Camille Kursner, pasteur

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Camille Kursner, pasteur à l’Église évangélique des écluses à Bienne.

La vocation pastorale n’a pas toujours été une évidence pour moi.

Enfant, je ne comprenais pas le sens de l’Église, des temps de prières ou de louange. Chaque moment passé avec les chrétiens de la paroisse réformée locale était un véritable supplice. Très jeune, j’assimilais déjà le christianisme à une tradition dénuée d’intérêt ou à un patrimoine culturel et religieux poussiéreux. Malgré cela, ma mère, une baptiste brésilienne, m’encourageait avec douceur à connaître Jésus. Aujourd’hui, elle me rappelle que je savais réciter le psaume 23 lorsque j’étais enfant. Mon père, un Suisse protestant officiel, n’était pas plus avancé que moi sur les questions concernant la religion ! D’ailleurs, je me souviens qu’il aimait bien boire sa bouteille de vin rouge en fin de journée. J’ai suivi les leçons de catéchisme officielles et j’ai participé à plusieurs camps chrétiens dans mon enfance et mon adolescence, sans jamais saisir l’importance d’une relation personnelle avec Jésus.

A 15 ans, j’ai confirmé publiquement dans l’Église réformée que je croyais peut-être en un Dieu quelconque, mais que je ne pouvais pas croire en Jésus-Christ. Pour moi, il n’était qu’un sage ayant apporté une nouvelle pensée au monde. Mon rejet de la foi chrétienne était tel que je me souviens m’être promise de ne plus jamais remettre les pieds dans une église lors de cet événement. Je ne pouvais pas être hypocrite avec moi-même et j’avais une telle soif d’authenticité que je ne pouvais pas confesser un Dieu en lequel je ne croyais pas. Cependant, Dieu me faisait déjà un clin d’œil quant à mon appel.

A la fin de la cérémonie de confirmation, le pasteur réformé s’est approché de moi pour m’encourager avec ces mots : « Vous avez bien parlé, Mademoiselle. Vous avez un don d’oratrice ! »

Mon cœur était tellement hermétique aux choses de la religion que je m’empressai d’oublier ces paroles et cet événement.

L’adolescence fut une période difficile. A la maison, maman souffrait de polyarthrite depuis toujours ; mes parents étaient dans une procédure de séparation et papa exprimait souvent des paroles violentes à notre égard. A côté de cela, tout en ayant un amour pour les études et une responsabilité pour mon avenir, je sortais beaucoup les week-ends. Malgré ces circonstances, je peux dire aujourd’hui que Dieu a démontré sa fidélité envers ma famille pendant cette période. En effet, au milieu de cette tempête, je me suis mise à espérer en un Dieu qui existait au-dessus des montagnes et qui me donnerait un jour le bonheur. De plus, je me disais qu’il devait tout de même exister un créateur lorsque je regardais mes mains qui savaient créer et peindre tant de choses !

Ainsi, un soir, il m’est arrivé une expérience particulière alors que j’avais 17 ans :

A cette époque, maman ne pouvait quasiment plus se déplacer. Elle ressentait des douleurs atroces dans ces articulations qui étaient comparables à des coups de couteaux qui ouvrent des plaies. Un soir, après avoir passé du temps avec des amies, je suis rentrée à la maison et j’ai aperçu ma mère couchée sur son lit sans pouvoir bouger. A ce moment-là, j’ai eu la forte impression de voir son corps comme une prison ! A cette vue, sa douleur a créé en moi un sentiment d’impuissance. Malgré une météo qui annonçait du mauvais temps pour toute la semaine et une forte pluie, je suis sortie de chez-moi et j’ai crié à Dieu pour la première fois en ces termes : « Dieu, si tu existes, si tu es le Dieu de la Bible, guéris ma mère, donne-moi de la joie et permets qu’il fasse beau demain ! » Le lendemain, j’ai ouvert les stores et j’ai vu un beau soleil lumineux dans un ciel bleu. Face à l’évidence d’un changement drastique de la météo, j’ai pensé que ce beau temps était le fruit du hasard. Dès lors, j’ai oublié Dieu et j’ai continué ma vie.

Ma mère a rencontré une amie chrétienne la même année. Elle a donné à nouveau sa vie à Jésus, elle a reçu la prière de guérison et elle a été guérie de sa polyarthrite. « Jésus m’a guérie !» me disait-elle. Cette option n’était pas raisonnable pour moi. Selon moi, Jésus ne pouvait pas être l’auteur de sa guérison, car il n’était qu’un personnage historique ! Dès lors, je refusais toute discussion en ce qui le concernait.

3 ans après cet épisode, ma mère m’invita à un culte destiné à des jeunes dans son Église. Elle ne savait pas que je ne souhaitais plus mettre les pieds dans une église. Après plusieurs insistances de sa part, je m’y rendis pour lui faire plaisir. Là-bas, j’observais tous les faits et gestes des chrétiens. Je regardais si l’on cherchait à me manipuler. Or, malgré toutes mes précautions, le culte m’interpella profondément. Pendant les cantiques, les larmes ont commencé à couler sur mon visage. Je ressentis pour la première fois l’amour de Dieu. Mes résistances sont alors tombées les unes après les autres. L’Esprit du Seigneur est venu me convaincre de péché et j’ai répondu à l’appel de conversion lancé par le prédicateur à la fin du culte. Jésus est devenu vivant pour moi ! En plus de ça, les cours d’histoire et religions sur le christianisme et le judaïsme que je suivais au lycée ont pris un sens tout nouveau. C’est comme si je pouvais enfin trouver des éléments de vérités de l’histoire biblique dans l’histoire universelle.

L’idée d’aller tous les dimanches à l’église était trop forte pour moi. Cependant, plus je lisais les Évangiles, plus je laissais Jésus prendre de la place dans mon quotidien. Il n’était plus un philosophe des temps anciens, mais il était devenu le Fils de Dieu, le ressuscité qui avait donné sa vie à la croix pour le pardon de mes péchés. Papa a aussi donné sa vie à Jésus entre temps. Pendant cette période où je faisais connaissance avec Jésus, l’idée d’un ministère pastoral m’avait traversé l’esprit. Or, cette pensée était absurde pour moi. D’une part, je ne connaissais rien sur le métier de pasteur, d’autre part, j’avais déjà un plan de carrière précis pour mon avenir.

Quelques mois après ces premiers pas de foi, je suis allée à la rencontre jeunesse qui rassemble plus de 2000 jeunes chrétiens chaque année en Suisse romande. Là, Jésus a bouleversé ma vie. Non seulement, il m’a puissamment remplie de son Esprit, mais il m’a aussi donnée un appel spécifique ! J’avais cette parole dans mon cœur :

« Tu iras dire à ce monde que je suis un Dieu vivant ! »

Dès lors, je me suis retrouvée avec mes plans d’avenir complètement chamboulés et j’ai tout quitté pour suivre Jésus ! Or, comment faire lorsqu’on est une femme, jeune, fraîchement convertie avec une vocation pastorale dans une Église qui s’oppose au ministère féminin ? Au début, j’ai rencontré plusieurs obstacles. Certains pensaient que mon zèle allait s’atténuer avec le temps. Cependant, plus on me disait non, plus je me mettais à genoux pour remettre ce sujet entre les mains de Dieu. Jésus a commencé à m’enseigner l’amour et le respect pour les autorités établies dans l’Église locale. 1 Pierre 5.5 m’enseignait le comportement que je devais adopter avec le corps pastoral et les anciens de mon église : « De même, vous qui êtes jeunes, soyez soumis aux anciens. Et tous, dans vos rapports mutuels, revêtez-vous d’humilité ; car Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles. » Je suis alors passée par les eaux du baptême et j’ai servi dans l’Église locale.

Un peu plus d’une année après ma conversion, Dieu a envoyé un ministère prophétique de confiance dans mon Église. Celui-ci a confirmé publiquement mon appel et ce que j’avais dans le cœur.

Mon Église locale est restée fermée au ministère féminin. Cependant, Dieu l’a utilisée pour m’envoyer faire une formation de disciples d’un an, nommée Factory, et des études à la Faculté libre de théologie Evangélique de Vaux-sur-Seine. Mon Église m’a soutenue spirituellement et financièrement pendant mes études.

Aujourd’hui, je suis pasteur de l’Église évangélique des Écluses à Bienne (FREE) en Suisse romande,  et j’envisage dans l’avenir d’œuvrer dans le domaine de l’implantation d’Églises.

Je crois sincèrement que Dieu peut ouvrir toutes les portes qui semblent fermées. Quand Il appelle une femme ou un homme à Le servir dans un ministère spécifique, Il est capable de remuer le ciel et la terre pour lui donner d’entrer dans son appel et sa destinée !

 

Auteur : Blogueur invité

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Un commentaire

  1. Merci beaucoup Camille pour ton témoignage !
    J’ai été très touchée par le dernier paragraphe :
    « Quand Il appelle une femme ou un homme à Le servir dans un ministère spécifique, Il est capable de remuer le ciel et la terre pour lui donner d’entrer dans son appel et sa destinée ! »
    Merci pour ce rappel, j’avais besoin de le réentendre et Dieu est passé par toi pour me le transmettre 🙂
    Sois bénie dans ton ministère, toujours plus fortifiée en Lui,
    Lydia

    Aimé par 1 personne

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