Rachel Nussbaumer, membre de l’association Servir Ensemble, a tenu notre stand lors de la conférence annuelle One’ qui a eu lieu le 16 novembre dernier en Suisse romande. De nombreuses fédérations et œuvres évangéliques étaient présentes. La conférence a attiré environ 2000 personnes. Servir Ensemble remercie chaleureusement Rachel pour sa présence et son implication et revient sur cette expérience en lui posant quelques questions.
Que représente la tour de KAPLA bleue et rose que l’on voit sur la photo du stand ? Comment a-t-elle été construite ?
La tour de KAPLA représente l’Église construite par des hommes et des femmes anonymes. Chaque planchette KAPLA a été posée par une personne différente pour aboutir à cette construction bicolore. Petite précision : la couleur était laissée au libre choix de chacun. Plusieurs hommes se sont alors amusés, disant : « Je casse les codes, je prends le rose ! » À l’inverse, la couleur mariale a aussi plu à beaucoup de femmes.
Un autre fait intéressant : les fondations de la tour ont été posées par un groupe de jeunes amis passé en premier au stand. Un couple de retraités a poursuivi la construction tout en me racontant avec joie combien ils priaient chaque semaine pour leur groupe de jeunes. Cela m’a amené à réaliser, à nouveau, combien l’Église est véritablement le lieu du « servir ensemble » :
hommes et femmes, jeunes et vieux, chacun au service, non pas en fonction d’un statut, d’un genre, mais en fonction de capacités, de disponibilités, de temps de vie accordés par le Seigneur.
Cette tour qui s’est ainsi construite au fil de la journée, à plusieurs mains… c’est un beau symbole d’un travail en commun, n’est-ce pas ? Réalistes, plusieurs personnes m’ont toutefois exprimé leur crainte : « Bon… et si la tour se casse ? » J’affirmai du tac au tac : « Et bien… on la recommencera ! C’est bien cela, aussi, l’Église, non ?! »
Dans quel sens allaient les discussions sur la collaboration homme-femme dans l’Église ?
Avant de donner la planchette KAPLA, je posais la question suivante aux visiteurs : « Est-ce tu es / vous êtes d’accord que, hommes et femmes… chacun, peut mettre ses dons au service du Seigneur pour construire l’Église ? » Bien sûr, je n’ai reçu que des réponses positives : l’affirmative semble une évidence, n’est-ce pas ?! La suite des conversations dévoilait cependant quelques petites réticences… Pourtant, ce postulat commun étant posé, j’ai eu comme l’impression que mes interlocuteurs avaient par la suite du mal à entrer et à argumenter sur le terrain théologique. L’un d’entre eux m’a quitté rapidement, affirmant : « Bon ça va, vous, vous n’avez pas l’air d’être une féministe ! » Il voulait me « rassurer » d’être rangée dans la bonne « case » ; pour ma part, j’ai surtout éprouvé de la tristesse en pensant à cette peur sempiternelle de la prise de pouvoir des femmes sur les hommes…
Par ailleurs, le nombre de livres (une petite dizaine) traitant du sujet et proposé sur le stand a interloqué plus d’un homme réticent : « Comment peut-on s’intéresser à ce sujet au point d’en écrire un livre ? » Cela les a rendus perplexes… Dans d’autres conversations plus heureuses, le nom de l’association Servir Ensemble a bien souvent servi d’argumentaire en soi et a nourri bon nombre de nos dialogues sur les bénéfices et les bienfaits de la mixité tant au niveau professionnel qu’ecclésial.
Est-ce qu’il y a des défis ou des craintes exprimés quand on parle de la place des femmes dans l’Église ?
Connaissant mieux le milieu évangélique, j’ai été interpelée par un réformé qui affirmait que le pourcentage des pasteurs de sa dénomination penchait en faveur des femmes. En souriant, j’ai alors suggéré de proposer à Servir Ensemble d’octroyer d’ici quelques années, une bourse d’étude pour encourager les hommes à poursuivre de hautes études en théologie ! Peut-être que cela pourrait être la prochaine mission de Servir Ensemble ?! Qui sait… En attendant et plus sérieusement, j’ai été touchée par le témoignage d’une jeune femme me racontant sa souffrance due au manque de reconnaissance de ses dons dans son Église. Elle en avait les larmes aux yeux…

Y a-t-il un public qui a besoin d’être encouragé en ce moment en ce qui concerne cette collaboration homme-femme dans l’Église ?
Je reconnais que j’ai ciblé intentionnellement un certain public de jeunes : les adolescentes. Je les interpelai en leur posant des questions, du style : « Connais-tu des femmes pasteurs ? » « Est-ce que tu pourrais te projeter dans un tel métier ? » « Sais-tu que l’association Servir Ensemble octroie chaque année une bourse d’étude en théologie à une femme qui se forme au niveau master ou doctorat ? »
Un des signets de l’association : « La place d’une femme est là où Dieu l’appelle » a interpelé et a été « plébiscité » par de nombreuses jeunes femmes. Par ailleurs, je remercie David Richir-Haldemann, également membre de l’association et professeur à la HET-Pro, qui a concrétisé ce « servir ensemble » en m’aidant à tenir le stand un petit bout de la journée.
Je finirai avec quelques nouvelles réjouissantes : j’ai rencontré quand même beaucoup de chrétiens acquis à la cause : des femmes exerçant leurs dons au sein d’un conseil pastoral, des hommes très ouverts m’affirmant que désormais, c’était presque un combat d’arrière-garde dans leur Église ! Alors, tant mieux si ce débat passe aux oubliettes !
En attendant, je rêve encore d’un jour où on pourra, dans toutes les Églises, se retrousser les manches et… hommes et femmes, servir ensemble !


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