Progresser en Église

Fêtons Noël ensemble !

Une réflexion sur l’organisation ecclésiale lors des fêtes de fin d’année

Ma réflexion commence à l’organisation des fêtes de famille de Noël 2022. Comme pour beaucoup j’imagine, cela n’est pas une mince affaire ! Les années précédentes, nous avions pour habitude de passer le 24 décembre au soir chez la tante de mon mari et le 25 chez mes beaux-parents, ou inversement. Mais en décembre 2022, mes beaux-parents avaient prévu de déménager. Nous avons donc proposé, mon mari Benjamin et moi, d’accueillir pour un des deux repas. Nous nous étions mis d’accord pour que sa tante reçoive pour le réveillon et nous pour le jour de Noël, qui tombait un dimanche. Le projet était d’inviter notre famille au culte du 25 décembre de l’Église où Benjamin est pasteur, pour ensuite déjeuner chez nous et passer le reste de la journée ensemble.

Mais voilà, les fêtes et les déménagements se passent rarement comme prévu et le changement d’adresse de mes beaux-parents a été retardé. Je leur ai donc demandé s’ils souhaitaient accueillir un dernier Noël dans leur ancienne maison, et finalement il a donc été convenu de passer le dimanche chez eux. Tout allait bien quand, peu avant Noël et en discutant avec ma belle-maman, j’ai réalisé qu’ils n’allaient pas se rendre au culte le 25 décembre. En effet, ils allaient accueillir une dizaine de personne pour un déjeuner festif, il était compliqué pour eux de s’absenter toute la matinée. Je me suis sentie mal à l’aise : si j’étais en paix dans notre discussion de leur redonner le soin (et le travail) de recevoir, je me sentais coupable que cette fonction leur empêche de vivre un moment spirituel et ecclésial avec la communauté. J’en ai reparlé avec eux et il n’y avait aucune animosité de leur côté, c’était un choix qu’ils prenaient avec plaisir.

Mais cela m’a plongé dans une réflexion pastorale : comment gérer l’organisation ecclésiale de Noël ?

Évidemment, il est primordial de célébrer la naissance du Christ en Église ! Mais il serait contre-productif de nier la place de Noël dans les familles, et à juste titre. Vous serez sûrement les premiers à penser à votre propre organisation de fin d’année. Mais dans notre calendrier d’Église, prenons-nous compte de ces réalités ? Je profite de cette année où le 24 décembre tombe un dimanche, cas de figure relativement simple où je pense que beaucoup d’Églises vont garder le créneau horaire du culte dominical comme moment de célébration en communauté, pour nous poser la question. Sommes-nous inclusifs dans nos plannings ?

Une fois que ma curiosité était piquée, j’ai posé la question aux pasteurs autour de moi. En plus des fêtes de Noël et des cultes avec repas fraternels qui se déroulent souvent pendant l’Avent, la plupart des Églises organisent une célébration le 24 ou le 25.

Avec les réponses que j’ai pu glaner çà et là, j’ai eu l’impression qu’en 2022, il y avait un nombre non négligeable de personnes qui n’étaient pas venues au culte du dimanche 25 décembre de 10h30 à 12h00 car elles recevaient pour le repas de Noël et ne pouvaient pas se déplacer. Souvent, les personnes responsables de ces beaux et grands repas étaient des femmes.

J’ai entendu plusieurs fois le cas de figure où le mari allait au culte avec les enfants en laissant à la femme le soin de préparer le repas de fête. À chacun son organisation, mais que mettre en place pour que la célébration ecclésiale de Noël puisse être vécue par le plus grand nombre ?

Face à cette problématique, je propose 4 axes :

  1. Sensibiliser sa communauté à la grâce

Noël n’est pas la course à la perfection mais l’occasion de célébrer la Grâce et la vulnérabilité divine au sein de notre humanité. Ce n’est pas grave si tout n’est pas prêt pour le repas à midi pile ! Dans cette dynamique, on peut proposer d’aller au culte tous ensemble. En rentrant on sortira l’apéritif, on acceptera de l’aide et on mangera un peu plus tard. La magie du moment n’en sera pas gâchée et c’est une solution simple, même si elle est difficilement entendable pour beaucoup qui souhaitent accueillir au mieux, sans compromis.

  1. Adapter le culte

Je connais une Église qui a pour habitude d’organiser son culte de Noël le 24 décembre au soir de 19h à 20h, chaque année. Si je comprends la volonté de célébrer en communauté après le travail, je ne trouve pas cette disposition très ouverte à toutes et à tous. La plupart sortent du travail, certains vont accueillir le soir et n’auront pas le temps de préparer à l’avance du culte. C’est un programme, d’un point de vue pratique, qui ne va pas nécessairement ajouter à une préparation des fêtes plus sereine.

Il est donc intéressant d’y réfléchir : quel horaire pour accompagner les membres d’Église et leurs familles à célébrer Noël ?

Un culte plus tôt le 25 décembre (par exemple 8h30-10h) pour laisser le temps aux personnes de rentrer chez elles et s’atteler à la préparation du déjeuner ? Un culte en soirée lors du 24 décembre pour les Églises de quartiers, avec comme horaire ceux des messes de minuit, pour offrir une respiration spirituelle entre le formage et le dessert ? À vous de trouver une formule qui vous convienne.

  1. Une réflexion réaliste

Peut-être que ce qui est le plus pragmatique pour votre assemblée est simplement de proposer une diffusion plus large de votre culte, pour les personnes qui resteront inévitablement chez elles. Une activité proposée en PDF pour les familles, une connexion sur zoom pour pouvoir écouter le message d’espérance depuis sa cuisine, une playlist de chants autour de la nativité pour préparer sa maison dans la joie et l’annonce divine… Encore une fois, la créativité sera un grand atout !

  1. La communication est clef 

Le simple fait d’aborder la question en Église un peu avant les fêtes peut permettre à l’assemblée de déculpabiliser quant au jonglage entre les organisations familiale et ecclésiale. La discussion autour de cette charge mentale peut déjà apaiser et permettre une meilleure compréhension des uns et des autres face aux réalités de leur vie.

Évidemment, en tant que pasteure, j’aimerais avoir un temps illimité et sans contrainte de temps ou d’énergie pour célébrer la naissance du Christ avec ma communauté. Concernant ma vie personnelle, j’aimerais avoir quelques jours de congés, une immense maison immaculée pour recevoir les gens qui me tiennent à cœur et un aide-cuisinier pour m’aider à préparer tous les plats que je souhaite servir. Mais dans la réalité, je dois jongler entre mon envie de fêter cette célébration qui me tient tant à cœur, à la fois dans mon Église et dans ma vie privée, mon envie de préparer les fêtes familiales et amicales, et toutes les tensions, tous les calendriers, les déplacements et les cadeaux qui vont avec. Je sais que je ne suis pas la seule à devoir gérer cette charge mentale.

Certains se sentent coupables de ne pas réussir à pleinement profiter du culte car ils reçoivent. Certains s’épuisent et auraient bien besoin d’une respiration spirituelle au sein de l’Église. Ne sommes-nous pas présents pour accompagner ces personnes dans leur vécu ? En tant qu’Église, il est de notre devoir de vivre avec nos membres et leur vie, et non pas en compétition avec leur quotidien. Dans le monde qui est le nôtre, je nous invite à embrasser la réalité de nos membres et à réfléchir à un fonctionnement plus en harmonie avec la vie de l’Église dans son ensemble. Sans pouvoir faire du sur-mesure pour chaque famille, je nous invite à cette réflexion pour une période de fêtes plus épanouie pour toutes et tous.

À propos Lula Derœux

Lula Derœux est pasteure dans une église de la FEEBF en région parisienne. Elle est mariée avec Benjamin, lui aussi pasteur. Elle est la co-animatrice du podcast "Derrière la porte de l'armoire", et membre de l'équipe Servir Ensemble depuis 2019.

1 comment on “Fêtons Noël ensemble !

  1. ILLI Nicole

    Bonjour Lula,
    J’espère que tu vas bien ainsi que les tiens.
    Le culte de minuit le 24 décembre est une belle tradition. Possible aussi vers 23h j’imagine.
    Mes meilleurs vœux et très belles fêtes à toi et à ta famille.
    Nicole

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