Ces femmes pieuses, combatives et scandaleuses qui ont pris part aux croisades.
Si les historiens ont ancré l’image du chevalier croisé dans l’imaginaire collectif, il est plus difficile de se représenter les femmes qui prenaient part à ces expéditions. Les femmes empruntaient les routes de pèlerinage de l’Europe médiévale avec autant d’ardeur que les hommes. Elles enduraient des souffrances lors de leurs pèlerinages ordinaires en Terre Sainte, et ne pouvaient guère s’attendre à un sort plus clément lors des croisades. Et pourtant, elles y allaient.
Des dames de renom accompagnaient leurs maris dans ces voyages périlleux – par exemple, les épouses de Baudouin de Boulogne et de Raymond de Toulouse, chefs de file de la première croisade, ainsi que l’épouse de Richard Cœur de Lion, qu’il épousa au cours de la troisième croisade.
Cependant, la plupart des femmes qui accompagnaient les croisés étaient les épouses de simples pèlerins-guerriers. Parfois, la proportion de femmes devait être relativement élevée, compte tenu de la nature périlleuse des expéditions. Lors de la première croisade, les armées furent bloquées à Antioche lorsqu’une épidémie se déclara : on rapporte, chose incroyable, que « près de cinquante mille » femmes moururent en l’espace de quelques jours. Même si les statistiques médiévales ne sont pas fiables, l’auteur indique clairement qu’un très grand nombre de femmes sont mortes.
Chaque fois qu’un combat se profilait, les femmes et les autres non-combattants (le clergé, les malades, les personnes âgées et les enfants) étaient généralement rassemblés dans un endroit sûr tandis que l’infanterie, les chevaliers et leurs chefs se mettaient en formation pour l’action. Mais il y avait forcément des victimes.
En prélude à la première croisade, la troupe de Pierre l’Ermite fut anéantie juste au-delà de Constantinople, au cours de laquelle les Turcs envahirent le camp de base des chrétiens : « Et entrant dans les tentes, ils détruisirent par l’épée quiconque ils trouvaient, les faibles et les infirmes, les clercs, les moines, les vieilles femmes, les enfants en bas âge, des personnes de tous âges. Mais ils emmenèrent les jeunes filles dont le visage et la silhouette leur plaisaient, ainsi que les jeunes hommes imberbes au beau visage. »
En première ligne
Les femmes prenaient parfois une part plus active aux combats. Cela pouvait se limiter à apporter de l’eau aux combattants, comme le firent les femmes du camp de Bohémond lors d’une escarmouche au-delà de Nicée et lors du siège de Jérusalem. À Damiette, pendant la soi-disant cinquième croisade au début du XIIIe siècle, elles apportaient de l’eau, du vin et du pain, ainsi que des pierres à utiliser comme projectiles.
Lors de la troisième croisade, une femme aidait à combler un fossé à Acre. Après avoir déposé la charge qu’elle transportait, elle fut touchée par une flèche. Alors qu’elle gisait mourante, elle demanda à son mari d’utiliser son propre corps pour aider à combler le fossé, ce qui fut fait. « Aucun homme », écrivit un contemporain, « ne devrait jamais oublier une telle femme. »
On rapporte également que des femmes prenaient les armes et combattaient aux côtés des hommes. Comme l’affirmait Guillaume de Tyr, des femmes ont combattu à Jérusalem lors de la première croisade, malgré leur « faiblesse naturelle ». Lors des combats de la troisième croisade dans la ville d’Acre, trois femmes franques « ont combattu à cheval et n’ont été reconnues comme des femmes qu’une fois capturées et dépouillées de leur armure ». [L’écrivain musulman] Imad ad-Din affirmait que parmi les Francs « il y avait en effet des femmes qui partaient au combat en cuirasse et casque, vêtues d’habits d’hommes ».
Les femmes participaient parfois à des activités encore plus sanguinaires : lorsqu’une galère turque fut prise, des femmes chrétiennes montèrent à bord, selon un contemporain, saisirent les musulmans capturés par les cheveux, leur coupèrent la tête et les ramenèrent triomphalement sur le rivage.
Margaret de Beverly se trouvait à Jérusalem alors que la ville était attaquée par Saladin. Elle raconte avoir défendu la ville comme un homme, en plaçant une marmite sur sa tête en guise de casque et en apportant de l’eau aux hommes sur les remparts ; elle fut blessée par des éclats d’un rocher gros comme une meule de moulin, lancé par les machines de guerre sarrasines.
Le péché dans le camp
Les femmes servaient les armées croisées et les pèlerins d’autres manières encore, au grand regret de la Sainte Mère l’Église. Au cours du long pèlerinage d’une croisade, où les femmes étaient dispersées sans distinction parmi des armées plus nombreuses que celles que l’on voyait habituellement sur les champs de bataille d’Europe, le risque de péché était en effet grand.
Au milieu de leurs difficultés à Antioche pendant la première croisade, les chefs militaires et les prélats décidèrent que les troupes avaient déplu au Seigneur par leur débauche. Ils expulsèrent donc les femmes du camp.
Après la prise d’Acre en 1191, les troupes s’installèrent dans la ville pour profiter de « nombreuses belles demoiselles/Et avec le vin et les femmes, ils/se livrèrent à des beuveries d’une manière vile et honteuse ». Par conséquent, pour éviter la colère de Dieu face à un tel comportement, lorsque l’armée reprit la route, il fut décrété que les femmes de mœurs légères devaient rester à Acre.
Sur le front intérieur
Bien sûr, un grand nombre de femmes furent laissées derrière après ces adieux larmoyants que les chroniqueurs et les poètes décrivaient avec tant de tendresse. La situation précaire de la plupart des femmes devint encore plus évidente lorsque leurs hommes partirent combattre les infidèles.
Pour les épouses restées sur place, l’Église garantissait la protection de leur personne et de leurs biens jusqu’au retour de leurs conjoints absents. Malgré cela, cette protection n’était pas toujours efficace.
Au début du XIIIe siècle, [un croisé nommé] John revint auprès de sa famille et de ses terres dans le Suffolk, pour découvrir qu’en son absence à Jérusalem, un certain Thomas s’était approprié trente acres en les prenant tout simplement à la femme de John, Matilda.
Certains croisés ont dû sombrer dans la colère ou la dépression lorsqu’ils ont entendu des rumeurs scandaleuses concernant leurs épouses restées au loin. Au cours de la deuxième croisade, un groupe de chrétiens fut raillé par des musulmans qui, depuis les remparts de leur ville, criaient joyeusement qu’« il y aurait beaucoup d’enfants qui naîtraient chez nous pendant notre absence ».
L’Église tenta de réduire le risque d’adultère en exigeant que le mari et la femme s’accordent et donnent leur consentement mutuel avant que l’homme ne prononce son vœu de croisade et ne parte pour des contrées lointaines.
En droit canonique, la femme dont le mari était mort en croisade pouvait se remarier au bout d’un an. S’il n’était qu’un prisonnier de guerre, elle n’avait pas le droit de se remarier, quelle que soit la durée de sa captivité. Les difficultés commençaient lorsqu’il y avait une incertitude quant au sort d’un mari porté disparu au combat. Après le milieu du XIIe siècle, les juristes s’accordèrent pour dire qu’une femme devait attendre cinq ans (une ancienne loi romaine) après la disparition de son mari.
Enfin, la réapparition d’un mari présumé mort créait parfois des complications. Palmerius, que l’on croyait tué, réapparut après plusieurs années de captivité. Sa femme, Gilla, s’était remariée, et Palmerius intenta une action en justice pour récupérer à la fois sa femme et ses terres.
Gilla rétorqua que son premier mari était mort et que le plaignant actuel était un imposteur, car il ne savait pas jouer de la harpe comme son Palmerius, ni chanter en français et en latin. Au nom du plaignant, sa famille soutint qu’il avait le même doigt tordu, la même cicatrice sur le visage et les deux mêmes orteils croisés de manière inhabituelle, tout comme le Palmerius d’origine. Le pape et les cardinaux examinèrent cette affaire et décidèrent finalement de valider le second mariage.
Cet article historique, publié tout d’abord par Christianity Today en 1993, est traduit et republié ici avec autorisation.
Auteur : Ronald C. Finucane
Traduction : Servir ensemble
Image de couverture : © Wieslaw Jarek | Dreamstime.com


Pardon de mettre mon grain de sel mais ce que je retiens de cette histoire
(il est bien de réécrire l’histoire des femmes, de leur courage et capacités ! ) mais que de sacrifices et de souffrances au service d’une mauvaise compréhension
du message de l’évangile …… enfin ce que j’en ai compris et surtout l’illusion de croire
que plus proches des enfants les femmes sont plus respectueuses de la VIE.
SEUL LE CHRIST peut nous sauver du mal !