Témoignages

La pasteure à paillettes 

large pile of glitters

En octobre 2023, j’assiste au culte d’installation d’un de mes collègues. J’y vais joyeusement, moi-même ayant vécu mon propre culte d’installation quelques semaines plus tôt. Je m’habille élégamment, pantalon blanc, veste bleue marine et bottines anthracites à effet métallisé/pailleté (si si, ça a une importance je vous assure !). 

Je ne sais pas comment se passent ces cultes dans les autres unions d’églises, mais dans la mienne, il y a un moment où les ministres du culte présents dans l’assemblée se lèvent et prient pour la personne fraîchement arrivée dans ce poste pastoral. Je me lève donc avec mes autres confrères et consœurs, et s’en suit un temps émouvant et fort. Tout le culte se passe bien, dans la reconnaissance et la joie générale. 

Le culte est suivi d’un apéritif dinatoire, ce qui ne gâche rien. Alors que je profite d’un petit four, un homme m’aborde :

-« Excusez-moi, vous êtes pasteure ? »

– « Oui, tout à fait ! » dis-je. 

– « Mais vous êtes jeune ! »

– « Oui, j’ai 25 ans »

– « Mais vous êtes une femme ! »

– « En effet »

– « Et vous portez des paillettes ! »

Je me mets à rire. Dans sa voix, pas une once d’agressivité ou de méfiance, simplement de la surprise. De mon côté, je trouve fascinant de voir que le fait d’être jeune, femme et pailletée soit au même niveau dans son esprit. Je lui demande pourquoi les paillettes poseraient souci, et s’il pense que le jour de notre reconnaissance de ministère, on reçoit une liste d’interdits. Il rit à son tour. Il  n’avait pas d’argument, simplement que le port de paillettes pastorales était à ses yeux surprenant. S’est ensuivie une belle et profonde discussion sur les attentes auxquelles font face les pasteurs. 

Si l’épître à Timothée est claire sur le fait de ne pas mépriser la jeunesse, si elle a fait couler beaucoup d’encre quant au ministère féminin, je n’ai rien trouvé sur l’interdiction des paillettes…

Je pourrais faire l’apologie des paillettes. Après tout, elles sont comme ce qu’est appelé à être tout chrétien ! Pas une source de lumière en soit, mais déterminées à refléter le plus fidèlement possible la lumière de plus grand que soi. Et sincèrement, dans toute ma panoplie de paillettes, cette paire de bottines est bien sobre. Enfin, n’est-ce pas en Esaïe 52 : 7 qu’il est dit : « Qu’ils sont beaux sur les montagnes, Les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles, Qui publie la paix ! De celui qui apporte de bonnes nouvelles, Qui publie le salut ! De celui qui dit à Sion : Ton Dieu règne ! »[1] (je le concède, le prophète ne parlait très probablement pas de se chausser avec coquetterie quand on est au service de Dieu, mais le verset va trop bien avec mon propos pour ne pas le citer !).

Plus tard, je me suis amusée à me demander ce qu’il y aurait sur cette liste d’interdits, et qu’elle varierait certainement d’une personne à l’autre. Les paillettes pour certains, les casquettes à l’envers pour d’autres. C’est impressionnant comme les attentes de chacune et chacun sont marquées, même si elles ne sont pas forcément fondées bibliquement.

Mon mari, également pasteur, a parfois eu droit à des remarques les jours où il était en tenue plus décontractée, et alors même que ce n’était pas un dimanche. Chacun à sa liste de préjugés, d’actions apparemment incompatibles avec le ministère pastoral. 

Il serait tellement pertinent de parfois se regarder dans la glace et prendre un temps pour faire face à ses propres idées préconçues, afin de s’efforcer de faire la différence entre ce qui est culturel, personnel, et biblique. Évidemment, certaines personnes sont contre le ministère féminin pour des raisons théologiques. Mais n’y a-t-il pas une proportion de ces réticents qui le sont comme ils le seraient pour des paillettes : par manque d’habitude ? 

Cela va de soi, je n’encourage personne à arborer ces particules lumineuses plus qu’autre chose. Un excellent article de Marie-Noëlle Yoder sur l’habillement des femmes pasteures le déconseille de manière générale (en tous cas, elle invite à la sobriété). Mais de mon côté, j’ai envie de rester cette pasteure à paillettes (dans la sobriété relative). Parce que je me sens bien avec, parce que je trouve que c’est ma fantaisie qui me rend peut-être plus abordable pour des personnes qui se sentiraient mal à l’aise face à quelqu’un d’apparence plus stricte. Parce que, au moins une fois, ça a interrogé et permis une discussion profonde et sincère. C’est aussi cela, être ministre du culte. Se conformer pleinement à l’Évangile mais faire aussi ressortir sa personnalité, son unicité, afin de mieux porter le message du Christ de manière personnelle et authentique. 


[1] Traduction La Sainte Bible par Louis Segond 1910

À propos Lula Derœux

Lula Derœux est pasteure dans une église de la FEEBF en région parisienne. Elle est mariée avec Benjamin, lui aussi pasteur. Elle est la co-animatrice du podcast "Derrière la porte de l'armoire", et membre de l'équipe Servir Ensemble depuis 2019.

2 comments on “La pasteure à paillettes ”

  1. C’est quand que tu vas mettre des paillettes dans ma vie, Calvin(e)?

  2. mireille Ausset

    Heureusement qu’il y a des paillettes pour donner un peu de peps à la vie !!! Je ne crois pas que cela soit un « repoussoir » pour quelqu’un qui s’intéresserait à l’Evangile et au témoignage chrétien de celle qui les porte !

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