Textes bibliques

NT Wright: Quelle base biblique pour le service des femmes dans l’Église?

En passant de Galates 3 : 28 aux Évangiles, et de 1 Corinthiens 11 et 14 à 1 Timothée, N.T. Wright offre des relectures fascinantes des passages « problématiques » du Nouveau Testament à l’égard du ministère féminin. Le théologien anglican et évêque de Durham NT Wright a été invité par l’association « Christians for Biblical Equality » (CBE), littéralement « Chrétiens pour l’égalité biblique », sur le thème « hommes, femmes et Église » en 2004. Il nous a semblé utile de relayer sa conférence en français sur « Servir Ensemble ».

« Hommes, femmes et Église »

Pour découvrir la conférence, vous pouvez:

  • Lire le texte dans son intégralité en anglais: L’article original.
  • Lire le texte dans son intégralité en français: L’article en français.
    • Introduction
    • Galates 3.28
    • Les Évangiles et les Actes
    • 1 Corinthiens 14: le silence des femmes
    • 1 Corinthiens 11.2-11
    • 1 Timothée 2
    • Conclusion
  • Écouter la traduction de la conférence : la version audio (56′)
  • Lire quelques extraits ci-dessous qui, nous l’espérons donneront envie d’en savoir davantage.

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Introduction

[…] J’estime que le but de cette conférence est […] : renoncer aux moules dans lesquels le monde autour de nous essaie de nous enserrer, et faire nôtre la voie différente qui est celle du royaume de Dieu, dans laquelle nous découvrirons l’accomplissement de l’ordre créé et préparé par Dieu. […]

Galates 3.28

Ce que Paul semble faire dans ce passage est donc, en se référant à Genèse 1, d’écarter définitivement toute tentative de défendre la perpétuation du privilège masculin dans la structure et la démarcation de la famille d’Abraham, comme si quelqu’un disait : « Mais bien sûr que c’est la lignée masculine qui compte, et bien sûr que c’est la circoncision des garçons qui compte, puisque Dieu a créé le masculin et le féminin. » Non, dit Paul, rien de tout cela ne compte quant à l’appartenance au peuple d’Abraham renouvelé. […]

Évangiles et Actes

Nous devons noter combien il est intéressant qu’un moment arrive dans l’histoire où tous les disciples abandonnent Jésus et s’enfuient ; et à ce moment-là, bien avant la réhabilitation de Pierre et des autres, ce sont les femmes qui viennent les premières au tombeau, qui sont les premières à voir Jésus ressuscité, et sont les premières à recevoir la nouvelle qu’il est ressuscité des morts.[…]

Je pense en particulier à la femme qui oignit Jésus d’huile (sans m’avancer ici sur la question de qui elle était et si l’événement eu lieu plus d’une fois) ; comme certains l’ont souligné, c’était un acte de prêtrise que Jésus accepte en tant que tel. […]

Il est fascinant, par contraste, que nous voyions dans les Actes, là où ils nous parlent de la persécution qui a eu lieu contre l’Église, particulièrement à l’époque d’Étienne, nous trouvons les femmes attaquées à l’égal des hommes et à leurs côtés. Saul de Tarse allait à Damas pour prendre des femmes aussi bien que des hommes et les jeter en prison. Bailey souligne, en se basant sur ces parallèles culturels, que cela n’a de sens que si les femmes aussi sont perçues comme des dirigeantes, des personnes influentes de la communauté. […]

1 Corinthiens 14

Quoi qu’il en soit, le résultat serait que pendant le sermon en particulier, les femmes, qui ne comprenaient pas ce qui se passait, commenceraient à s’ennuyer et à parler entre elles. Comme Bailey le décrit dans une telle église, le niveau sonore de la conversation féminine monterait progressivement, jusqu’à ce que le ministre doive dire bien fort : « Que les femmes veuillent bien faire silence ! » […]

1 Corinthiens 11.2-11

Ce que le passage ne peut en aucun cas signifier, c’est que les femmes n’auraient eu aucune part dans la direction des cérémonies religieuses, en parlant à voix haute et claire. C’est un point concret que prouve immédiatement l’autre passage pertinent de l’épître, 1 Corinthiens 11:2-11, puisque Paul y donne des instructions sur la manière dont les femmes doivent être vêtues lors de ces activités, instructions qui ne seraient évidemment pas nécessaires si elles gardaient le silence à l’église tout le temps.[…]

Mais quel sens Paul donne-t-il à « tête » ? Il l’utilise ici dans un sens métaphorique à certains endroits, comme au verset 3, et littéral à d’autres, comme là où il parle de ce qu’il convient de faire au sujet de des têtes humaines bien concrètes (versets 4-7 et 10). Mais le mot qu’il utilise peut signifier différentes choses ; et il y a des arguments forts qui peuvent soutenir qu’au verset 3, il ne fait pas référence à la « tête » comme au « chef », mais à « tête » dans le sens, que l’on trouve aussi en anglais, de « source » au sujet d’une rivière. […]

Pourquoi, alors, dit-il qu’une femme « doit avoir autorité sur sa tête à cause des anges » (verset 10) ? […] Quand les humains seront renouvelés dans le Messie et ressuscités des morts, il leur sera donné autorité sur les anges (6:3). Au culte, l’église anticipe ce qu’il en sera dans ce jour à venir. Quand une femme prie ou prophétise (peut-être dans la langue des anges, comme à 13:1), elle doit être comme elle a été créée, puisque c’est au masculin comme au féminin, dans leur interdépendance mutuelle en tant que créatures à l’image de Dieu, que le monde, anges inclus, sera assujetti. […]

1 Timothée 2

Quand l’on dit que la Bible consacre les idées et attitudes patriarcales, ce passage, particulièrement le verset 12, est souvent montré du doigt comme l’exemple numéro un. Les femmes ne doivent pas être enseignantes, semble dire le verset ; elles ne doivent pas détenir d’autorité sur les hommes ; elles doivent garder le silence. C’est en tout cas la manière dont l’expriment beaucoup de traductions. C’est, comme je le disais, le passage que les gens citent principalement lorsqu’ils veulent suggérer que le Nouveau Testament interdit l’ordination des femmes. […]

La clef de ce passage-ci est donc de reconnaître qu’il ordonne que les femmes, elles aussi, doivent être autorisées à étudier et apprendre, et ne doivent pas subir de restrictions dans ce domaine (verset 11).

Elles doivent être « en toute soumission » ; on comprend souvent cela comme « aux hommes » ou « à leurs maris », mais ce pourrait tout aussi bien décrire leur attitude, comme étudiantes, de soumission à Dieu ou à l’évangile — ce qui, bien sûr, est vrai aussi pour les hommes.

Dès lors, ce crucial verset 12 ne doit pas nécessairement être lu comme « je ne permets pas à une femme d’enseigner ou d’exercer une autorité sur un homme — la traduction source de tant de difficultés ces dernières années. Il peut tout aussi bien signifier (de manière bien plus sensée dans le contexte) : « Je ne veux pas dire par là que je donne aux femmes une nouvelle autorité sur les hommes de la même manière que les hommes avaient auparavant autorité sur les femmes. » Pourquoi Paul pourrait-il avoir besoin de dire cela ?

L’épître contient des signes indiquant qu’à l’origine, elle a été envoyée à Timothée pendant qu’il était à Éphèse. Et l’une de nos connaissances principales sur la religion à Éphèse est que la religion dominante — le plus grand temple, l’autel le plus connu — était un culte exclusivement féminin. Le temple d’Artémis (son nom grec ; les Romains l’appelaient Diane) était une structure massive qui dominait les environs ; et, comme il convient aux adorateurs d’une divinité féminine, les prêtres étaient toutes des prêtresses. Elles dirigeaient les événements et imposaient leur rôle aux hommes.

À partir de là, si vous écriviez une lettre à quelqu’un d’un mouvement religieux naissant basé à Éphèse, et vouliez affirmer que de par l’évangile de Jésus, les anciennes manières d’organiser les rôles masculin et féminin devaient être repensées du haut en bas, entre autres en encourageant les femmes à étudier, apprendre et prendre un rôle de dirigeant, vous chercheriez peut-être bien à éviter les méprises. Les gens pouvaient se demander : l’apôtre disait-il que les femmes devaient être formées pour que la chrétienté devînt graduellement une religion comme celle d’Artémis, où les femmes dirigeaient et donnaient leur conduite aux hommes ?

Il me semble que c’est ce que réfute le verset 12. Le mot que j’ai traduit par « essayer de leur dicter leurs actes » est inhabituel, mais sous-entend apparemment quelque chose comme « être autoritaire » ou « prendre le contrôle ». […]


L’enjeu est de taille, et le travail l’était aussi:

  • Merci au traducteur Jean-David Lanz d’avoir rendu l’ensemble du discours accessible en français.
  • Merci aussi à Valentin Dos Santos qui lui a prêté sa voix pour que ce discours soit aussi accessible en version audio.

À propos revdmcotes

Mary Cotes est pasteur baptiste anglaise. Ayant fait ses études doctorales de théologie, elle a exercé un ministère dans de nombreux contextes, y compris l’aumônerie d’un hôpital psychiatrique. Auteur de Quand les femmes se mettent à l’œuvre, elle est actuellement la présidente de la Milton Keynes Christian Foundation, un réseau d’entreprises sociales, fondé par les églises de la ville. Musicienne diplômée, elle donne également des cours de piano.

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