Comment vivre des temps différents pour le dimanche matin ? La pasteure Lula Derœux nous raconte son vécu avec les cultes autrement.
Depuis petite, j’ai exprimé une facette créative. J’aime comprendre pourquoi on fait les choses, mais surtout pourquoi on ne les ferait pas autrement, et proposer une myriade d’idées pour secouer les habitudes. Je pense donc avoir un penchant spontané à imaginer et organiser des espaces créatifs. Mon parcours dans la découverte des textes bibliques autrement commença réellement lors de mon emploi à la Ligue pour la Lecture de la Bible, et au contact du site animation biblique : des méthodes de lectures actives, où le texte biblique est découvert par le groupe lui-même, et simplement accompagné par l’animateur. J’ai trouvé cette méthode rafraichissante ; elle nous permet d’avoir accès à la Parole sous un angle différent, et d’être profondément enrichis par l’apport des uns et des autres.
Dans mon rôle pastoral, c’est tout naturellement que j’ai voulu instaurer des temps différents dans le culte dominical, et c’est ainsi que les cultes autrement sont nés chez nous. Évidemment, je ne suis pas la première à le faire, et beaucoup d’églises vivent des temps similaires, en les appelant différemment, mais voici le récit de l’instauration de ces temps dans notre église.
Nous avons donc décidé de vivre ces temps autrement toutes les 5-6 semaines environ. Nous sommes une église d’une vingtaine de membres, et nous en profitons pour vivre ces cultes d’une manière intime et très communautaires : les rangs laissent la place à des tables avec environ 5 chaises autour : lorsqu’ils arrivent, les membres savent qu’il va se passer quelque chose de différent.
Le contenu change d’une fois à l’autre. Nous avons l’habitude de suivre des séries pour les prédications, et nous souhaitons garder cette continuité dans nos cultes autrement. Les temps traditionnels du culte sont les mêmes : de la louange, des temps où l’on creuse la Parole, des temps de prières, des temps de lecture de textes bibliques, mais vécus différemment, avec d’autres temps ajoutés. Il peut y avoir des textes bibliques à trous, un texte découpé qu’il faut remettre dans l’ordre, une « prière pelote » où chacun envoie une pelote de fil à une autre personne lorsque sa prière est finie pour illustrer les liens qui nous entourent, des moments créatifs afin de mieux comprendre un aspect du texte, etc.
Souvent, le déroulé se passe ainsi :
- Brise-glace pour aborder le thème du jour d’une manière originale,
- Découverte du texte biblique autrement,
- Temps de réflexion en groupes avec des outils appropriés,
- Différents temps de louanges,
- Des temps de prières,
- Et enfin un temps créatif pour vivre les enseignements du jour.
Cette dernière étape a pu être matérialisée par des cocottes en papier comme outil de prière, des photophores de Noël avec une symbolique étudiée ensemble ou un jeu de Jenga personnalisé par l’église pour ne citer que ceux-là. Évidemment, tout le déroulé est au service du texte et du message du jour, et toutes les étapes apportent des éléments à la réflexion que nous tenons à mener.
Deux aspects sont primordiaux pour nous : l’intergénérationnel et l’universalité de ces temps. Pas besoin de connaître sa Bible par cœur pour participer. Si on fait un texte à trous par exemple, nous prenons soin de prendre un texte peu connu, afin que ce ne soit pas un concours de « par cœur », mais bien une réflexion sur l’intention de l’auteur. C’est aussi un moment propice pour inviter de nouvelles personnes au culte, ce qui casse l’image d’une église austère et passive. Ce sont des moments où tout le monde est bienvenu, et invité à la rencontre du texte, où qu’il en soit dans son cheminement.
Un temps particulièrement marquant pour moi a eu lieu lors du culte autrement de Noël. Une des activités consistait à découper la forme de sa main dans du papier vert et de la coller sur un grand anneau de carton afin de faire une couronne de Noël participative. Une jeune maman s’est tout de suite sentie à l’aise et a pris naturellement le lead, là où mon collègue pasteur avait l’air moins sûr de lui. Les rôles étaient renversés ! J’ai pu voir la joie sincère sur le visage de cette membre d’être à une place qui était la sienne et où elle pouvait exprimer ses dons. Elle a trouvé des moyens d’embellir cette couronne d’une manière nouvelle, et nous avons pu la voir briller dans ses capacités.
À ce moment, j’étais profondément heureuse de voir mon église mettre en avant toutes les personnes de l’assemblée dans les dons offerts par Dieu.
Évidemment, ce format ne va pas sans ses quelques couacs. Avant chaque célébration autrement, je prends soin d’expliquer la démarche et de prendre un temps pour éclaircir les interrogations qui peuvent être présentes. Malheureusement, cela est toujours compliqué avec les retardataires ! Le premier temps du culte de Pâques était une lecture du récit de la Résurrection, dans l’obscurité à la simple lueur d’une bougie, pour illustrer la pénombre du tombeau. Une famille est alors arrivée, dont le mari qui venait pour la première fois ! Il a été difficile pour moi de faire comme si de rien n’était, m’interrogeant sur ce qu’il pouvait bien penser de notre communauté qu’il découvrait. Heureusement, il a vite compris la démarche et a d’ailleurs trouvé cela très intéressant.
Il y a aussi ceux et celles qui n’apprécient pas le format. Certaines personnes évitent même le culte dans ces moments-là. Si ce n’est parfois pas facile à entendre, je reste en paix avec cela. Comme je dis souvent lors de ces célébrations, on n’est pas obligé d’apprécier. Je suis déjà heureuse si la seule leçon qu’ils en retirent c’est à quel point ils aiment les cultes traditionnels, car cela apportera une reconnaissance supplémentaire lors de leur prochain dimanche ! Je puise mon enthousiasme en toutes les personnes qui attendent avec impatience ces cultes, ainsi que dans ma conviction que le fait de varier les formats et de se faire tout à tous passe aussi par s’adapter à toutes les sensibilités. J’ai d’ailleurs eu plusieurs demandes d’autres églises afin d’animer des cultes autrement dans leur assemblée, et cela a eu un franc succès !
Le servir ensemble demande une écoute de la diversité. Si la pensée académique est une belle et bonne chose, elle n’est pas la seule méthode pour se connecter à Dieu à travers la Bible. Les études scientifiques le prouvent, la participation face à l’information permet une plus grande compréhension face au sujet étudié : la Parole ne fait pas exception. De plus, le format radicalement nouveau « remet les compteurs à zéro » de tous les participants. Les sachants ne sont plus ceux et celles qui ont fait des études de théologie ou qui viennent à l’église depuis des décennies, mais tout le monde est égal face à ce format nouveau, et c’est parfois les plus jeunes et/ou les plus inexpérimentés dans la vie d’église qui s’épanouissent le plus vite dans ces cultes et qui trouvent le plus rapidement leur place. C’est aussi un grand moment de partage, avec des temps de discussions, et de très belles choses ressortent, intimes et profondes. La plupart ne voient pas le temps passer, et ressortent revigorés, ayant découvert des capacités d’inventivité, d’analyse et de compréhension qu’ils ne soupçonnaient pas forcément.
Si j’éprouve énormément de joie à organiser les cultes traditionnels, je suis profondément heureuse de pouvoir proposer de temps en temps une alternative.


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