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Pour comprendre ‘La théologie féministe’, un excellent petit opus de Marie-Françoise Hanquez-Maincent.

En 2017, Marie-Françoise Hanquez-Maincent publiait un très beau livre intitulé « les femmes dans le ministère de Jésus : de l’ombre à la lumière ». Après l’avoir lu, j’écrivais à son sujet que « deux chapitres explicitant la nature et la validité d’une lecture féministe (…) se révèleront certainement un peu « arides » pour ceux qui n’ont pas l’habitude des raisonnements et du vocabulaire théologiques ».

Et je trouvais cela dommage, tout en affirmant que cela n’était pas un frein à la lecture de ce livre fouillé et encourageant pour nous les femmes ! Avec ce petit opuscule d’à peine plus d’une centaine de pages, notre auteure rectifie le tir et va même plus loin.

Elle projette son regard à la fois vers le passé en explicitant la naissance et la construction, puis l’évolution de la pensée théologique féministe puis elle questionne l’a-venir de ces courants en tentant de regarder vers un au-delà du ou des projets féministes actuels.

A la fois riche et dense mais simple à lire, ce petit livre remplit donc pleinement l’objectif qu’il s’était donné :

« Présenter ce courant théologique dans ‘tous ses états’, de ses origines jusqu’aux évolutions actuelles en passant par son mode de fonctionnement »

L’auteure présente tout d’abord les origines de la théologie féministe à partir des contextes européens et américains, ainsi que de la conscience féminine qui s’éveillait de façon générale à la fin du XIXème siècle.

Elle tente ensuite de définir la théologie féministe de manière plurielle : à partir de son origine, de ce qu’elle n’est pas, à partir de ce qu’elle combat, ou finalement à partir de son contenu.

L’épisode de Marthe et Marie est ici brillamment utilisé pour illustrer les différences d’interprétation entre la théologie classique et la théologie féministe et l’apport particulier de la théologie féministe en est largement rehaussé.

L’auteure continue en analysant justement cet apport particulier de la théologie féministe, qui en s’enracinant davantage dans l’expérience vécue des femmes que dans les normes et règles proposées par la théologie traditionnelle, aboutit à la constitution d’un nouveau rapport à la connaissance, d’une nouvelle épistémologie. Elle met en avant les singularités de la théologie féministe et met en lumière des caractéristiques éminemment modernes, comme par exemple, la prééminence de l’expérience sur le dogme théorique ou l’approche holistique.

Elle décortique ensuite le fonctionnement de la théologie féministe en pointant trois pôles : « la critique du passé qui ensuite donnera lieu à la redécouverte de l’histoire oubliée des femmes pour envisager des possibilités d’avenir » et met en pratique ses propos dans un court chapitre où les personnes de la femme cananéenne, Marthe puis Marie sa sœur, et enfin de la samaritaine sont réévaluées à partir d’un regard féministe. On en aurait aimé davantage, mais cela suffit amplement pour goûter la saveur de ce regard. Et si cela ne suffisait pas au lecteur, je ne peux que l’inviter à lire le livre que notre auteure a écrit en 2017 et que j’ai susmentionné, il en trouvera bien plus pour se régaler…

Notre auteure continue son analyse par un balayage de la situation des combats féministes dans le monde, en pointant les disparités de ces combats et des situations les générant, mais également l’impact de ces disparités dans le monde de la théologie féministe.

Tout cela aboutit à un chapitre final extrêmement passionnant, qui analyse les enjeux actuels (essentiels au regard de la crise que traverse l’église catholique actuellement), les risques et les zones de fragilités que les tensions préalablement mentionnées ont générées mais aussi les défis auxquels ces milieux sont confrontés.

Dommage cependant qu’à ce stade de la réflexion, les expériences vécues dans les différents courants du protestantisme n’aient trouvé que peu d’échos dans ce livre principalement tourné vers les milieux catholiques.

En conclusion, je trouve ce petit essai passionnant et je ne peux que vous le recommander. Il a le mérite de la concision et de la clarté, sans jamais tomber dans le résumé simpliste ou béat. Il complétera avec brio le rayon « féminisme » de votre bibliothèque.

Joëlle Sutter-Razanajohary

Pour acheter le livre, suivez ce lien.

 

Joëlle Razanajohary est pasteur de la Fédération des Églises Évangéliques Baptistes de France. Elle est la fondatrice du blog 'Servir Ensemble', l'une des administratrices et l'auteure du livre 'Qui nous roulera la pierre', Empreinte, 2018.

1 comment on “Pour comprendre ‘La théologie féministe’, un excellent petit opus de Marie-Françoise Hanquez-Maincent.

  1. Sandrine

    Merci pour la recension de ce nouvel ouvrage.
    Ça donne envie de le lire !
    Que Dieu vous bénisse, Joëlle.

    J'aime

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