Spiritualité

Le mari est-il « la couverture spirituelle » de la femme (1 Corinthiens 11 : 10) ?

Quelle surprise d’entendre dernièrement que « le mari est la couverture spirituelle de sa femme ». C’est une doctrine que j’associe aux milieux fondamentalistes et aussi à quelque chose appartenant au passé. 

Cette expression implique, d’emblée, que quitter cette couverture revient à s’éloigner d’une protection spirituelle offerte par le mari…

D’où vient cette notion… particulière ?

L’enseignement populaire concernant « la couverture spirituelle » du croyant semble avoir émergée dans les années 70 en périphérie du mouvement charismatique, le Shepherding[1] movement ou discipleship movement, aux États-Unis. On y enseignait que les croyants devaient soumettre leur vie à l’autorité d’équipes apostoliques composées des cinq ministères-dons mentionnés dans Éphésiens 4. Le souci était de produire des disciples matures. 

Paul, en effet, décrit des ministères dont le but est d’édifier l’église.

Malheureusement, cela est devenu un système pyramidal (cf. le CGM, Christian Growth Ministries) où les leaders, eux-mêmes soumis aux cinq fondateurs, ont commencé à « couvrir » la vie des croyants (choix du conjoint, du travail, de lieu de vie) ce qui revient à un abus, une usurpation de l’autonomie d’autrui, que l’on qualifie de « heavy shepherding » (de conduite de berger « lourde »).

Cela s’écartait de la mutualité inhérente au « soumettez-vous les uns aux autres dans la crainte du Christ » d’Ephésiens 5 : 21, et ressemblait plutôt à une subjugation.

Et les femmes dans tout cela ?

Derek Prince, un des fondateurs du Shepherding movement fait référence à « l’autorité gouvernementale » de l’église et affirme à partir de 1 Corinthiens 14 : 34, sans exégèse aucune, que cela signifie que les femmes doivent être dans la soumission.[2]

De là, il n’y a qu’un pas pour établir le mari comme autorité « gouvernementale » dans le mariage. 

(Comme c’est ‘romantique’ !)

Une image trouvée sur un site internet destiné à la promotion du port du « voile », fondé par un Canadien, est plus « romantique ». On y voit une jolie femme aux yeux fermés blottie dans les bras de son mari, plus grand qu’elle, qui… tient un parapluie au-dessus de leurs têtes.

Oui, car l’image du parapluie est parfois utilisée comme illustration du concept : l’épouse sera « protégée » tant qu’elle reste sous le parapluie. (J’ai déjà vu des dessins explicatifs dans ce sens !)

Il est clair que cette femme aux yeux fermés est sans souci, car son époux pense et discerne pour eux deux.

Quelle est l’idée véhiculée ?

L’idée articulée par la terminologie « couverture spirituelle » est que le mari est l’autorité que « Dieu a placée » dans la vie d’une femme, et son autorité s’exerce aussi dans le « domaine spirituel ».

Cela implique qu’elle est « spirituellement » en danger si elle quitte cette couverture, si elle s’aventure de manière indépendante, sans demander la permission peut-être (comme Eve, je suppose ?), ou sans tenir compte des directives de son mari (pourtant en ce qui concerne Eve, Adam était là, sans rien dire.)

En agissant ainsi, elle serait à la merci des attaques « spirituelles » venant du diable…

… puisque le but visé c’est sa protection spirituelle.

Oui, cela colle bien avec les images hollywoodiennes de couples des années cinquante, et les contes de fées à la princesse endormie.

Il s’ensuit : 

Qu’une femme est forcément un être inférieur et « spirituellement » faible ou défaillante pour avoir besoin d’une telle protection.

Qu’elle est donc incapable de se défendre elle-même contre le diable.

Cela fonctionne, en fin de compte, par la peur et la menace, avec comme récompense « la protection », et si on suit la logique présente en arrière-plan, l’insinuation que Dieu punirait l’insubordination en abandonnant une épouse rebelle entre les mains de l’ennemi. 

Le résultat de cet enseignement populaire : le mari garde le contrôle sur sa femme.

On se demande de quelle manière cela « devrait » se pratiquer aux yeux de ceux qui adhèrent à cette croyance, et avec quel degré de sévérité ou de bienveillance ?

L’épouse ne contredit pas l’avis de son mari en public ?
L’épouse ne contredit pas l’avis de son mari en privé ?
L’épouse ne contredit pas l’avis de son mari dans son cœur ?

L’épouse accepte aussitôt les décisions de son mari ? 
L’épouse accepte les décisions de son mari après discussion ?
L’épouse accepte les décisions même si elle n’est pas d’accord ?

Et à quel degré, l’épouse propose, gère, questionne, participe à l’organisation de la vie du couple et de la famille ?

J’ai vu des avis qui partaient dans tous ces sens.

N’est-il pas évident que cela risque de construire une personne dépendante, immature, incapable de prendre ses propres décisions, craintive devant les défis de la vie ?

Ou bien une personne écrasée, effacée, subjuguée, silencieuse ?

Ou bien une personne « frustrée » qui est forcée d’adopter une attitude « rebelle » pour survivre en tant que personne à part entière ?

Et pourquoi pas une personne qui devient autoritaire dans la petite sphère que l’on lui laisse ?

La doctrine populaire de la « couverture spirituelle » pose clairement des limites à l’autonomie de l’épouse. 

Est-ce que cela est biblique ?

C’est dans 1 Corinthiens 11 : 10 que l’on trouve une couverture ayant un symbolisme « spirituelle » :

C’est pourquoi la femme [ … ] doit avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend (LSG)

Problème !

Le texte grec dit : C’est pourquoi la femme doit avoir autorité sur la tête 

Couvrir ses cheveux ne représente pas, symboliquement, l’autorité du mari sur l’épouse, mais l’autorité personnelle d’une femme. 

Paul insistait pour que les femmes prient et prophétisent la tête couverte, car cela était convenable et décent. La portée « spirituelle » de se couvrir la tête – pour une chrétienne vivant à Corinthe dans l’Antiquité – c’était d’avoir le droit de prier et prophétiser. L’expression « avoir autorité » a aussi le sens de « avoir droit » (comme dans 1 Co 9 : 5-7).

En prophétisant la tête couverte, une Corinthienne mariée respectait les codes vestimentaires en vigueur à Corinthe, ne choquait personne, ne faisait pas honte à son époux, et honorait son Créateur en tant que femme.

Alors, non ! Cette notion de mari « couverture spirituelle » de l’épouse pour sa protection n’a pas de fondement biblique.

Bien au contraire : Paul considérait que les Corinthiennes étaient des chrétiennes à part entière, autonomes dans leur foi, ayant une autorité spirituelle pour prier et prophétiser.

Une question de maturité spirituelle

Lorsque l’auteur de l’épitre aux Hébreux exhorte ses lecteurs à « obéir à ceux qui [les] dirigent », en ajoutant, « soyez-leur soumis, ils veillent sur vous, sachant qu’ils auront des comptes à rendre » (Hébr 13 : 17), c’est dans un contexte où il est question de repousser des faux enseignements. Il s’agit de se soumettre à l’enseignement de Christ, pas à des directives concernant des choix personnels.

L’ironie du « heavy sheperding », c’est que l’on rendait les gens dépendants alors que le but de ces ministères d’Ephésiens 4 au service du corps de Christ, c’est de les amener :

« à l’état de l’homme adulte, à la mesure de la stature parfaite du Christ » (Eph 4 : 13b)

Cette maturité spirituelle visée, vécue dans l’unité du corps de Christ, rend les chrétiens capables de se protéger eux-mêmes de la manipulation :

Ainsi nous ne serons plus des tout-petits ballottés par les flots et entraînés à tout vent d’enseignement, joués et égarés par la ruse et les manœuvres des gens ; en disant la vérité, dans l’amour, nous croîtrons à tous égards en celui qui est la tête, le Christ. (Eph 4 : 14 – 15).

NOUS croîtrons … pas seulement les membres masculins du corps de Christ.

Femme chrétienne les yeux ouverts

Va-t-on vraiment faire peur, ou tenter de contrôler, en enseignant aux femmes de fermer leurs yeux, de baisser leurs bras, d’abandonner leur intelligence et… de prendre leur mari pour un parapluie ?!  

Lui aussi doit avoir l’humilité de reconnaître qu’il ne sait pas tout et qu’il est également exhorté à croître en maturité. 

Tous les chrétiens sont ainsi exhortés à se protéger eux-mêmes des « ruses du diable » :

« Soumettez-vous donc à Dieu, résistez au diable, et il fuira loin de vous » (Jacq 4 : 7)

Imaginons le scenario suivant : une chrétienne mature se marie avec un homme nouvellement converti. C’est à lui de la « protéger » dans le domaine spirituel ? Ou c’est plutôt à elle de le « protéger, » lui ? 

Et « protéger » comment ? En exigeant sa soumission ? En priant pour lui ?

Et si le couple priait… ensemble ?

© Victoria Déclaudure 2025


Références

[1] De shepherd, berger
[2] Derek Prince, Women in the Church, DVD.


Après une courte pause d’été, nous nous réjouissons de vous retrouver le 15 août. Si vous cherchez encore des lectures pour les vacances vous trouverez des idées dans le coin livres ou dans l’article « Idées de lecture pour un été passionnant » ! Nous vous invitons aussi à naviguer sur le blog, à travers les différentes catégories (Textes bibliques, Témoignages, Spiritualité, Progresser en Église). Beaucoup d’articles stimulants et instructifs attendent à être (re)découverts ! Un bel été à tous nos lecteurs, toutes nos lectrices ! Merci d’être là, à nos côtés !

Victoria Declaudure a été membre de l'équipe pastorale de l'Eglise Vie Nouvelle (Saumur) pendant 17 ans avant de rejoindre celle de l'Eglise Evangélique d'Angers. Titulaire d'un master en théologie, elle est l'auteur de plusieurs articles ainsi que du mook 'Pionnières du XXième siècle, le ministère oublié des femmes pentecôtistes françaises 1932-48'

3 comments on “Le mari est-il « la couverture spirituelle » de la femme (1 Corinthiens 11 : 10) ?

  1. Olivia Knuchel

    Merci Victoria pour cet article. Il met des mots sur un ressenti qui ne m’a jamais convaincu et que je sentais très mal ajusté dans l’Esprit du créateur.

  2. Catherine Grasswill

    Merci pour votre commentaire sur les interprétations, à partir des Ecritures, des positions épouse/époux dans le mariage.
    On peut revenir à Sarah qui dans le 1er Testament est considérée comme prophétesse par la tradition juive
     » Voyant qu’Ismaël se moquait d’Isaac, Sarah demanda à Abraham de renvoyer Hagar et Ismaël. Bien que cela répugnait à Abraham, D.ieu lui dit : « En tout ce que Sarah te dira, écoute sa voix » (Genèse 21,12). La tradition juive enseigne que les pouvoirs prophétiques de Sarah étaient supérieurs à ceux d’Abraham (Talmud – Meguilla 14a) ». https://alephbeth.net/biographie/sarah-epouse-davraham-sarah-sarai/

    Dans la lettre aux Ephésiens que vous citez, il est dommage que Paul utilise le mot grec Andro qui est le mâle alors qu’habituellement il utilise le mot Anthropos… Ce passage risque de conforter les hommes dans leur désir de domination sur la femme puisque seul l’homme (le mâle) peut devenir à la mesure de la stature parfaite du Christ…
    Bonnes vacances à toute l’équipe de Servir Ensemble

  3. M.Rose

    Bonjour Victoria,
    merci pour vos études qui sont toujours pertinentes, pleines de bon sens
    et confirmées par la parole de Dieu, pour éviter les pièges !
    La notion de protection de l’homme sur la femme revient toujours à la charge.
    La force musculaire masculine ne doit-elle pas plutôt être tournée contre
    les autres hommes prédateurs ?
    Cette force physique et psychique a dévié et devient domination des femmes,
    possessivité et donc LACHETE au lieu d’accompagnement intelligent et respect
    de la liberté de l’autre pour la réalisation de chacun.
    « Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la LIBERTE. »

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