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Devenir maman a fait de moi une meilleure pasteure 

tender parent and baby bonding moment

Lula Derœux, pasteure, a accueilli son premier enfant en juillet 2025. Elle revient sur ce chamboulement et sur la transformation que la venue de son fils a opérée dans son ministère. 

J’en ai déjà parlé ici, mais l’arrivée d’un enfant vient tout changer, et pas uniquement dans la vie intime. Un petit bout débarque aussi dans l’église, et ça vient rebattre les cartes ! C’est le cas pour tous les nouveaux parents impliqués dans la vie ecclésiale, et à plus forte raison pour les pasteurs. De mon côté, je découvre encore tout ce que mon fils vient redéfinir. 

Mais plutôt que de voir la parentalité comme un frein au ministère, pourquoi ne pas la voir comme une découverte supplémentaire de son identité ? En tout cas, c’est comme ça que je la vois.

Évidemment, ma prise de parole n’est en aucun cas un plaidoyer culpabilisant, militant pour que les femmes aient des enfants, sous prétexte que cela les rendra plus performantes en Église ! Je dis simplement que pour moi, je me suis vue grandir en découvrant la maternité, et j’ai aimé les changements que j’y ai vu dans mon ministère. 

Des changements notoires 

Concrètement, j’ai eu l’impression de découvrir une nouvelle facette de moi-même, qui vient nourrir tous les aspects de mon être. Je me découvre des nouvelles qualités, je prends confiance, et je n’ai pas le droit d’abandonner. Paradoxalement, j’apprends autant de mes limites que de ma capacité à transcender ce dont je me croyais incapable. En revanche, ma parentalité m’a aidée à comprendre que, parfois, la pause est inévitable. J’apprends également à mieux m’organiser, à mieux travailler dans le temps qui m’est imparti, entre la garde de mon fils et  mon quotidien

La patience n’est pas ma qualité première. Pour être franche, je croyais en être complètement dénuée. Je n’ai jamais été aussi patiente que depuis que je suis maman ;  je comprends que la graine de la patience était simplement bien enfouie, et que j’ai la capacité de la faire grandir. Cette patience va de pair avec l’apprentissage de la persévérance, ainsi qu’avec une bonne dose de résilience.

Sois avec la force que tu as

J’apprends aussi à quel point la présence est parfois suffisante. J’ai un penchant pour le “faire” : dans le doute, je m’active ! Mais la parentalité, c’est souvent la simple présence, le fait de mettre le reste sur “pause” afin d’être une compagnie apaisante… et apaisée ! J’ai tellement entendu dire que les petits étaient très sensibles aux émotions des autres autour d’eux, qu’il fallait calmer son propre système nerveux afin de leur offrir de notre apaisement. Je réalise que le pastorat fonctionne parfois un peu comme cela : accompagner sur un chemin spirituel car nous aussi nous avons cheminé, offrir de notre présence apaisante pour mieux connaître le Tout-Présent, et cela commence par nourrir sa propre relation à l’Éternel. 

Et puis, il y a toutes sortes de grâces… certaines de celles qui accompagnent la maternité sont tellement puissantes ! Combien j’ai aimé prêcher Noël avec un bébé dans mon ventre ou dormant en écharpe lorsque je montais en chaire ! De la même façon, j’ai senti une intensité inédite lors de Pâques, en annonçant le sacrifice du Fils, tout en ayant le privilège de border le mien, le soir venu. 

En devenant mère, je suis devenue davantage moi-même. J’ai senti mon identité s’étirer, s’agrandir. 

Avant l’arrivée de mon fils, je craignais de ne pas être un bon parent. Je me sentais tellement différente de l’image impossible que je m’imposais : une maman calme, organisée, patiente et douce. Mais ce n’est pas moi ! Et ce ne sera sûrement jamais moi. Je suis ni calme, ni très organisée, et moyennement douce. Quant à la patience, elle est en chemin. 

En revanche, la femme que je suis est devenue maman. Une femme pétillante, vive et spontanée… ce qui a donné une maman stimulante, flexible et joyeuse. C’est moi, et personne d’autre, qui suis la mère de mon fils. Ce que je veux dire par là, c’est que mon enfant n’a pas besoin d’une maman imaginaire et imaginée qui est totalement différente de moi. Il a besoin que moi, dans mes qualités et mes faiblesses ; j’endosse ce rôle de mère. Et l’endosser m’a bénie, de tant de manières que je ne peux l’exprimer. 

Cette réflexion de la parentalité est le miroir de celle que je me fais sur le ministère. 

Là aussi, j’ai porté (et je porte encore parfois) le poids d’une pasteure parfaite, éloignée de qui je suis. Une pasteure calme, pondérée et érudite. 

Là encore, Dieu a sûrement appelé des femmes comme cette femme parfaite qui n’existe que dans ma tête, mais Il m’a aussi appelée moi. Avec mes forces, mes faiblesses. Ainsi, je ne suis pas une pasteure calme, pondérée et érudite. En revanche, je suis une pasteure explosive, créative et sur le chemin de l’érudition (même si, avouons-le, ma lecture quotidienne est plus souvent “la Bible pour mon bébé” qu’une somme théologique, mais ce n’est qu’une phase !). 

J’aime tant cette citation, qui me rappelle à quel point Dieu souhaite collaborer de façon unique avec chacun de ses enfants : 

Près de sa fin, Rabbi Zousya prononça ces paroles :

Dans le monde qui vient, la question qu’on va me poser, ce n’est pas :
« Pourquoi n’as-tu pas été Moïse ? »

Non. La question qu’on va me poser, c’est :
« Pourquoi n’as-tu pas été Zousya ?

Comme Dieu m’a permis d’être la mère de mon fils, Il m’a appelée à être la pasteure de son église. J’accepte ces grandes et belles responsabilités en étant qui je suis, et je me dois de grandir dans cette identité. 

Pasteure, mais pas que !

Quand on milite pour le ministère des femmes, on ne plaide pas pour qu’elles deviennent hommes de Dieu ! 

Encourager le ministère des jeunes pasteures, c’est célébrer les phases de vie qu’elles traversent. Le célibat, le couple, l’arrivée des enfants, l’accompagnement des proches malades et j’en passe. On ne peut vouloir des jeunes qui s’engagent dans le ministère sans accompagner les différents stades de vie qui vont de pair avec leur jeunesse. 

Dans son ouvrage “Devenir un leader émotionnellement sain”, Peter Scazzero affirme que chaque leader est appelé à mettre son mariage, ou son célibat, en priorité. Pour cet auteur, le célibat et le couple nous enseignent sur des vérités relationnelles divines. Le mariage nous instruit sur l’intensité relationnelle enseignée par le Christ, et le célibat sur la variété relationnelle, et la puissance des amitiés fortes. Cela veut dire que la vie privée, intime, se doit d’avoir la primeur sur le ministère. Je suis convaincue de cela : un mauvais conjoint, un mauvais parent ne peut faire un ou une leader spirituel d’excellence. De la même manière, nourrir sa vie intime bénéficiera à son ministère. 

Encore une fois, je ne cherche pas à culpabiliser ou à rajouter de la charge mentale, mais je réalise à quel point le fait de nourrir consciemment tous les aspects de sa vie, imparfaitement mais régulièrement, permet l’épanouissement. 

Lydia Lehmann, dans son ouvrage “Côte à Côte”, parle d’un féminisme global, qui encourage la maternité et le ministère sans subordonner l’un à l’autre. 

Alors oui, je suis devenue maman. Si cela m’apprend quotidiennement des nouvelles choses sur moi, cela influe également sur mon ministère, et souvent pour le mieux. Cette parentalité me nourrit, me challenge, me révèle. Et cette connaissance de soi, cette croissance, nourrit mon pastorat. Je me vois grandie, dans toutes les facettes de mon être, y compris dans ma vocation. Je deviens davantage moi-même, nourrie par le Seigneur dans ce que je fais, mais surtout dans ce que je suis. 

À propos Lula Derœux

Lula Derœux est pasteure dans une église de la FEEBF en région parisienne. Elle est mariée avec Benjamin, lui aussi pasteur. Elle est la co-animatrice du podcast "Derrière la porte de l'armoire", et membre de l'équipe Servir Ensemble depuis 2019.

2 comments on “Devenir maman a fait de moi une meilleure pasteure 

  1. Bonjour Lula,
    j’aime beaucoup votre témoignage plein de sensibilité, de nuances et de vérité
    qui suscite chez vous beaucoup de réfléxions dont nous profitons.
    Merci pour cette pause pleine de douceur et de fraîcheur.
    Merci aussi de préciser qu’il n’est pas le seul chemin d’ accomplissement.
    La plus belle maternité, homme et femme à égalité, est de faire naître Jésus dans les coeurs,
    et de l’aider à grandir jusqu’à la stature parfaite du Christ !
    Cela ressemble beaucoup au ministère du pasteur(e) mais aussi de chaque disciple.
    Cela change notre vie, nous change.
    Il serait intéressant d’avoir aussi un témoignage de paternité.

  2. Véronique Nicholson

    Un témoignage qui pétille, rafraichit et déculpabilise. Merci Lula d’être toi-même dans toutes les missions qui t’ont été confiées et du partage de cette expérience profonde et riche. Belle continuation !

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