Cet article a été d’abord publié dans Mutuality, le blog de CBE. L’article original est disponible ici. Il est reproduit avec la permission des éditions.
En tant que pasteur en poste en Chine, j’ai assisté à de nombreux mariages publics organisés par des Églises au fil des ans et j’ai entendu de nombreuses prédications de mariage. Genèse 2 est sans aucun doute l’un des textes de prédication de mariage les plus populaires. L’Église chinoise (et souvent l’Église mondiale) a développé certaines applications conventionnelles de ce chapitre concernant l’amour et le mariage.
Cependant, certaines de ces applications conventionnelles sont discutables ; elles peuvent ne pas correspondre entièrement à l’intention originale de l’auteur de la Genèse.
J’illustrerai ici quatre exemples typiques et bien connus :
Insister sur la nécessité du mariage avec l’expression « Il n’est pas bon que l’homme soit seul »
L’expression « il n’est pas bon que l’homme soit seul » est souvent utilisée pour affirmer que le mariage est une vocation universelle ; il est presque considéré comme inévitable. Mais si cette phrase se rapporte au mariage, elle ne plaide pas de manière concluante en faveur de la nécessité du mariage. Dans le récit de la création, « pas bon » signifie « incomplet » ; le « complet » se trouve dans la communauté. 1 Tout au long de la Genèse 1, Dieu évalue tout ce qu’il a créé comme étant « bon », mais ici, en Genèse 2, il dit que quelque chose n’est « pas bon ». Mais qu’est-ce qui a rendu la création de Dieu « bonne » ?
Le terme « bon » signifie d’abord l’achèvement du dessein originel de Dieu sans défauts. En Genèse 1, « bon » signifie « relation complète » — séparer la terre et la mer, établir l’ordre et peupler la mer, la terre et le ciel de créature.2 De même, « il n’est pas bon que l’homme soit seul », en Genèse 2.18, indique que le plan de Dieu de Genèse 1.26-27 n’était pas encore achevé. Selon 1.26-27 : « Faisons l’humain à notre image, à notre ressemblance… Dieu créa donc l’humain à son image, il le créa à l’image de Dieu, il le créa homme et femme ».
Ce n’est qu’après avoir créé l’homme et la femme que Dieu a réalisé son intention de créer l’humanité à son image.
Cette complétude est semblable au fait d’avoir plus d’un oiseau dans le ciel et plus d’une créature aquatique dans la mer — la terre a maintenant l’homme et la femme. C’est pourquoi l’expression « il n’est pas bon que l’homme soit seul » met l’accent sur la complétude de l’espèce (qui a besoin d’un homme et d’une femme), plutôt que de souligner la nécessité du mariage pour chaque individu. Il ne s’agit pas de dire qu’un homme ou une femme doit avoir un conjoint pour être « bon » ou « complet ».
Mal utiliser le terme « aide » pour désigner les épouses
Dans le contexte de la culture chinoise traditionnelle (comme ailleurs), nous associons facilement le concept d’« aide » dans Genèse 2.18 à l’image familière d’une « épouse vertueuse »,3 ce qui signifie qu’une femme ou une épouse doit être une « assistante interne » de son mari. Malheureusement, de nombreux orateurs et auditoires influencés par la pensée confucéenne traditionnelle injectent sans esprit critique la notion confucéenne de subordination de la femme à l’homme dans leur compréhension du terme « aide » (tout comme de nombreux penseurs occidentaux injectent les valeurs patriarcales gréco-romaines dans leur compréhension du passage).4 Mais ces penseurs commettent deux erreurs fondamentales.
Tout d’abord, ils interprètent à tort le terme « aide » comme impliquant une relation de dominant à subordonné. En fait, dans l’Ancien Testament, que ce soit sous forme de verbe ou de nom, le terme désigne le plus souvent Dieu comme «aidant», avec quelques exemples de personnes aidant d’autres personnes (par exemple, Ésaïe 41.6 ; Esdras 10.15).
En outre, dans presque tous les exemples bibliques, l’« assistant » est présenté comme la partie « la plus forte » qui soutient la partie « la plus faible », plutôt que l’« assistant/aide » moins important auquel nous pourrions penser lorsque nous entendons le mot.5
Deuxièmement, le terme hébreu original de Genèse 2.18 comprend une phrase prépositionnelle qui n’est souvent pas traduite dans certaines versions chinoises.6 Bien qu’il existe diverses interprétations de ce mot composé, les spécialistes s’accordent généralement à dire qu’il transmet l’idée de « correspondre à » ou d’« assortir ».7 En d’autres termes, la femme est une « aide correspondante » à l’homme. Cette notion de « correspondance » reflète une relation mutuelle et réciproque, renversant complètement toute structure hiérarchique.8
Par conséquent, le fait de dire qu’une femme est l’aide d’un homme n’implique aucune inégalité de statut ou de rôle ; cela souligne plutôt la dépendance égale et la relation réciproque entre les hommes et les femmes. Ils s’aident mutuellement.
Exagérer la signification de la « côte » dans l’anatomie
Le symbolisme de la « côte » d’Adam a également été exagéré dans de nombreuses prédications de mariage que j’ai entendues. Parmi les interprétations courantes que j’ai entendues, entre autres interprétations intéressantes : la côte est la plus proche du cœur (ce qui implique que la femme est la plus chère du mari) et la côte est l’os le plus fragile (ce qui implique que le mari doit protéger sa femme). Bien que certaines personnes puissent trouver ces interprétations attrayantes, elles sont profondément enracinées dans une structure hiérarchique qui insiste sur une relation « protecteur-dépendant » entre les sexes. Les hommes sont considérés comme des protecteurs et des pourvoyeurs, tandis que les femmes sont considérées comme ayant besoin d’être protégées et comme les bénéficiaires des prestations des hommes. Il est souvent demandé aux femmes de céder leur autorité à leur mari en contrepartie.9
Cependant, le mot hébreu traduit par « côte » dans l’Ancien Testament ne désigne généralement pas une structure corporelle, mais le côté d’un bâtiment ou d’une maison.10 Bien que l’on puisse déduire que le terme, lorsqu’il est appliqué aux humains, décrit quelque chose de proche de la zone des côtes, l’image globale ne devrait pas être une « côte unique », mais plutôt « une partie du côté d’Adam, y compris les os et la chair ».
En résumé, s’il n’est pas problématique de trouver un sens symbolique à la signification de la côte, nous ne devrions pas utiliser ce mot pour établir une hiérarchie entre les sexes, car cela n’est pas conforme à la Bible.
Interpréter à tort « L’os de mes os et la chair de ma chair » comme des mots romantiques
La dernière erreur courante consiste à interpréter « l’os de mes os et la chair de ma chair » comme les paroles romantiques d’Adam à l’égard d’Ève. (J’ai entendu dire que cette phrase était « les premiers mots d’amour de l’humanité ».) L’expression est souvent associée à la « côte » pour souligner l’expression de protection et d’attention de l’homme à l’égard de la femme.
Bien que cela semble romantique, c’est inexact.
« Os de mes os et chair de ma chair » est une expression hébraïque exprimant la parenté, similaire au concept culturel chinois de « parent par le sang ».11
Par exemple, dans Genèse 29.14, Laban appelle Jacob « ma chair et mon sang », et dans Juges 9.1-2, Abimélek se présente comme étant « vos os et votre chair » à ses oncles maternels et à la famille de son grand-père. Par conséquent, « l’os de mes os et la chair de ma chair » ne sont pas des mots romantiques, mais une métaphore de la parenté : Adam dit à Ève : « Tu es ma parente (chair et sang) ! ». Adam reconnaît qu’Ève lui ressemble d’une manière différente des animaux.
Conclusion
Une cérémonie de mariage publique est un moment important pour un couple de jeunes mariés, marquant le début de leur vie commune. Pour le couple et toutes les personnes impliquées — parents, membres de l’Église et invités — le message délivré au cours de la cérémonie est souvent profondément mémorable.
Personnellement, je me souviens encore de la prédication de mon propre mariage, et des prédications de nombreux autres mariages auxquels j’ai assisté en tant qu’invité. En tant que pasteur, je suis toujours conscient de l’importance de chaque prédication de mariage, m’assurant que je transmets fidèlement les valeurs bibliques sur le genre et le mariage. Il est essentiel d’éviter d’introduire involontairement des idées non bibliques dans l’interprétation des Écritures. L’une de mes principales responsabilités est de transmettre ces valeurs avec précision, afin de contribuer à façonner la vie de chaque couple que j’ai le privilège de marier.
Auteur : Li Tim Hao
Traduction : Valentin Dos Santos
Photo de Wedding Dreamz sur Unsplash
Cet article a été rédigé en chinois. Pour en lire la version originale, cliquer ici.
Références
- Claus Westermann, Genesis 1–11: A Continental Commentary, trans. John J. Scullion (Minneapolis : Augsburg Fortress, 1984), 227; Nijay K. Gupta, Tell Her Story: How Women Led, Taught, and Ministered in the Early Church (Downers Grove: IVP, 2023), 73–152. ↩︎
- Terence E. Fretheim, God and World in the Old Testament: A Relational Theology of Creation(Nashville : Abingdon Press, 2010), 19. ↩︎
- [Xián nèizhù] in Pinyin. For further reading, see Yanshuo Zhang, “A Comparative Study of the ‘Virtuous Wife’ in Traditional Chinese and Biblical Proverbs,” China-U.S. Journal of Humanities, issue 5 (October 2020). https://www.academia.edu/44702079/A_Comparative_Study_of_the_Virtuous_Wife_in_Traditional_Chinese_and_Biblical_Proverbs. ↩︎
- Voir https://www.cbeinternational.org/resource/lets-stop-doing-as-the-romans-do/. ↩︎
- Pour plus d’informations, voir https://margmowczko.com/ezer-kenegdo-subordinate-helper-eve/ et https://margmowczko.com/gender-hierarchy-creation-narrative-genesis-2/. ↩︎
- Notamment dans les traductions largement utilisées par les Chinois : la Bible chinoise Union Version et la Bible LYU JHEN JHONG. ↩︎
- John H. Walton, Genesis : The NIV Application Commentary (Grand Rapids, Mich: Zondervan, 2001), 176–177. ↩︎
- Pour de plus amples informations, voir
https://www.cbeinternational.org/resource/genesis-equality-part-1/. ↩︎ - Mary Edwards Walker, entre autres, fait plusieurs observations dans ce sens dans Hit (New York : The American News Company, 1871). ↩︎
- Par exemple : Exode 26.20 [26, 27, 35], 1 Rois 6.5 [8, 15, 16], Ézéchiel 41.5 [6, 7, 8, 9, 11, 26]. ↩︎
- [Gǔ Ròu zhī qīn] in Pinyin. ↩︎


Merci beaucoup pour cette explication sur le verset : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ». C’est la 1ère fois que j’entends cela et effectivement cela me semble « juste » quand on remet dans l’ordre chronologique les 2 versets de Genèse 1, 26-27 et Genèse 2,18.
Bonjour,
j’aimerai souligner que la notion juridique de » chef de famille » a disparu
dans le mariage civil, du moins en France, depuis 1970.
« Les époux contribuent au bien du foyer selon leurs dons et capacités….. »
IL est en avance sur le mariage religieux dans beaucoup églises,
où l’ époux représente toujours l’autorité selon un modèle patriarcal, alors que dans l’évangile, chacun des époux devient une autorité pour l’autre.
(notion de soumission mutuelle qui bien sûr n’existe pas vraiment ds le monde) !