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« Libérées par Christ pour son service » de Madeleine Blocher-Saillens #lu pour vous

Un livre ancien datant de 1961, mais toujours d’actualité, écrit par la 1ère femme pasteure baptiste en France, ordonnée en 1929 à la mort de son mari.

Ce livre traite de la libération des femmes par Jésus et de l’opposition farouche de Satan, se servant de ce qui est brisé dans les différentes sociétés pour l’utiliser contre les femmes et malheureusement aussi de l’Église elle-même. 

Pourquoi tant de haine ?

Selon l’auteure, Satan ne pardonne pas à la femme de l’avoir accusé dans le jardin d’Eden, contrairement à Adam qui, fuyant ses responsabilités, jette l’opprobre sur sa compagne et sur Dieu. Satan sait également que la descendance de la femme lui écrasera la tête. Elle devient donc sa pire ennemie, et il faudra l’écraser et l’avilir au maximum pour retarder l’échéance qu’il redoute tant.

Où et depuis quand ?

L’Histoire va voir la situation de la femme se dégrader : de l’apogée de l’Empire égyptien qui donne aux femmes une place privilégiée, aux sociétés grecques et romaines où, à de rares exceptions, elles sont méprisées et humiliées. 

En Chine, au Japon, aux Indes, les femmes sont dès la naissance victimes potentielles des pires exactions : tuées à la naissance, mariées dès leur petite enfance, prostituées, offertes aux seuls plaisirs masculins. Seules quelques femmes échappent à cette situation. Ce n’est qu’au XXème siècle que leur liberté commence à poindre. Des figures chrétiennes comme Gladys Alward en Chine, William Carey aux Indes, des missionnaires de l’Armée du Salut au Japon, sont également des lumières au sein des ténèbres.

L’Afrique n’est pas davantage épargnée. L’Évangile finit par y entrer, et s’il est parfois utilisé de manière injuste avec les femmes, il leur donne néanmoins une opportunité de trouver une nouvelle place dans la société.

Avec la naissance de l’islam au VIIème siècle un autre joug est mis sur les femmes, plus ou moins avilissant suivant les cultures ou les périodes de l’histoire, mais les reléguant toujours à un rang inférieur. Une phrase attribuée à un vieux musulman yéménite est tout un symbole : « Vous aimez les femmes qui rient, nous autres, nous aimons les femmes qui pleurent »… 

Que nous apprennent les temps bibliques ?

Madeleine Blocher-Saillens passe ensuite en revue la situation des femmes que nous rencontrons dans les récits de l’Écriture. Dans l’Ancien Testament, la femme semble être écoutée et respectée (Sarah, Rebecca). Plus tard, on retrouve certaines femmes à des postes de direction (Myriam, Déborah). Mais la polygamie présente dans de nombreux récits, comme dans celui de Jacob par exemple, entraîne clairement des souffrances. 

Le temps des rois va amener la décadence, Satan utilisant la liberté accordée aux femmes à son profit, en les discréditant à travers de puissantes femmes qui feront beaucoup de mal (Jézabel, Athalie). 

Mais dans l’Ancien Testament, rien n’indique que la place de la femme est inférieure à celle de l’homme !

A l’époque de l’exil des Juifs le statut des femmes est mis à mal, au profit des traditions, consignées dans le Talmud. Mépris et humiliations deviennent officiels : le plan du diable semble réussir.

Dans le Nouveau Testament, Dieu va rehausser l’image de la femme : une femme est choisie pour porter le Messie. Jésus relève les femmes qu’il rencontre, et à travers elles, toutes les femmes. Elles y sont présentées comme fidèles, intelligentes, dignes d’être des messagères. Une révolution !

L’Église primitive voit aussi ses pionnières, citées par Paul, ou anonymes mais montrées en exemple.

Jusqu’au XVème siècle

Jusqu’en 363, des femmes ont accès à des ministères, faits attestés par la littérature de l’époque, entre autres à travers les Montanistes (IIème siècle) qui souhaitent revenir à un Évangile bouillant et voient des femmes se lever, et parfois mourir en martyres (comme Félicité et Perpétue). Puis elles perdent leurs droits (preuve qu’elles les avaient) et, à travers divers conciles jusqu’en 530, l’Église catholique va reléguer les femmes à un rang inférieur.

Cela n’empêche pas des femmes de se distinguer durant les invasions barbares, parmi les Cathares ou les Vaudois. Qui sait encore que Jérôme s’est adjoint la présence de deux femmes pour l’aider activement à l’exégèse de la Vulgate, et que ce sont également deux femmes qui ont influencé Constantin, encore jeune homme ? Sans oublier Brigitte de Suède et Catherine de Sienne, cette dernière ayant eu une grande influence auprès du pape.

De la Réforme à la Révolution

Dans le catholicisme, il y a des femmes, telle Thérèse d’Avila, qui sont en vue et influentes. D’autres, comme Mère Angélique, soutiennent la Réforme même si elles ne vont pas jusqu’au bout.

Selon l’auteure, avec la Réforme, le statut des femmes se dégrade en partie encore davantage. Néanmoins, des femmes comme Jeanne d’Albret se lèvent et apportent leur pierre. D’autres meurent, souvent suppliciées de la pire des façons, Satan voulant encore et toujours les faire taire, en utilisant des enfants de Dieu pour faire sa besogne. Ces femmes sont réputées coriaces, parfois plus que les hommes. Plus tard, Antoine Court, pourtant converti grâce à deux femmes, aura une grande influence dans l’interdiction de tout ministère féminin.

De la Révolution au XXème siècle

Du point de vue de Madeleine Blocher-Saillens au temps des « Lumières », les encyclopédistes, hormis Rousseau qui ne cache pas son mépris des femmes, ont une vision réaliste de la place des femmes, jusqu’à Condorcet qui propose une égalité politique. 

Napoléon établit quant à lui un code inique, puis légalise la prostitution patentée, à travers des maisons de tolérances où les femmes ne sont que des esclaves sexuelles. Cela ne prend fin qu’en 1946 notamment grâce à l’action de Marthe Richard. Il remet également en question l’éducation des filles. Le peu acquis par la Révolution leur est repris.

C’est au sein d’Églises protestantes que la femme trouve une place, en particulier chez les Quakers au XVIIème siècle. On pense notamment à Elisabeth Fry à travers laquelle Dieu fait de grandes choses et apporte de puissants messages. Les Méthodistes Wesley et Finney, permettent l’émergence de femmes puissantes comme Lady Huntingdon, pour le plus grand bien de l’Évangile.

Mais au XIXème siècle en France, toujours influencée par le calvinisme et Antoine Court, le mépris des femmes est plus présent que jamais. Agenor de Gasparin, John Nelson Darby ou Adolphe Monod expriment un rejet viscéral des femmes et les bâillonnent. 

Les textes sur lesquels ils s’appuient

Pour faire taire les femmes, on utilise bien entendu la Bible. Mais en examinant les textes de près, on s’aperçoit que les mots sont traduits en accord avec la culture et les idées en vigueur. La ponctuation elle-même, absente des manuscrits grecs, peut être source de contresens (cf. 1 Cor 14 : 32-34). Des mots identiques sont traduits différemment pour un homme ou pour une femme (par exemple diakonos, traduit par diacre pour un homme mais par servante pour une femme).

Que fait-on de Galates 3 : 28 ? De Joël 3 : 1 ? Pierre ne déclare-t-il pas cette prophétie accomplie (Act 2 : 17) ? Que signifie « prophétiser » ? N’est-ce pas édifier, exhorter, consoler (1 Cor 14 : 3-4) ? Le silence demandé par Paul est à redéfinir. Louis Segond lui-même le reconnaissait.

Mais alors, que faire du commandement dont Paul parle en 1 Cor 14 : 34 ? Car on ne trouve nulle part trace d’une telle injonction dans la Loi. Il est fort probablement question du Talmud, qui avait force de loi chez les Juifs, et que les chrétiens judaïsant souhaitaient imposer dans l’Église. On est alors tenté de comprendre que Paul, dont on connait les écrits sur la Loi, cite le Talmud avec ironie. 

Ceux qui veulent faire taire la femme et ne peuvent argumenter contre la prophétie des femmes utilisent une nouvelle arme : la négation du don de prophétie, au profit de celui de docteur et frère enseignant… Mais si la femme doit se taire, comment expliquer :

  • que Priscille ait enseigné Apollos
  • que les femmes aient parlé en langues en Actes 2
  • que les quatre filles de Philippe aient prophétisé
  • le ministère de Lydie, Déborah, Hulda, Marie-Madeleine annonçant la résurrection…
  • que la femme chrétienne puisse gagner à Christ son mari incroyant ?

Un sacerdoce exclusivement masculin ?

L’Évangile est censé libérer les femmes comme il a contribué à supprimer l’esclavage après beaucoup de temps et d’oppositions, y compris des Églises.

Quant au pastorat féminin, c’est LA ligne rouge. Depuis l’Église a commencé à s’unir à l’État sous l’impulsion de Constantin, la femme en a été écartée et certains préfèrent même que l’Évangile ne soit pas proclamé plutôt que proclamé par des femmes ! Et même un homme comme le Professeur Fitzwater (1871-1957, qui ouvrait toutes les portes aux femmes, enseignement compris, ne concevait pas le pastorat au féminin. Excepté en mission, où cela ne semblait poser aucun problème. Cela montre bien une incohérence dans ce positionnement qui met face à la question de savoir si à l’époque on considérait les hommes dans ces contrées lointaines comme inférieurs aux hommes en Occident.

En quoi le sacerdoce exclusivement masculin serait-il biblique ? Nous sommes un sacerdoce royal, un royaume de sacrificateurs, femmes incluses ! Elles représentent près de trois-quart des fidèles et, selon l’auteure, tout dans la nature des femmes invite à les ordonner. Quant aux objections communément entendues, aucune ne tient ! Toute cette opposition a eu des…

… conséquences néfastes pour tous et toutes

  • Pour les femmes, qui souffrent de l’image que donnent les hommes d’elles, et qui perdent leur zèle, parfois même la foi pour s’engager et combattre pour des idéologies contraire à l’Évangile. Ou qui, au contraire, vont croire que les hommes sont les intermédiaires entre elles et Dieu
  • Pour les hommes, dont l’orgueil est exacerbé dès leur plus jeune âge, et qui parfois profitent du travail de leurs sœurs pour en tirer tous les bénéfices
  • Pour l’Église qui se prive de près de trois-quart de ses dons, excepté dans les missions où les femmes sont majoritaires. L’Église ne donne ainsi pas à l’action du Saint-Esprit la place qu’elle devrait avoir et risque de déformer l’image de Dieu vu comme misogyne
  • Pour l’autorité de la Bible, mise à mal par ces interprétations patriarcales

Quand les femmes sont libérées

Libérées, les femmes sont capables d’accomplir de grandes choses et de faire évoluer les mentalité. En voici quelques exemples :

  • Frances Willard aux États-Unis et sa lutte contre l’alcoolisme et la prostitution
  • Mathilda Wrede et son ministère pour les prisonniers en Finlande
  • Florence Nightingale, en Crimée, s’occupant de la condition déplorable des soldats
  • Josephine Buttler en Ecosse et son combat acharné contre la prostitution patentée (instituée par Napoléon)
  • Catherine Booth, qui a dû lutter contre sa timidité et tous les préjugés de son temps, et qui a su engendrer une lignée de prédicatrices et pasteures
  • Justine Dalencourt en France, qui a fait de grandes tournées d’évangélisation
  • Corrie Ten Boom aux Pays-Bas

Toutes ces femmes ont puissamment œuvré, dirigé des institutions, amené des âmes à Christ, changé des mentalités… Moquées, humiliées, méprisées, elles ont persévéré et obtenu des victoires. 

William Booth, qui au début ne croyait pas en l’égalité entre hommes et femmes , a plus tard reconnu que ses meilleurs « soldats » à l’Armée du Salut étaient les femmes.

Des femmes ont également enseigné, prêché et ouvert des œuvres dans les endroits les plus reculés et les plus dangereux :

  • Mme Feller, Adèle Pelaz, Gertrud Wasserzug, à la tête d’instituts bibliques ou d’écoles spécialisées. Les livres, les cantiques, les disques pour l’évangélisation (initié par Joy Ridderhoff) ont aussi des femmes comme auteures
  • Que dire des femmes missionnaires comme Mary Slessor au Calabar (au Nigéria), Lilias Trotter en Algérie, Mildred Cable et les sœurs French en Asie, Amy Carmichaël aux Indes, les veuves des martyrs des Aucas en Amérique du Sud…

Toutes ont fait un travail immense, bien souvent dangereux, y ont perdu beaucoup et ont été critiquées par des chrétiens bien au chaud chez eux ! 

On retrouve aussi les femmes actives lors des réveils, amenant des âmes, même celles que l’on considérait comme les plus éloignées, par milliers à Christ :

  • Au Pays de Galles en 1879 avec Kate Shepherd et en 1905 avec Jessie Penn-Lewis
  • A Haslam en 1859 avec Geraldine Hooper
  • A Brighton et Oxford en 1875 avec Hanna Whitall
  • Aux Hébrides à travers quatre jeunes filles prédicatrices

Combien de beaux résultats ! Mais aussi combien de critiques, jamais sur le message mais sur leur condition de femmes. Cela n’empêche pas l’Esprit de Dieu de souffler où il veut, comme il veut et d’utiliser QUI il veut !

Ainsi, nous avons compris que dans l’histoire une grande partie de l’ »armée » de Christ a été mise de côté par des interprétations douteuses et machistes.

Mais Néhémie a-t-il refusé l’aide des filles de Schallum pour la reconstruction des murailles (Né 3 : 12) ? Pourquoi le ferions-nous ? Dieu a libéré les femmes, sans restriction, pour son service. Dans le contexte qui était celui de Madeleine Blocher-Saillens comme dans le nôtre aujourd’hui, ce livre est un puissant appel adressé aux hommes de contribuer à libérer les femmes que Jésus a affranchies ! C’est aussi un appel adressé aux femmes d’entrer pleinement dans cette liberté acquise par le Christ.

Dominique Montefia est responsable d'une librairie chrétienne sur Nice et travaille également dans une autre, les 2 représentant les différentes dénominations sur Nice et Cannes. Egalement engagé dans la relation d'aide, via son association GRACE, il est impliqué dans des séminaires de réconciliation et de guérison en Afrique, sur les lieux de génocides, viols et autres conflits meurtriers. La place des femmes a pour lui une importance capitale, conscient que l'armée de Dieu est amputée depuis toujours de la moitié de ses combattantes.

2 comments on “« Libérées par Christ pour son service » de Madeleine Blocher-Saillens #lu pour vous

  1. Françoise

    J’ai acheté ce livre il y a peut être 20 ans de cela et je me suis vraiment régalée de le lire, c’est une mine d’infos, d’histoires, de situations les unes plus surprenantes que les autres, parfois des atrocités faut le savoir. Un livre dont personne ne parle et je suis heureuse de voir que quelqu’un le fait aujourd’hui. Il est plus que jamais d’actualité.

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  2. bonjour et merci à Dominique Montefia

    quel souffle puissant de l’ Esprit traverse ce livre et quelle gifle
    pour nous les femmes d’abord, qui avons été ou sommes encore
    complices de nos frères et maris pour maintenir un système
    qui empêche la moitié de l’église de servir le Maître !

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