Spiritualité

Eve séductrice : toutes coupables?

Je plains Eve. On l’utilise pour interdire aux femmes l’accès au ministère pastoral et les réduire au silence.

Pourtant, dans le récit de Genèse, elle n’est pas la seule à avoir gouté au fruit défendu. Trompée par le serpent, tentée puis séduite par l’aspect plaisant de ce fruit, elle désire devenir « comme des dieux ». Elle prend le fruit et le partage avec son mari, qui, le texte le précise, était avec elle.

Adam était là.

Il semblerait donc qu’il ait entendu le même discours séducteur du serpent, dont Eve se fait l’écho. S’il n’a pas été trompé, il a été séduit lui aussi, dans l’orgueil naissant de son cœur, par le désir de devenir « comme des dieux ».

Tous les deux ont cédé à la tentation de prendre leur indépendance vis-à-vis de leur Créateur.

Pourtant, on n’a jamais invoqué le péché d’Adam pour interdire aux hommes l’accès au ministère pastoral et pour condamner les hommes au silence.  Pourquoi une personne capable de désobéir à Dieu en toute connaissance de cause serait-elle digne de confiance?

Eve tentatrice?

Des siècles d’histoire ont déformé l’interprétation de ce récit de la Genèse, que ce soit dans les traditions juives ou chrétiennes. Cette dernière imprègne notre culture française, comme les œuvres d’art en témoignent . On associe le fruit défendu (muté en pomme rouge, bien entendu) à la sexualité, transformant du coup Eve en dangereuse tentatrice et séductrice.

Mais il n’était pas question de sexualité ou de séduction sexuelle! C’est Dieu qui a crée la sexualité et tout ce que Dieu a créé est « très bon ». Des relations d’intimité maritales étaient mandatées! C’est seulement après la Chute que la sexualité est susceptible d’être déformée par le péché.

Il est temps de dissocier définitivement le récit de la Chute de cette image d’Eve dangereuse séductrice qui existe encore dans l’imagination populaire comme archétype de la Femme, et donc transférable à toutes les femmes.

Plus que cela, l’Église de Jésus-Christ est responsable de rectifier le tir qui trouve son origine dans la réaction initiale d’Adam après la Chute :

Au lieu d’admettre sa propre responsabilité, ou leur responsabilité commune, il blâme Eve (et même le Créateur d’Eve!)

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C’était là toute la ruse du diable : s’immiscer dans l’harmonie du couple uni par Dieu en s’adressant à un seul d’entre eux.

L’apôtre Paul ne confirme-t-il pas cette réputation négative dans 1 Timothée 2?

Certes, Paul fait référence à Eve dans les seuls versets bibliques qui interdisent une prise de parole féminine dans un contexte d’enseignement ou de prédication  mais quel contexte !

La situation dans l’Eglise d’Ephèse (1 Tim 1) était très similaire à celle des Églises de Thyatire et de Pergame (Apocalypse 2 et 3). Paul et Timothée luttaient contre les hérésies et les faux enseignants qui avaient provoqué un climat de dispute et de controverse, climat risquant de faire dérailler l’église de sa mission de répandre la bonne nouvelle.

De ce contexte d’hérésie et de controverse, on peut déduire qu’une femme (ou plusieurs femmes) propage une hérésie. Paul exige alors qu’une telle femme puisse s’instruire en bon disciple aux pieds d’un enseignant légitime, en l’occurrence, Timothée. D’ailleurs, il exige que toutes les femmes de l’Église puissent bénéficier de cette instruction.

C’est donc une interdiction temporaire et localisée, voire même « personnalisée », sans caractère universel et permanent.

Et  Eve?

Croire que Paul interdirait la prédication féminine à cause du péché d’Eve, c’est croire que toutes les femmes sont toujours et partout comme Eve au moment de la Chute. Ce qui revient à mettre en doute le salut en Jésus-Christ pour la moitié de l’humanité. C’est un non-sens théologique et une annulation de tout l’enseignement de l’apôtre: il n’y a plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ! (Romains 8 v.1)

Que veut donc dire l’apôtre?

Il ne fait pas une condamnation sans appel de « la Femme », mais une référence analogique à la séduction d’Eve par les paroles du serpent, dont elle-même s’est fait l’écho auprès d’Adam.

En effet, la démarche de certaines femmes d’Éphèse ressemble à celle d’Eve lors de la Chute. Séduites, elles se donnent pour mission de propager les fausses doctrines. Il s’agit donc d’un avertissement de la part de l’apôtre pour ces sœurs d’Éphèse.

Paul ne se présente pas ici sous les traits de la misogynie mais comme défenseur de l’Évangile.

Cette référence analogique à Eve au moment de la chute, il l’avait déjà opérée dans un contexte d’hérésie insidieuse, en guise d’avertissement, en écrivant aux Corinthiens manquant de discernement vis-à-vis des « superapôtres » (2 Corinthiens 11 v.3) :

« Toutefois, de même que le serpent a trompé Eve par sa ruse, je crains que votre intelligence ne se pervertisse et ne s’écarte de la simplicité et de la pureté à l’égard du Christ »

Il applique cette analogie à toute l’Église, hommes et femmes confondus, ce qui prouve qu’il ne présente pas Eve comme l’archétype de la Femme séductrice mais plutôt comme le type du croyant trompé.

Dans ces deux avertissements, l’apôtre applique l’analogie à bon escient dans une situation concrète de danger pour la foi où les chrétiens risquent de se trouver coupés de leur communion avec Dieu.

La Bible ne laisse pas Eve figée à tout jamais dans ce moment tragique, mais lui donne un avenir, un espoir (Gen 3 v.15) qui se réalise en Jésus Christ (1 Tim 2 v.15).

De même, l’Église ne doit pas figer les femmes dans une spiritualité de la culpabilité et de la honte liée à la Chute mais leur donner une pleine reconnaissance et participation dans le corps de Christ.

Laissons le dernier mot à l’apôtre Paul si souvent incompris, qui écrivait aux chrétiens de Rome, au chapitre 8, v.12 :

Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. En effet, la loi de l’Esprit de la vie en Jésus-Christ t’a libéré de la loi du péché et de la mort.

Voici l’Évangile de la liberté et de la grâce !

2 comments on “Eve séductrice : toutes coupables?

  1. Joanne S.

    Amen !

    Merci pour cet article riche et réjouissant de la grâce surabondante de notre Dieu.

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  2. Anne Clark

    Merci Victoria, Si je ne me trompe pas, John Milton, dans son Paradise Lost, raconte qu’Eve choisit un jour de travailler seul dans une autre partie du jardin. C’est la qu’elle est tentee,en l’absence d’Adam. Un livre tellement important a du influencer les pensees des theologians, poetes et peintres a l’epoque et dans les annees qui suivaient, mettant tout le blame sur Eve.

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