Textes bibliques

De Genèse à Junia, un voyage exégétique #lupourvous

Preston Sprinkle, From Genesis to Junia. An Honest Search for What the Bible Really Says about Women in Leadership, Colorado Springs, David C Cook, 2026.

Ce que j’aime chez Preston Sprinkle, c’est qu’il joint à la qualité d’être un excellent bibliste le courage de s’impliquer personnellement dans les sujets qu’il aborde. Lorsqu’il s’était attelé à la question de l’accueil des trans* dans l’Église (Preston Sprinkle, Être corps. Les identités transgenres, l’Église et ce que la Bible en dit, Saint-Légier, HET-PRO, 2025), il avait passé la moitié de son temps de préparation à créer des amitiés avec des personnes trans* et leur avait fait relire ses projets de manuscrits.

Issu de milieux complémentariens et évoluant dans des contextes tant égalitariens que complémentariens, Preston Sprinkle a longtemps louvoyé autour du sujet du leadership des femmes dans l’Église. Mais voilà : pour être cohérent avec lui-même, il fallait un jour qu’il s’y plonge pour se faire une opinion.

Trois ans et plus de 1000 heures de travail plus tard, il ne nous livre pas uniquement ses conclusions, mais aussi son cheminement au travers de la révélation biblique.

Sa méthode : avancer prudemment, en commençant par le début, dans l’ensemble de la révélation biblique pour comprendre ce qu’elle a à dire sur le leadership des femmes dans l’Église. Il ne s’agit donc pas d’un livre militant, mais plutôt du témoignage d’un théologien reconnu et compétent ; comme le dit son sous-titre : « Une recherche honnête de ce que la Bible dit vraiment des femmes dans le leadership ».

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la promesse est tenue. Du côté de l’honnêteté d’abord. Sprinkle essaie, tout au long du livre, de réserver son jugement quand la question n’est pas clairement tranchée par le texte (selon lui). Cela pourra énerver les convaincus, mais cette honnêteté est payante, car elle permet à un public beaucoup plus large de le suivre sur le chemin. Ensuite, il n’hésite pas à hiérarchiser les degrés de certitudes de telle ou telle lecture, de tel ou tel argument : certains s’imposent, d’autres sont moins clairs et il faut faire avec.

Sprinkle ne laisse pas beaucoup de recoins inexplorés

Autre facette du voyage : « ce que la Bible dit vraiment ». Si on ne peut pas s’attendre à une revue exhaustive des interprétations existantes sur tous les passages traitant du leadership des femmes, il faut reconnaître que Sprinkle ne laisse pas beaucoup de recoins inexplorés. Pour l’exégète que je suis, et pour beaucoup d’autres (y compris ceux qui ne partagent pas ses conclusions), il a fait le travail, non seulement avec honnêteté, mais avec compétence. Sprinkle traite donc des premiers chapitres de la Genèse, des femmes dans l’Ancien Testament, des femmes entourant Jésus, du leadership dans l’Église primitive et du rôle qu’y prenaient les femmes, du prophétisme féminin, et terminent avec les fameux passages de Paul, piliers de l’argumentation complémentarienne : Éphésiens 5, 1 Corinthiens 11 et 14 et 1 Timothée 2-3. Même si Sprinkle propose à quelques reprises des approches originales, beaucoup de ses analyses ont déjà été faites par d’autres et on en trouve plusieurs dans les pages de ce blog.

Ce court billet n’est pas le lieu pour résumer l’ensemble du développement. Je me contenterai de livrer quelques « pépites » qui m’ont personnellement enrichi. Premièrement, sa réflexion plus large sur la nature du leadership chrétien. Car si on s’interroge sur la place des femmes comme leaders, il convient de regarder quelles sont les personnes que la Bible nous donne en exemple de ce leadership. Or Jésus enseigne très clairement à ses disciples que le leadership chrétien prend la forme du service (diakoneô). Et qui sont les personnages du Nouveau Testament qui sont largement présentés comme remplissant cette mission de service (diakoneô) ? Des femmes !

Autre pépite : le rôle clé des femmes hébergeant une Église dans leur maison. Il ne s’agissait pas de ménagères ouvrant leur salon pour un groupe de maison, mais de femmes dirigeant une maisonnée composée de familiers et de travailleurs qui accueillait une communauté. Difficile d’imaginer ses maîtresses femmes ne pas occuper naturellement un rôle dans l’équipe de leaders de la communauté. Et pas uniquement pour apporter les biscuits (Priscille en est un bon exemple) !

Finalement, Sprinkle invite à remettre dans leur contexte les titres donnés aux leaders (anciens, surveillants, apôtres, prophètes, enseignants, pasteurs, diacres, etc.) et à se garder de les figer en une hiérarchie à répliquer aujourd’hui, permettant d’exclure les femmes de telle ou telle fonction. Cela ne correspond tout simplement pas à ce que les textes décrivent.

Et alors, finalement, que conclut Sprinkle ?

Bien qu’il n’apprécie pas spécialement le terme, trop connoté à son goût, il doit bien reconnaître que la Bible le convainc d’être égalitarien.

Et il rappelle avec justesse que la position égalitarienne n’est pas une nouveauté qui s’opposerait à une vision traditionnelle complémentarienne. En effet, pendant des siècles, l’argumentation chrétienne soutenait que les femmes ne pouvaient accéder à un ministère d’autorité et d’enseignement, car elles étaient intellectuellement inférieures et moins douées. Telle est la position « traditionnelle ». Heureusement, aujourd’hui, ni les complémentariens ni les égalitariens ne soutiennent cette position ; et s’ils ont changé d’avis, c’est au nom de leur lecture de la Bible. Il est donc faux de prétendre que la position complémentarienne serait traditionnelle et l’égalitarienne une nouveauté issue de l’influence contemporaine : toutes deux sont récentes. Reste à discerner laquelle est la plus biblique.

Pourquoi (faire) lire ce livre ?

Les convaincus ne sont sans doute pas le premier public de cet ouvrage. Néanmoins, ils pourront y trouver un nouveau regard sur des thèmes et textes déjà connus. Les opposants catégoriques ne vont sans doute pas être convaincus (mais qui sait ?). Par contre, la grande majorité silencieuse de chrétiennes et chrétiens, de pasteurs et de leaders qui ne savent pas très bien où se situer trouvera chez Sprinkle un excellent compagnon de route, honnête, compétent et agréable à suivre.

Last but not least, Preston Sprinkle se lit très bien. Il nous embarque facilement dans son voyage et agrémente d’humour des sujets parfois techniques ou sensibles, sans jamais tomber dans la légèreté.


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Marié à Salomé et père de deux enfants, j'enseigne le Nouveau Testament à la HET-PRO Emmaüs (Suisse) depuis 2012, après avoir servi comme pasteur au sein de la Fédération romande d'Eglises évangéliques.

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