dans la société de son époque, mais permettre aux femmes d’interagir avec des hommes étrangers à leur sphère privée, voire à contredire son époux ou tout homme de leur entourage en public, aurait enfreint toutes les règles de la bienséance de leur culture, et entraîné un désordre.
Enseigner (1 Tim 2 :12)
Enseigner relève de la même problématique, avec en plus une notion de domination. L’interdiction de Paul concerne spécifiquement l’enseignement avec prise d’autorité (authenteo), et non l’enseignement prophétique comme encouragé à Corinthe. C’est l’enseignement régulier, autoritaire, qui est considéré comme illégitime au temps de Paul.
Ces interdictions vont à l’encontre du modèle égalitariste, mais conviennent parfaitement au modèle complémentariste.
Le contexte paulinien et l’ordre créationnel cadraient avec ce partenariat ordonné.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
À propos des femmes pasteurs-prophètes aujourd’hui…
À la lumière de ce qui a été étudié, et même si Paul ne parle pas du pastorat, le pastorat féminin semble bien fermé, même si le diaconat leur est ouvert.
Cependant, 1 Corinthiens 11 et 14 nous montrent que la femme peut réconforter, exhorter et instruire à travers la prédication prophétique, ce qui correspond à 80/90% des prédications dans les églises évangéliques.
Mais « faire » et « être » sont deux choses différentes : on peut prophétiser sans être prophète, et les prophètes ne sont pas des pasteurs.
La Bible montre néanmoins que des femmes ont été des prophètes reconnues (comme les quatre filles de Philippe par exemple) et 1 Corinthiens 14 nous parle de prophètes qui prophétisent (littéralement en grec). Or, si le modèle de pastorat est lié à l’enseignement, donc à l’autorité, le Nouveau Testament montre que des pasteurs-prophètes existaient (Jude et Silas par exemple).
D’autre part, le Nouveau Testament nous expose une Église fonctionnant en mode collégial, et non avec un pasteur unique, comme c’est le cas aujourd’hui, où les Églises fonctionnent la plupart du temps sur le modèle du pater familias…
L’Église du Nouveau Testament comportait donc des pasteurs-enseignants et des pasteurs-prophètes.
Ne peut-on pas imaginer qu’il y ait eu des femmes prophètes, enseignant à ce titre dans l’Église primitive ?
À l’instar de l’Ancien Testament où des femmes prophètes ont joué un rôle de premier ordre, comme Myriam, Déborah, Houlda..), le Nouveau Testament nous parle également de femmes prophètes (comme les quatre filles de Philippe déjà citées) mais également des femmes comme Junia, Priscille, Phoebé, Evodie et Syntiche.. Toutes saluées voire recommandées par Paul !
Il est donc souhaitable qu’aujourd’hui, en France, des femmes puissent exercer cette prédication prophétique et parénétique…
Le ministère pastoral féminin en France aujourd’hui au regard de 2 Timothée 2 : 12
Claire Smith use d’une stratégie de minimalisation appliquée à 2 Timothée 2 : 12 et dissocie l’enseignement ecclésial de l’enseignement académique afin de permettre aux femmes d’enseigner dans des universités bibliques et même d’écrire des livres tout en conservant un modéle complémentariste. Or, ces deux enseignements sont intimement liés et indissociables.
D’un autre côté, Linda Oyer, égalitariste, discerne deux lectures opposées dans l’Ecriture. L’une relative à la création, où l’homme est prééminent, ordre maintenu par Jésus lors du choix de douze disciples hommes. L’autre relative à la nouvelle création en cours, née après la Pentecôte et dont l’Eglise est le fruit et le lieu d’expression. Elle fait également un parallèle avec l’esclavage et son abolition, montrant ainsi une révélation progressive.
Enfin, Henri Blocher, partisan du partenariat ordonné, parle de ministère ordinaire et de ministères extraordinaires, ces derniers étant déterminés par Dieu à travers les dons spécifiques décelés chez telle ou telle femme.
C’est Dieu qui adapte l’ordre qu’il a lui-même créé ! Mais ce que Paul veut maintenir, c’est l’ordre créationnel. Et ce n’est pas l’enseignement qui est en jeu.
Les nouveaux rapports engendrés par l’Evangile doivent respecter 3 composantes essentielles :
- Le souci de la bienséance
Ce qui était bienséant au temps de Paul, dans la société gréco-romaine du 1er siècle, est-il ce qui est bienséant aujourd’hui en France ? La place des femmes a changé !
- La perspective créationnelle
La liberté et les activités autorisées aux femmes dans notre pays aujourd’hui n’étaient pas imaginables du temps de Paul. L’Église était au 1er siècle une exception dans l’émancipation, (d’où le cadrage de Paul en vue de maintenir l’ordre créationnel) aujourd’hui elle est une exception négative dans la vie sociale des femmes. Elle ressort plus de l’ordre ecclésial que de l’ordre créationnel.
À noter que l’ordre hiérarchique et patriarcal est également une perversion de l’ordre créationnel
- La prise en compte des structures de la création
Toute structure sa caractérise par sa souplesse, et est amenée à s’adapter. Il faut tenir compte des changements intervenus depuis le temps de Paul.
Ces trois composantes sont indispensables pour repenser 1 Timothée 2 : 8-15. Et 1 Timothée 2 : 12 n’est pas à comprendre comme un absolu universel et intemporel. Il est à voir comme un compromis lié à l’époque de Paul, par souci de bienséance. Ce compromis est à l’image des concessions divines de l’Ancien Testament (divorce, polygamie), ou de celui de Paul quant à l’esclavage… Les preuves de ce compromis concernant les femmes, sont le nombre d’exceptions voulues par Dieu aussi bien à l’époque paulinienne qu’à travers l’Histoire.
Il nous faut donc, aujourd’hui, non nous soumettre à la pensée individualiste et machiste de notre société, mais trouver un nouveau compromis.
- Pour faire taire nos adversaires
- Pour que l’Évangile ne fasse pas fuir les gens
- Pour que la Parole de Dieu ne soit pas discréditée
Hommes et femmes doivent donc avoir les mêmes fonctions, mais « autrement ».
Nous devrions promouvoir l’autorité « exousia » des femmes dans l’Église, car cette autorité respecte l’ordre créationnel.
John Piper, théologien complémentariste convaincu, reconnaît que les femmes peuvent exercer leur autorité « autrement » dans la société et l’accepte.
Mais pourquoi la refuse-t-il dans l’Église ?
Cet « autrement » est également valable pour le couple, ce même compromis que pour la relation hommes/femmes dans l’Église. Au sein du couple, aujourd’hui, chacun peut exercer les mêmes fonctions, mais toujours en respectant l’ordre créationnel.
Ce partenariat ordonné demande
- à l’homme de servir et de se sacrifier pour son épouse, d’avoir autorité sur le corps de sa bien-aimée.
- à la femme de se soumettre dans un profond respect à son mari, et d’avoir autorité sur le corps de son bien-aimé (impensable du temps de Paul).
C’est la bienséance de notre époque ! Pas de hiérarchie, juste un ordre !
Que les femmes exercent les mêmes fonctions que les hommes est souhaitable et légitime, et participe à la bienséance en France au XXIe siècle.
Le partenariat ordonné se distingue de l’égalitarisme par son aspect juridique. Dieu a établi des alliances tout au long de l’Histoire et le respect de l’ordre créationnel en fait partie.
- Les pasteurs hommes doivent accomplir un service sacrificiel
- Les pasteures femmes doivent accomplir un service dans une soumission respectueuse
Chacun devra rendre des comptes le jour venu !
Pour conclure, l’incarnation du partenariat ordonné dans le contexte paulinien, où enseignement et interactions étaient interdits aux femmes, est différent du partenariat ordonné dans notre contexte, où le pastorat féminin est favorisé.
Il a toujours fallu beaucoup de temps à l’Église pour comprendre et appliquer des vérités enseignées par Dieu le Père, puis rappelées par Jésus.
Et également beaucoup de temps pour comprendre qu’il fallait opérer certains changements majeurs dans nos sociétés.
- L’abolition de l’esclavage
- La démocratie
- La fin de la « théologie du vêtement »
- …
L’avènement du pastorat féminin est en cours.
Ainsi pour Jacques Buchhold, la mise en place du partenariat ordonné est un combat évangélique, et reflète l’image de la relation intra-trinitaire.

