A la une Témoignages

Une femme « qui ne rentre pas dans le moule »

Philadelphia, Pennsylvanie, USA – Sculpteur Zenos Frudakis

Ces dernières années j’ai dû me positionner clairement sur la place de la femme dans l’église…

Elevée dans une famille catholique Je me suis convertie au protestantisme
évangélique, il y a une trentaine d’années. J’ai traversé une grande partie de cette
trentaine d’années sans vraiment me poser de questions. J’avoue que les termes
complémentarisme égalitarisme ne faisaient pas partie de mon vocabulaire. Mais
surtout me semblaient loin de mon vécu en église et de mes préoccupations.

Quand je repense au couple que formait mes parents, je n’avais pas vraiment de raison de me poser de questions sur la place de la femme, dans son foyer ou dans l’église. Mon père et ma mère partageaient les tâches à la maison et auprès des enfants, chacun dans un souci de solidarité et d’aide mutuelle et de respect, d’autres composantes de l’amour selon moi.

Je bascule doucement vers des questionnements…

Une des femmes de mon église a visiblement un don de prédication et ça je le sais car je l’avais entendu prêcher dans mon église avant l’arrivée d’un nouveau pasteur et quelques années auparavant dans une autre église. Le nouveau pasteur est contre la prédication des femmes. Elle ne prêchera plus dans cette église, même après l’arrivée d’un autre pasteur, qui finalement se coule facilement dans le positionnement du pasteur précédant.

En écrivant ces quelques lignes, je me rends compte que j’ai pris 15 ans voire plus
pour me détourner de la position dite complémentarienne. Du silence imposé à l’expression du don de cette sœur, à ma prise de conscience de la présence d’un grain de sable qui finalement deviendra une grosse pierre dans ma vie d’église et conduira à ma prise de position pour la prédication des femmes (entre autre) plus d’une décennie, s’est écoulée…

Le temps que l’Esprit travaille en moi. Le temps que les propos et comportements de responsables masculins sûrs de leur autorité donnée par Dieu, mais qu’ils sont selon eux, libres d’exercer selon leurs propres considérations commencent à m’interroger. Le temps pour que le mot patriarcat vienne suffisamment prendre forme pour vivre pleinement dans mon église et que je comprenne ce qu’il veut dire concrètement ; le temps pour que le mot masculinisme fasse irruption dans notre société et pour que sidérée je me pose la question sur la présence du masculinisme dans l’église.

Beaucoup de temps s’est écoulé…

Plus d’une décennie aussi pour que je m’interroge sur les effets de la position
complémentarienne, sur les relations fraternelles (hommes/femmes). Mais surtout sur la sororité dans l’église (relations de solidarité entre femmes) :

  • Comment vivre des relations fraternelles authentiques entre femmes et hommes quand masculinisme, patriarcat imposent des relations de domination/soumission ?
  • Comment vivre des relations sororales authentiques quand des sœurs sont choisies pour des ministères selon leur degré de complaisance avec le patriarcat, favorisant ainsi l’éviction de celles qui ont une vision différente, sous des prétextes futiles parfois loin de critères bibliques ?

Le blog Servir Ensemble a été pour moi pendant ces cinq dernières années de
réflexions et de cheminement, le lieu de rendez-vous sororaux, j’ai pu lire des
témoignages, qui m’ont encouragé à approfondir ma réflexion, mais avant tout à mieux comprendre que ce que je vivais n’était pas uniquement lié à moi ou mon contexte d’église.

Lire aussi des hommes qui ont contribué à écrire pour Servir Ensemble ouvre
pour moi les portes d’un avenir pour de vraies collaborations. J’ai aussi trouvé des
réflexions théologiques, qui m’ont aidé à réfléchir avec la Bible comme référence.
Christ est venu mourir pour chacune et chacun pour nous préparer une place auprès du Père, malgré tous mes efforts j’ai du mal à imaginer une éternité où certains seront félicités pour avoir dominé sur les unes, et d’autres pour leur silence.

Dans une société fracturée l’église n’est-elle pas appelée à montrer le vrai visage de Christ. La douceur et l’humilité? Je ne suis ni égalitarienne ni féministe, mais la fille de ce Dieu doux et humble de cœur qui nous demande de le suivre.

Masculinisme, patriarcat ne font pas l’éloge de la douceur, ni de l’humilité.

Le Christ nous appelle à vivre déjà ici-bas des relations dignes de lui et de son
royaume. J’ai beau chercher dans les évangiles, je ne le vois nulle part dominer sur une femme, mais je vois Christ qui les honore, les relève. Et qui donne à certaines la merveilleuse tâche d’annoncer la bonne nouvelle de sa résurrection. Le rôle de l’église reste d’annoncer et de vivre la bonne nouvelle du Christ ressuscité. Pourtant j’ai souvent vu annoncé et vivre la supériorité d’un genre sur l’autre.

Où j’en suis maintenant ?

Ma famille et moi avons rejoint une autre église tournant le dos à deux décennies de service et d’implication. Ce qui nous y a attiré ? une présence forte de l’Esprit qui souffle où il veut. Dont une des premières manifestations a été de voir que chacun et chacune est encouragé à servir selon ses dons, sans distinction de genres, répondant simplement aux besoins de l’église (de ses membres) et de ceux qui ne connaissent pas encore Christ.

Mais surtout une église où finalement je me sens aimée, acceptée en tant que femme, et dans laquelle il ne pèse pas sur mes épaules des attentes pour que je me conforme à ce que des hommes ont décidé que je devrais être selon l’héritage de leur éducation et ou de leur culture.

Je n’ai jamais voulu prêcher et pourtant le complémentarisme
comme je l’ai vécu a fait de moi une femme « qui ne rentre pas dans le moule ».


J’ai aussi compris que là où l’amour de l’autre comme Christ l’a aimé n’est pas la priorité, des comportements que l’on trouve dans le monde prennent place dans l’église, et qu’il est difficile de s’en débarrasser.

Je reste une grande rêveuse, j’ai l’espérance qu’un jour femmes et hommes pourront vraiment, répondre ensemble au Maître de la moisson qui nous annonce que la moisson est grande, mais qu’il manque des ouvriers (Luc 10 : 2).

Nous ne pourrons répondre que quand des co-ouvriers pourront se lever ensemble.

Servir ensemble… tout simplement.

Francine B.

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