Aujourd’hui, nous poursuivons la réflexion commencée le mois passé : « Égalité biblique » – quelle inspiration ? (partie 1)
L’égalité des êtres humains, nous l’avons vu, s’enracine dans l’éthique de la Bible, à commencer par l’Ancien Testament.
L’exigence très concrète d’utiliser des poids et des mesures justes, afin de ne pas frauder nos semblables, est utilisée comme analogie dans le texte biblique pour parler du système judiciaire, de toute la vie politique et sociale d’Israël (Lév 19, Deut 25).
Il s’agit de considérer comment on traite les autres :
Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur (YHWH).
(Lév 19.18b)
Il t’a fait connaître, ô humain, ce qui est bon ; et qu’est-ce que le Seigneur réclame de toi, si ce n’est que tu agisses selon l’équité, que tu aimes la fidélité (miséricorde), et que tu marches modestement avec ton Dieu ?
(Mich 6.8 NBS)
C’est le caractère juste et équitable de Dieu qui fonde cette « éthique égalitaire biblique ».
Traiter les femmes comme des êtres humains
Cela doit commencer dans notre théologie : on traite les femmes comme des êtres humains PARCE QUE Dieu les a créés, avec les hommes, à son image, dès l’origine.
Il faut donc veiller à adopter une anthropologie de la femme et des relations hommes-femmes qui s’enracine dans cette vérité fondamentale, tout en rejetant les interprétations qui enseignent ouvertement, ou qui suggèrent que la femme serait inférieure.
L’Ancien Testament reflète une culture patriarcale antique, mais elle la régule
Genèse 3 révèle que la Chute a pour conséquence une « domination » de l’homme sur la femme. Le récit explique pourquoi le monde est patriarcal, mais ne le valide pas.
Le mariage à contre-courant
Ce que Dieu établit pour le mariage est à contre-courant des normes patriarcales :
L’homme quittera son père et sa mère… (Genèse 2.24)
Dans le système patriarcal, c’est le contraire qui se pratiquait. On pense au serviteur envoyé pour chercher une épouse pour Isaac (Gen 24). Genèse 2 préconise que l’homme quitte ce système afin de créer une nouvelle famille avec son épouse.
Cette disposition explicite est, il est vrai, largement demeurée un idéal du fait des mœurs culturelles des sociétés humaines des temps bibliques. Pour autant, le lecteur de la Bible devrait résister à la tentation de passer rapidement sur, voire d’ignorer, les nombreux récits de femmes que les textes rapportent.
Pourquoi, par exemple, l’auteur de Genèse nous raconte-t-il l’histoire de Hagar ? Qu’est-ce que Dieu fait pour cette femme alors qu’elle est rejetée ?
Le récit reflète une éthique biblique égalitaire.
L’autorité parentale partagée
Chacun de vous respectera sa mère et son père et observera mes sabbats. Je suis le Seigneur (YHWH), votre Dieu. (Lév 19.3 NBS)
En hébreu, c’est l’idée de craindre, et donc d’obéir, que cette autre traduction souligne :
Que chacun de vous respecte l’autorité de sa mère et de son père (Lév 19.3, BDS)
Cela est repris dans les Proverbes, livre dont le but est annoncé par l’auteur : « Pour recevoir l’instruction du bon sens – justice, équité et droiture » (Prov 1.3). Cela est exprimé dès le premier chapitre :
Mon fils, sois attentif à l’éducation que tu reçois de ton père
et ne néglige pas l’instruction (Torah) de ta mère,
car elles seront comme une belle couronne sur ta tête
et comme des colliers à ton cou.
(Prov 1.8-9 BDS)
Et plusieurs fois répété :
L’œil qui se moque d’un père
et qui méprise l’obéissance envers une mère,
les corbeaux de l’oued le crèveront,
les petits de l’aigle le dévoreront.
(Prov 30.17)
Les textes reflètent une éthique biblique égalitaire.
Leadership féminin et collaboration hommes-femmes
Même si cette éthique demeure au stade de l’idéal du fait des mœurs culturelles dans les sociétés humaines des temps bibliques, nous pouvons néanmoins relever les nombreux exemples de leadership féminin et de collaboration homme-femme. Ainsi, Débora exerce une autorité civile et prophétique en Israël (Jug 4, 5). Il y a aussi le mandat (hébreu, envoi) de Myriam avec ses frères (Mich 6.4).
La tentation est soit d’ignorer, soit de minimiser trop vite, ces exemples, plutôt que de se poser la question suivante : Pourquoi est-ce que le texte biblique évoque-t-il telle femme et pourquoi s’arrête-t-il sur ses actes ?
Les femmes sont-elles néanmoins dévalorisées dans l’Ancien Testament ?
Certaines lois semblent faire deux poids, deux mesures en ce qui concerne les femmes. Sont-elles en opposition au caractère juste et équitable de Dieu ?
Par exemple, dans Lévitique 12, les temps de purification sont plus longs pour la naissance d’une fille que pour celle d’un garçon. Est-ce que cela signifie que les femmes sont davantage impures après la naissance d’une fille ? Nous avons tendance à lire et interpréter à partir d’une logique moderne.
Ou n’est-ce pas plutôt que le temps de purification se trouve raccourci pour un garçon puisque la circoncision, signe de l’alliance de Dieu avec Abraham, intervient à huit jours ? (Gen 17). Dans ce cas, il s’agirait d’un rappel de la grâce de Dieu envers son peuple, et non d’une atteinte à « l’égalité biblique ».
Une grande distance culturelle nous sépare de ces lois et il ne faudrait pas en tirer de conclusions hâtives conduisant à déprécier la femme. Il faudrait également comparer ces lois à celles des peuples alentour.
Genèse 17 continue avec la bénédiction de Sarah par Dieu. Embarquée dans le sillage d’Abraham, et parfois malmenée par son époux, Sarah est pleinement incluse dans le plan de Dieu :
Je la bénirai : d’elle aussi je te donnerai un fils ; je la bénirai, et elle deviendra des nations ; les rois de plusieurs peuples sortiront d’elle (v.16)
La perspective divine honore la place de Sarah et tend vers l’idéal égalitaire, au beau milieu d’us et coutumes millénaires.
N’allons pas trop vite dans ce que nous pensons avoir compris. Si beaucoup d’éléments dans l’Ancien Testament reflètent les réalités socioculturelles de l’époque, ils ne doivent pas nous aveugler sur les éléments propres à la révélation de l’équité divine.
Une autorégulation nécessaire
Veillons donc à ne pas pratiquer une herméneutique de l’invisibilisation de la femme, par habitude, par négligence ou parti pris, mais restons attentifs à tous les éléments que les auteurs du texte biblique nous livrent.
Sinon nous risquons de faire deux poids, deux mesures, et d’aboutir à une lecture non équitable de l’Écriture.
Le mois prochain nous irons dans le Nouveau Testament pour conclure notre réflexion sur la notion de l’égalité biblique.
© Victoria Déclaudure, mars 2026

