Esther 1 – Première partie
Les premiers paragraphes de ce chapitre décrivent l’incroyable spectacle des grands banquets donnés par Xerxès, roi de Perse, l’homme le plus puissant de son époque.
Je suis Xerxès
Son nom apparaît trois fois dans les premiers versets, car tout tourne autour de lui : il est littéralement le centre de l’empire… et, naturellement, le centre de son propre monde, l’objet de sa propre affection.
Me voici
Personne n’oserait s’opposer à lui, alors qu’il déploie sa magnificence et sa générosité devant tous les nobles et notables de l’empire, et devant tout le peuple de la capitale, jusqu’au plus petit.
Je m’offre volontiers à l’admiration de vous tous
Rien ne vient contrarier son ego, ni l’empêcher d’atteindre des proportions faramineuses.
Aimez-moi
« Il montra… la glorieuse richesse de son règne et la somptueuse splendeur de sa grandeur ». L’auteur biblique verse dans la surenchère pour dépeindre le faste du puissant souverain, un peu comme on gonfle un ballon de baudruche. Couleur pourpre violette.
Laissez-vous subjuguer par moi
L’auteur inspiré multiplie les détails. « Des tissus colorés de lin, de coton et de pourpre violette étaient tendus par des cordons de byssus et de pourpre rouge passés dans des anneaux d’argent, sur des colonnes de marbre. Les divans étaient d’or et d’argent, sur un pavé de porphyre, de marbre, de nacre et de marbre noir. » Il souffle, souffle dans son ballon littéraire, qui se tend de plus en plus. On le comprend : de fête, on n’en avait jamais vu de pareille !
Que je puisse augmenter sans cesse dans votre estime
(Ainsi, je ne craindrais jamais de rébellion de votre part)
Le vin coule à flots.
Je vous achète
Le roi n’admet aucune limite à son hospitalité qui doit apparaître infinie, ordonne à ses serviteurs de resservir ses hôtes autant de fois que ceux-ci le désirent.
Je vous drogue
Ma domination est complète
Pour garantir son image de roi clément et magnanime, il veille à ce que la reine aussi donne un banquet pour les femmes. Il s’agit sans doute du harem du roi, car celui-ci se tient à part, à l’intérieur de la maison du roi.
Xerxès !
Le décor est donc soigneusement planté, haut en couleurs et en luxe. Le ballon est gonflé à l’extrême. Il n’y a plus le moindre espace pour ajouter encore de l’air à cet ego humain (et masculin) surdimensionné.
Il ne manque plus que l’aiguille pour faire éclater la baudruche. Notre auteur biblique s’en donne à cœur joie : ce roi qui ignore le Dieu Créateur, et qui veut paraître lui-même comme un dieu glorieux, mérite certainement l’humiliation qui l’attend.
Et le mieux… le mieux… c’est que le roi lui-même fournit l’instrument !
Ayant trop bu, le roi commet une erreur de jugement fatale pour son ego et sa réputation. Normalement, culturellement, la reine « officielle » et les autres femmes du harem doivent rester à part.
Seulement, elles sont si belles, ces jeunes femmes qu’il a prises parmi les divers peuples qui composent son vaste empire. Et la reine, Vashti, les surpasse toutes.
Imposante comme une colonne.
Je me fige quand tu passes la porte.
Chevelure lustrée comme du marbre noir.
Lourd à porter, ton regard.
Peau pâle comme du marbre blanc.
Cette existence me pèse.
Yeux de nacre.
Pleins de larmes.
Anneaux d’argent aux doigts.
Je suis ton esclave.
Fine ceinture de byssus autour de la taille.
Autant le mettre autour de mon cou !
Xerxès a tout fait pour éblouir ses sujets… mais s’ils savaient la beauté de son harem, ils n’en croiraient pas leurs yeux ! Ses serviteurs parcourent le royaume pour lui procurer les plus belles femmes.
Vashti est la plus exquise de toutes ! Soûl comme il est, Xerxès ne résiste pas à l’idée de faire saliver ses sujets masculins devant elle. Il est tel un mâle alpha dominant une troupe de lions : exhiber les perfections physiques de sa reine serait comme un sceau sur sa suprématie absolue.
La suggestion qui est souvent faite, que Xerxès a en tête de présenter sa femme toute nue devant ses sujets, portant seulement sa couronne, semble plausible. Premièrement, le roi a trop bu, son jugement est atteint, son orgueil narcissique est à son comble. Deuxièmement, nous avons vu que l’auteur biblique prend le temps de décrire le décor. Il détaille les tissus décoratifs qui orne la citadelle de Suze – mais pas les vêtements de Vashti. Cette absence de description pourrait refléter l’absence de vêtements.
La réaction de Vashti viendra comme un dernier élément en appui de l’hypothèse. Elle sait que ce n’est pas le protocole habituel, qui dicte que les femmes restent à l’écart. Le harem du roi est un lieu protégé, gardé par sept eunuques ne posant aucun risque.
Être paradée nue devant des hommes ayant trop bu, quelle humiliation ! Et puis, quelle risque… quel danger…
Quoiqu’il en soit, l’objectif de Xerxès est de « montrer sa beauté », en la faisant parader devant les autres.
Il la traite comme un objet qui existe uniquement pour le plaisir masculin.
Il la dépersonnalise.
Il faut le dire – ce récit biblique fait curieusement écho à l’affaire sidérante qu’on appelle « l’affaire Pelicot », ou « les viols de Mazan ». Dominique Pelicot a drogué son épouse pendant dix ans, et invité plus de 80 hommes à violer et abuser de son corps inerte.
Dominique Pelicot n’est pas un roi. Il avait l’air d’être un homme ordinaire, tout comme ses « sujets » invités à profiter d’une femme dans l’incapacité de dire non.
Il n’est pas un roi, mais les mécanismes psychologiques profonds de pouvoir et domination mis en lumière dans les premiers paragraphes du livre d’Esther (fonction innée de sa royauté « style antiquité ») lui vont comme un gant…
Tout comme ce « fait divers hors normes » suscite des questionnements dans notre société française, le texte biblique aussi suscite des questions.
À SUIVRE …


Même si ce n’est pas certain que la reine Vasthi ait été nue, le fait de vouloir l’exposer devant des personnes pas mal éméchées soit scandaleux. L’être humain n’est pas un objet . Il est dans son propre droit de refuser les décisions prises par autrui, le concernant.
Dans l’affaire Pelicot, on constate que son ex mari n’était pas heureux car il était toujours en recherche de nouveaux violeurs.
Tout à fait d’accord!