Spiritualité

Kit de survie pour femme appelée

Un kit de « survie » ? Un kit de vie, et de vie en abondance, j’espère ! La vie est trop précieuse, et j’aurai beaucoup de mal à me satisfaire d’une simple survie.

Soyons clairs, ma vie ne m’appartient plus. Le jour de mon baptême, j’ai explicitement remis ma vie entière dans les mains du Seigneur et il a su m’appeler jour après jour et pas après pas dans les projets qu’il avait en réserve pour moi. Il m’a fallu beaucoup de force sur le chemin, et il en faudra encore. Parfois des réserves insoupçonnées ont dû être mobilisées. Par grâce, le Seigneur est fidèle pendant les nuits et les forces se renouvellent chaque matin. La course n’est pas encore achevée, mais mon « kit de vie en abondance » continue de m’accompagner à travers les défis du quotidien. En voici un aperçu :

La famille, une équipe

Mon mari et moi venons tous les deux de familles aux ministères pastoraux tentaculaires. Quand nous nous sommes mariés au début de la vingtaine, nous ne voulions pas reproduire le même schéma. Nous ? Jamais. Force est de constater que nous étions pourtant faits de la même pâte et animés de la même passion pour Jésus et son royaume.

Notre mariage est devenu un partenariat solide où chacun a toujours soutenu les projets de l’autre. Avec l’arrivée des enfants, nous avions aussi à cœur de les consulter dans les décisions. Nous avons fait des points réguliers et avons tenté de nous ajuster les uns aux autres ; afin que chacun ne manque de rien.

Aujourd’hui, comme le dit Leïla Bekhti dans son slam « le sens de la famille » : « ils sont mes repères, mes bases, mes compliments, mes reproches (…) dans cette équipe tu ris, tu râles, tu progresses, tu veux rester (…) Peu importe c’qu’il y a sur la table, c’qui compte c’est qui il y a autour. »

Choisir ses combats

Ces 20 dernières années ont été incroyablement riches. J’ai pu valider 2 Masters, élever deux enfants, enseigner la théologie et reprendre la direction d’un centre de formation, partager la vie passionnante d’un éducateur devenu soudeur, thérapeute conjugal puis chef d’entreprise, pratiquer la psychothérapie en libéral pendant cinq ans puis exercer le métier de pasteure pendant cinq ans, démarrer le blog puis l’association « Servir Ensemble », lancer le podcast de commentaire biblique bibletunes, vivre dans neuf lieux différents, dont huit années dans un habitat participatif… L’ennui n’était pas au rendez-vous.

Pour autant, est-il possible de tout avoir ? De tout faire ? Une vie intense nécessite de jongler entre différentes responsabilités. C’est vrai pour les hommes comme pour les femmes. En répondant à l’appel de Dieu, j’ai choisi consciemment de négliger certains aspects de la vie et d’en prioriser d’autres. Tout ne peut pas avoir la même importance parce que les forces sont limitées. Les équilibres ont toujours à nouveau dû être ajustés. En tant que femme, la pression peut être élevée de devoir performer dans les catégories classiques de la féminité.

Avoir une chambre à soi

En tant qu’introvertie, il est rapidement devenu clair qu’il me fallait un espace où je puisse m’entendre penser, étudier, créer, écrire et travailler : « une chambre à soi » comme le souligne l’inspirant essai de Virginia Woolf. J’écris ces lignes depuis mon bureau, mon espace vital. Alors que de nombreuses femmes n’ont que des espaces partagés avec maris et enfants, je mesure la grâce de pouvoir compter sur cet espace privé où les livres côtoient l’informatique et les projets créatifs. Selon les saisons de la vie, cela peut être un coin de pièce, une balade, un banc à l’orée de la forêt ou le café du matin, avant le réveil des enfants.

Cultiver des relations avec d’autres femmes en situation de responsabilité

Les relations avec d’autres femmes en situation de responsabilité sont rapidement devenues une nécessité. Le réseau de l’association « Servir Ensemble » est devenu un lieu sécure où il a été possible de cheminer les unes avec les autres, de vider son sac, de s’encourager, de s’avertir, de décolérer et de rire des horreurs que l’on peut parfois entendre. Je suis infiniment reconnaissante pour les vis-à-vis découvertes grâce à l’association. Chacune de ces relations est précieuse.

Soigner des amitiés avec des hommes

Pour autant, il est devenu tout autant précieux pour moi de développer des relations de vis-à-vis avec des pasteurs et théologiens masculins. Ni le féminin ni le masculin ne sauraient se suffire à eux-mêmes. J’ai besoin de compléter mes perspectives par des perspectives masculines et d’entendre d’autres points de vue, issus d’une autre expérience de vie. Un certain nombre de collègues ont été de solides remparts dans les années éprouvantes et de joyeux compagnons de voyage pour les temps plus légers.

Protéger des moments de décompression

Un jour, une femme a croisé une de mes deux sœurs et lui a dit qu’elle me trouvait trop « chrétienne-tout-ça ». Ma sœur a explosé de rire, lui rétorquant que de toute évidence, elle ne me connaissait pas. Quand la charge est trop pesante, les enjeux trop importants, les défis trop élevés — les temps de décompression sont salutaires. Les espaces d’amitié dans lesquels il n’y a plus nul besoin de porter un masque social sont indispensables. Il devient alors possible de se libérer du poids des responsabilités pour rire aux larmes de blagues stupides, pour oser être véritablement soi et pour relâcher toute la pression accumulée.


Deux autres « Kit de survie pour femme appelée » sont disponibles ici :

Marie-Noëlle Yoder est directrice du département francophone du Centre de formation du Bienenberg (BL, Suisse) où elle enseigne la théologie pratique et l'éthique. Elle est l'animatrice du podcast de commentaire biblique bibletunes.

1 comment on “Kit de survie pour femme appelée

  1. Sandrine Dewandeler

    Merci Marie-Noëlle pour cet article simple et utile; merci de partager avec nous ces 6 clés pour une vie de service abondante !

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