Textes bibliques

Les femmes dans le ministère de Jésus – de l’ombre à la lumière?

Publié par Joëlle Razanajohary le 10/11/17

41qpCZK53JL._SX286_BO1,204,203,200_Alors même que les #balancetonporc et #metoo provoquent d’innombrables remous sur la toile, offrant un espace de parole jusque-là inédit aux femmes rendues si souvent muettes, Marie-Françoise Hanquez-Maincent nous propose un livre dont le but va dans le même sens. Elle souhaite rendre visibles les femmes dans le ministère de Jésus en les faisant passer « De l’ombre à la lumière », puisque les textes rédigés par des hommes les considéraient comme négligeables. Son présupposé de base repose sur l’idée que Jésus faisait preuve par rapport aux femmes d’une « sagesse subversive » ouvrant à la possibilité de constitution d’une société incluant réellement les femmes. Les premières communautés chrétiennes auraient bien intégré cette dimension, malheureusement perdue lors de la rédaction des textes par des hommes à une époque encore très marquée par le patriarcat.

[Chapitres 1-2]

Néanmoins cette dimension serait récupérable à travers une démarche plus attentive au contexte, qui d’après l’auteure est au cœur de la théologie féministe.   Elle commence par deux chapitres explicitant la nature et la validité d’une lecture féministe. Ceux-ci se révéleront certainement un peu « arides » pour ceux qui n’ont pas l’habitude des raisonnements et du vocabulaire théologiques, mais ils aident à comprendre les particularités de la manière de penser du féminisme. Marie Françoise Hanquez-Maincent propose à ses lecteurs de réfléchir à un changement de paradigme interprétatif.

[Chapitre 3]

Elle aborde ensuite le contexte socio-culturel -aussi bien juif que grec- de l’antiquité dans laquelle a pris place la rédaction des Évangiles, et elle relève avec finesse les différences de perception que chacun des rédacteurs d’un Évangile se fait des femmes, de leurs places, de leur rôle.

[Chapitre 4]

Le chapitre 4 aborde le sujet central du livre en mettant en lumière les spécificités du comportement de Jésus à l’égard des femmes : Il brise les schémas traditionnels, accepte et même favorise des fréquentations « douteuses », prend des positions inattendues sur le mariage, le veuvage, l’adultère, le divorce et les lois de pureté, toutes ces choses qui concernaient en premier lieu les femmes.  Il va jusqu’à utiliser des figures féminines dans ses enseignements.

[Chapitres 5-7]

Marie-Françoise Hanquez-Maincent continue son parcours tout au long des chapitres 5 à 7 en relevant des figures de femmes particulières. Les unes, atypiques (la Syro-Phénicienne ou Jeanne de Chouza), les autres, audacieuses (le portrait et l’analyse de Marthe et Marie sont particulièrement fouillés et bien travaillés !), voire prédicatrices (Marie-Madeleine et la Samaritaine).

[Chapitre 8]

Le chapitre 8 intitulé « Une énigme, le disciple bien-aimé » avait attiré mon attention dès l’ouverture du livre à la table des matières. Que venait donc faire ici ce sujet ? Évidemment, puisque le but du livre est de mettre en lumière des femmes rendues anonymes par l’habitude de les considérer comme quantité négligeable, ce disciple cité 8 fois dans l’Évangile de Jean et toujours sous cette mystérieuse expression, ne pouvait qu’attirer l’attention de l’auteure. Elle pose la question : ce disciple pourrait-il être une femme, en l’occurrence Marie-Madeleine ?  Et elle débat, assez efficacement d’ailleurs puisque certains arguments font mouche, mais elle s’embourbe dans le « Femme, voici ton Fils » que Jésus prononce à la croix… Dommage, me semble-t-il.

[Chapitre 9]

À vouloir pousser une bonne idée jusqu’au bout, on ne réalise pas toujours que l’on franchit une ligne qui pourrait empêcher la réception de cet argument !  Dommage parce que la suite est tout aussi intéressante : l’auteure analyse la pluralité des traditions du matin de Pâques comme une volonté de « faire disparaître » le témoignage des femmes qui, tout en étant essentiel, ne serait pas pris au sérieux dans l’univers juridique androcentrique du premier siècle. Et pourtant, leur apport au niveau du kérygme chrétien apparaît véritablement fondamental ; le chapitre 9 résume bien la place que les femmes ont occupée dans le processus de révélation et de réception du message évangélique.

[Chapitres 10]

Avant de conclure, l’auteure s’arrête deux chapitres durant sur l’inévitable Paul et ses relations avec les femmes. Elle nous montre un apôtre pris en tension entre deux pôles opposés, la formidable puissance libératrice de l’Évangile d’un côté et la rigidité d’une société très marquée hiérarchiquement, et cherchant des moyens d’accommodation de l’une à l’autre. Ces moyens, de nombreuses femmes semblent les avoir trouvés puisqu’elles ont participé en grand nombre à la vie et à la croissance de la jeune Église chrétienne.

[Chapitre 11]

L’auteure fait revivre ces femmes collaboratrices au chapitre 11, en recontextualisant leur place dans la société, alors même qu’elles ne sont pour la plupart mentionnées que furtivement dans le texte biblique, et elle termine son propos autour d’un rapide récapitulatif : les femmes étaient bel et bien présentes dans toutes les dimensions de la vie de Jésus et de la première communauté, les textes, tout en étant profondément marqués par un androcentrisme certain, le prouvent. Mais dès lors que l’Église s’institutionnalise, les femmes retournent malheureusement à une invisibilité totale.

Avis personnel

Mis à part le léger bémol que je place au niveau de la proposition d’identification du disciple bien-aimé par Marie-Madeleine, qui ne me semblait pas nécessaire dans l’argumentaire, le livre de Marie-Françoise Hanquez-Maincent est bien construit et agréable à lire.  Il articule de façon particulièrement soignée le contexte sociétal et la place des femmes, ce qui permet aux lecteurs de prendre conscience de l’invalidité de certains arguments qui sont encore trop régulièrement opposés aux femmes désirant prendre davantage de place dans les communautés chrétiennes et sortir elles aussi de l’ombre pour vivre leur foi et leurs dons à la lumière.

Publié en partenariat avec le blog de la librairie 7ici.

À propos Joelle

Joelle est pasteur de la Fédération des Eglises Evangéliques Baptistes de France. Elle a à cœur de promouvoir la place des femmes dans toutes les sphères de responsabilité. Sa journée idéale: Un peu de jardinage, une randonnée (sans trop de dénivelé!) et un bon roman policier.

2 comments on “Les femmes dans le ministère de Jésus – de l’ombre à la lumière?

  1. Matthieu Gangloff

    J’ai lu le livre le mois dernier, je l’ai aussi trouvé intéressant, hormis la question de Marie-Madeleine. Il est clair qu’elle a un parti pris très affirmé, mais son travail est intéressant. J’ai beaucoup aimé les deux premiers chapitres, éclairants pour moi, et me suis régalé dans le 3 et 4. Je n’ai pas été convaincu par le 9e chapitre par contre. Mais c’est un livre à lire pour ceux qui s’intéressent à la question.

    Aimé par 1 personne

    • Le chapitre 9 m’a également paru un peu brouillon et comme inabouti. Néanmoins certaines questions que l’auteur soulève valent à mon sens la peine d’être creusées. Peut-être faudra-t-il attendre un autre livre sur ce sujet.

      J'aime

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