Textes bibliques

Les femmes, des ‘vases plus faibles’ ? 1 Pierre 3.1-7

La description que Pierre nous propose des femmes comme étant des ‘vases plus faibles’ fait partie de ces textes difficiles à entendre aujourd’hui. D’innombrables études exégétiques ont déjà été réalisées pour  mieux comprendre  cette expression ou  la traduire de manière moins ‘choquante’, en éliminant la référence à un objet par exemple…

Cela semble d’autant plus important que le même passage de l’épître contient d’autres affirmations tout aussi délicates : Comme Paul, l’apôtre Pierre dit aux femmes, ‘soumettez-vous à vos maris’ et mentionne même ‘Sarah qui obéissait à Abraham, l’appelant son Seigneur’. Ce qui donne un tableau bien particulier des relations conjugales dans lequel même la maltraitance aurait une place, Abraham ayant offert son épouse deux fois à des ‘seigneurs’ plus haut placés que lui.

 

Comment lire ces textes aujourd’hui, à l’heure des hashtags et des questionnements autours des notions de complémentarité ou d’égalité  entre les hommes et les femmes ? 

 

Pour répondre à cette question, il nous faut comme souvent, prendre du recul et replacer ce passage dans la globalité de l’épître. Pierre écrit cette lettre à une communauté dont nous connaissons finalement peu de choses, mais qui prend place dans une société non juive (Pont, Galatie, Cappadoce, Asie et Bithynie) et dans un temps de dispersion (ils sont ‘étrangers’ dans ces lieux-là) peut-être suite à une persécution ?

En tous les cas, l’apôtre utilise plusieurs fois les termes ‘étrangers et résidents’ à leur égards, (ces termes appartiennent au vocabulaire juif depuis bien longtemps : Genèse 15 :13, 23 :4, Lev.25 :23) signifiant par là leur appartenance à une réalité territoriale particulière et en même temps leur ‘étrangeté’ par rapport à elle. Les chrétiens viennent en effet d’un ailleurs du monde. ‘Ils sont dans le monde, mais ils ne sont pas du monde’ affirme le Christ en Jean 17 :14-18. Les chrétiens se sont ‘installés’ dans leur société, mais cela n’a pas annulé leur étrangeté : ils sont nés d’un ailleurs et sont destiné à un ailleurs !

 

L’apôtre Pierre écrit pour les encourager à tenir ferme malgré les tensions inhérentes à cette situation. Il sait combien c’est facile d’oublier son héritage, cet ‘ailleurs’ qui ‘est réservé pour nous dans les cieux’ (1 :4) au profit des avantages terrestres. Il souligne que vivre et être les témoins de la présence de Dieu dans ce monde signifie automatiquement accepter la tension entre l’ici et l’ailleurs. Il remet les difficultés de ses lecteurs en perspective avec l’éternité plutôt qu’avec leur ‘ici’ : (1 Pierre 2 :11-14) ‘ Bien-aimés, je vous exhorte, comme étrangers et voyageurs sur la terre, à vous abstenir des convoitises charnelles qui font la guerre à l’âme. Ayez au milieu des païens une bonne conduite, afin que, là même où ils vous calomnient comme si vous étiez des malfaiteurs, ils remarquent vos bonnes oeuvres, et glorifient Dieu, au jour où il les visitera. Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité établie parmi les hommes.’

Les termes utilisés par Pierre pour ‘autorité humaine’ ne sont pas habituels et englobent plusieurs sens possibles, celui de création humaine, créature humaine ou institutions humaines. Samuel Bénétreau, chargé de cours à l’institut biblique de Nogent sur Marne et à la FLTE, affirme dans son commentaire: « L’exigence parait ‘inhumaine’ : Se soumettre ‘à toute créature humaine’. Prendre la dernière place !’ (…) Cette requête va à l’encontre de la tendance naturelle au cœur humain qui est de dominer et de posséder. Le verbe ‘se soumettre’ exprime la libre acceptation d’une place inférieure dans un ensemble ordonné. Il ne s’agit pas de subir l’inévitable, de se laisser imposer une contrainte extérieure, physique, juridique ou morale parce qu’on n’a pas le choix ou que seule la violence permettrait de se dégager, mais de consentir intérieurement à reconnaitre l’autorité de personnes occupant des positions définies, et cela ‘à cause du Seigneur’. »

 

C’est donc dans le cadre d’un ‘soumission globale et générale’ que se place le passage que Pierre adresse plus spécifiquement aux époux. En effet, l’apôtre utilise les figures des citoyens dans leurs relations aux gouvernements, celle des serviteurs dans leurs relations à des maitres ‘d’un caractère difficile’ et celle des épouses dans leurs relations à des époux même non croyant ou abusif, pour inviter chaque chrétien à la soumission, tout en spécifiant qu’il sait combien ce combat psychique est difficile mais néanmoins nécessaire. Le contact avec les non-croyants et le bon témoignage est à ce prix : le verset 12 nous le rappelle : ‘Ayez une bonne conduite au milieu des non-croyants, afin que là même où ils vous calomnient comme si vous faisiez du mal, ils remarquent votre belle manière d’agir et rendent gloire à Dieu le jour où il interviendra.’

 

Les trois ‘univers’ choisis par l’apôtre Pierre pour illustrer son propos font partie du quotidien des chrétiens et des non-chrétiens: chacun vivait sous un gouvernement, avait des serviteurs (ou en était un), chacun était marié (ou était une épouse). Chacun comprenait bien la nature des combats auxquels il faisait face où qu’il soit, ou quoi qu’il-ou elle- soit:

D’un côté, la liberté et la dignité que le christianisme prônait pour chacun ; de l’autre, le réel d’une société inégalitaire dans la plupart de ses dimensions ! Le poids du réel auquel il fallait ‘se soumettre’ rendait cette soumission d’autant plus difficile.

 

La question que nous devons nous poser maintenant est  celle de la manière de transposer les recommandations de Pierre à notre époque : Par exemple, faut-il aujourd’hui accepter la maltraitance au travail, alors que l’univers actuel du travail est construit sur des règles totalement différentes de celles qui régissaient la société de l’époque dont la structure reposait sur la non-reconnaissance des droits d’une grande part de l’humanité ? Cela ne reviendrait-il pas à annuler les effets de l’œuvre de l’Esprit qui, soufflant notamment lors de la réforme protestante, a donné ses lettres de noblesse à toutes les carrières ? Ou encore les conséquences elles aussi ultra positives, des combats sociétaux des 19ème et 20ème siècles ?

 

Le poids du réel d’aujourd’hui n’est plus le poids du réel d’hier ! Pour être véritablement porteur de cette ‘bonne conduite au milieu des non-croyants’ et être une lumière pour eux, il faut s’adapter à la tension que génère la rencontre entre le projet de Dieu et la société d’aujourd’hui et non pas continuer à vivre avec la tension de la bonne nouvelle et la société d’hier.

 

Ce travail d’adaptation nous amènera à être porteurs de combats nouveaux et ‘lumineux’ pour notre époque! Ainsi, un salarié chrétien maltraité aujourd’hui n’a aucune raison ‘évangélique’ d’accepter la maltraitance. Au contraire, il devra se lever et combattre pour la justice, avec humilité et douceur, certes, mais combattre!  Car l’attitude qui consiste à se laisser écraser comme s’il était un esclave de l’époque ancienne ne peut plus être qualifiée de ‘biblique’…

Ce travail est tout aussi nécessaire pour la place des femmes, aussi bien dans les églises que dans les couples ! Là où hier, elles n’avaient aucune existence légale, (le terme ‘vase’ parait choquant aujourd’hui parce qu’il nous rappelle qu’elles n’avaient pas le statut de personne à cette époque) et étaient de ce fait invitées à respecter leurs époux même lorsqu’ils étaient maltraitants, elles sont aujourd’hui reconnues comme des êtres humains à part entière.

Cela signifie qu’aujourd’hui, une femme ‘vendue’ par son mari à un autre homme pour protéger ses propres intérêts, comme l’a été Sarah, pourrait légitimement cesser d’appeler son mari ‘mon seigneur’, considérer cette situation comme humiliante, blessante, dégradante et… demander le divorce !

 

(Et ce, avec l’aval de Jésus qui affirme que l’adultère est la seule cause acceptée pour le divorce, Matthieu 5 :31-32) Trop souvent, les femmes qui refusent la maltraitance, voire la violence conjugale, sont encore stigmatisées, accusées d’être ‘non-spirituelles’ à cause d’une lecture littérale de textes comme celui de l’apôtre Pierre.

Dernière remarque et non des moindres, puisqu’enfin, nous arrivons au cœur de notre sujet : L’exemple des hommes et des femmes dans leurs liens conjugaux est le seul exemple dans lequel Pierre parle aux éléments dominants ! Il n’avait auparavant pas pris la défense des citoyens maltraités par leurs gouvernements, ni celle des serviteurs maltraités par leurs maîtres ‘difficiles de caractère’. Il s’adressait à ses lecteurs en leur présentant trois modèles sociétaux de la soumission attendue et nécessaire pour vivre honorablement cette tension entre ‘étrangeté spirituelle’ et ‘résidence terrestre’.

Mais le voici qui sort de ce schéma et prenant la défense des épouses, il parle aux époux ! C’est là que l’on trouve cette fameuse mention de ‘vases plus faibles’, qui est une conception classique de l’époque et qui relève donc pleinement de la ‘résidence terrestre’ des lecteurs. C’est là qu’il adjoint à son propos un appendice surprenant et détonnant pour l’époque, et qui comprend des innovations certaines relevant clairement de l’étrangeté spirituelle des croyants:

Les hommes/époux sont invités à ‘tenir compte’ de la différence féminine ! Même si cette différence est décrite en des termes dévalorisants pour les femmes puisqu’ils font référence  à une caractéristique masculine, celle de la force (l’expression ‘vase plus faible’, quel que soit l’élément auquel l’image se rapporte,  signifie que les messieurs sont  également des vases, même s’ils sont des ‘vases  plus forts’), c’est une révolution conjugale immense que Pierre glisse ici tout à la fin d’un propos bien plus général.

Les hommes/époux sont invités à ‘respecter’ leurs conjointes parce qu’elles ont les mêmes droits spirituels qu’eux ! Elles héritent des mêmes réalités, ce qui est une seconde révolution tout aussi immense que la première.

Les hommes/époux sont mis en face d’un ultimatum divin… Dieu pourrait ne pas répondre à leurs prières s’ils n’agissaient pas ainsi ! Cette déclaration-là a dû produire l’effet d’une bombe pour son auditoire masculin, parce qu’elle signifie que…

Dieu se tient du côté des droits des femmes!

Ainsi donc, et sans même faire une exégèse de l’expression ‘vase plus faible’, le contexte général du passage nous apprend que l’apôtre Pierre prône l’égalité spirituelle entre hommes et femmes dans le couple. Cependant, les impératifs du témoignage chrétien l’amènent à demander la soumission à tous, et une attitude respectueuse parce que compréhensive du contexte général de vie de chacun.

A nous de réfléchir à la suite de l’exemple de Pierre: A nous de décrypter notre société actuelle dans la complexité des liens qu’elle nous propose de vivre, pour y faire ainsi éclater notre ‘étrangeté spirituelle’ afin que les non-croyants d’aujourd’hui ‘glorifient Dieu, au jour où il les visitera’ !

Joëlle Sutter-Razanajohary

6 comments on “Les femmes, des ‘vases plus faibles’ ? 1 Pierre 3.1-7

  1. Olivia

    Bonjour et merci pour votre texte. J’apprécie ce que vous évoquez et dites. Oui, les femmes sont égales aux hommes et les hommes aux femmes. Je comprendre cette égalité dans la reconnaissance et l’accueil de nos différences. J’aime aussi ce texte biblique qui dit que nous sommes appelés à être soumis les uns aux autres, dans le couple mais aussi dans nos relations hommes femmes, femmes hommes
    Oui à l’action et l’être pour trouver une manière de vivre notre foi chrétienne dans notre société avec accueil, amour, vérité et pertinence en faite, pour être sel de la terre.😊
    Voilà ma réaction assez spontanée et sans grande élaboration.

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  2. Olivia

    En fait c’est Olivia qu’il faudrait noter et nom Knuchel merci

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  3. Bonjour Joëlle,

    Texte intéressant. Mais, n’est ce pas extrapoler que d’écrire qu’Abraham à vendu Sara à 2 reprises ? Il est vrai qu’il a tu le lien conjugal. Mais, le texte affirme que Sara a été enlevée…

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    • « Prise » est le terme hébreu exact. Vous avez raison, il y a une extrapolation certaine dans cette affirmation. Néanmoins je la maintiens parce que le stratagème a rapporté de nombreux biens à Abraham et que la société de l’époque fonctionnait de telle sorte que les familles des femmes qui entraient dans des harems recevaient un dédommagement! Abraham ne l’ignorait pas. Du coup, Femme contre bien = ???

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  4. Alain B.

    Ah, je n’avais fait le lien entre « l’enlèvement  » de Sara et la richesse d’Abraham. Voilà qui jette une lumière bien différente…

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  5. Merci pour cet article qui offre de belles lumières sur ce passage, et effectivement de sérieux encouragements pour que nous les hommes soyons attentifs au bien de nos épouses.
    Que le Seigneur vous bénisse dans votre travail !

    Aimé par 1 personne

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