Spiritualité

Le Confinement : Emprisonnement ou Temps d’Espérance ?

Pendant des semaines la pandémie de Covid-19 nous a privé de liberté, de contact social, de certitudes quant à ce qui va arriver dans les prochains mois … mais, comme Mary Cotes l’affirme à travers ses réflexions, ce n’est pas pour autant qu’elle nous prive d’espoir.

Mars : Un choix

Je vis le confinement en Grande Bretagne, où on parle d’un « lockdown » : pour les Britanniques, il s’agit d’un emprisonnement. Le terme français me semble beaucoup plus joli. Ce mot « confinement »  existe aussi en anglais, même s’il n’est pas employé dans le contexte du virus. Dans le passé lorsqu’on parlait d’un « temps de confinement » (time of confinement) on faisait allusion au moment où, à la fin de la grossesse, une femme enceinte se retirait pour attendre la naissance du bébé.

Et si je vivais le « lockdown » plutôt comme un « temps de confinement ? » Si, au lieu de tout fermer, j’ouvrais mon cœur plus grand en attendant tout ce que Dieu voulait m’apprendre ?

Je pense à Marie, la mère de Jésus. Au moment de sa grossesse, ses horizons s’élargissent :

  • Elle place sa vie entre les mains de Dieu et elle le loue.
  • Elle pense aux ancêtres qui l’ont devancée et aux générations qui la suivront.
  • Elle voit un monde transformé selon le plan de Dieu. Les humbles sont élevés et les puissants renversés de leurs trônes.

Sa relation avec Dieu ne la confine pas. Au contraire, elle la libère. Marie devient visionnaire et courageuse.

Seigneur, tu rassasies de biens les affamés. Pendant ce temps de confinement, rassasie-moi de bonnes choses qui viennent de toi.

Avril : Cherchez les choses d’en haut

On fait le culte par Zoom, les réunions aussi. Les paroles des chants ne sont pas toujours  bien synchronisées à la musique et parfois on ne voit que le front du collègue qui prêche. Je m’occupe d’un tas de petits détails pratiques : mon vieux micro marche-t-il toujours comme il faut ? Ai-je bien envoyé toutes les invitations pour la réunion en ligne?

Puis une de mes amies, spécialiste à l’hôpital, m’appelle pour m’annoncer qu’elle a le virus. Son fils également en est atteint. Elle a du mal à respirer. Je sens une peur glaciale s’emparer de moi. Confrontée à sa fragilité à elle, je suis aussi confrontée à la mienne. Aie ! En me plongeant dans les détails de la technologie – nécessaires mais finalement éphémères – je me suis protégée des grandes questions de la vie et la mort.  Tout d’un coup, péniblement, mes horizons habituels s’élargissent. Oui, en effet, l’ombre de la mort rôde autour de moi, autour de nous tous. Le psalmiste m’encourage à ne craindre aucun mal et je me remets entre les mains de Dieu : quand je suis faible, c’est alors que je suis forte.

hope

Seigneur, tu fais pour moi de grandes choses. Garde mon départ et mon arrivée, dès maintenant et à jamais.

 

Mai : Faisons l’éloge des femmes illustres

Mon univers physique se rétrécit de plus en plus. Je me lance dans des activités à la maison. Je trie mes placards et je fais le ménage du grenier. Je suis fière de moi ! Je sors ma corbeille à couture et je refais l’ourlet de mon vieux pantalon vert et je raccommode ma vieille veste en feutre que faute d’un bouton je ne mets plus depuis 2018. Je fais des gâteaux au chocolat et des cookies au gingembre. Je passe du temps au piano. Le récital que je devais faire avec ma violoniste a été annulé mais je m’entraine quand même. Ma vie s’oriente de plus en plus vers la famille.  Mon mari, prof, s’installe dans le jardin et passe son temps à préparer ses cours virtuels. Mon fils, rentré de la fac, finit sa formation d’ingénieur dans les 10 petits mètres carrés de sa chambre.

Je réfléchis aux femmes européennes du passé. Un grand nombre d’entre elles passaient leur vie entièrement à la maison. Leur confinement ne venait pas déranger un quotidien habituellement plus grand. Il représentait la vie normale de tous les jours : famille ; ménage et cuisine ;  et pour certaines, couture, musique et peinture.

Si la majorité d’entre elles acceptaient leur sort sans question, d’autres osaient développer des horizons plus larges. Je relis l’histoire de Margaret Fell, cette anglaise courageuse du dix-septième siècle. Quaker emprisonnée dans la Tour de Londres au moment des persécutions religieuses, elle a profité de son « temps de confinement » pour lutter contre un autre confinement qui touchait la femme de son époque : l’interdiction de prêcher.  Margaret a pris son stylo et sa Bible et s’est mise à écrire. Son traité biblique : La Parole de la Femme Justifiée, en faveur de la femme prédicatrice, en fut le beau résultat.

Alors je prends mon stylo… Au boulot !

Seigneur, ta miséricorde s’étend d’âge en âge. Lorsque mon univers matériel diminue, élargis mon esprit et fais grandir mon cœur.

Juin : Préserve-moi des hommes violents…

Je suis la présidente d’un centre sociale chrétien dans la ville. Il exerce un ministère parmi des jeunes venant d’un contexte familial précaire. Cela fera bientôt trois mois que la plupart de nos entreprises sociales sont fermées. De grands défis financiers nous attendent.

Grace à Zoom, nous restons tous les jours en contact avec tous nos apprentis. Un matin, le directeur m’annonce qu’une de nos jeunes n’a pas répondu lorsqu’on l’a appelée. Elle a fait une fugue. Ses parents ne savent pas où elle est et n’expriment pas beaucoup d’inquiétude.  Pourquoi a-t-elle fui ? Qu’est-ce qui s’est passé en famille ? Avec qui a-t-elle pu être en contact ? On avertit la police.

Seigneur, tu as élevé les humbles. Entends le cri de cette jeune femme. Ne me laisse pas tranquille tant que mes sœurs seront en danger. Merci pour ces murs qui m’abritent et ce mari qui m’aime.

 

Juillet : Un temps pour abattre et un temps pour construire

Tout doucement le « lockdown » commence à s’ouvrir. Nous avons de nouveau le droit de sortir (avec un masque) et de nous réunir pour le culte  (sans chanter !) Les cafés sont ouverts.  Pourtant je constate que parfois je n’ai pas trop envie de sortir. Il me manque un peu d’assurance lorsque je prends le volant.  Je sors moins souvent qu’avant pour faire les courses. Je me rends compte – avec inquiétude – qu’en quelques mois, j’ai pris l’habitude de vivre en « lockdown » ! Les réunions par Zoom m’épuisent moins qu’au début, et les soirées tranquilles passées avec mon mari à regarder des pièces de théâtre sur YouTube, sont devenues presque rassurantes.

Alors je me remets en question.

Dans ma vie, il doit certainement y avoir d’autres circonstances qui me confinent d’une façon ou d’une autre, et auxquelles je me suis habituée sans m’en apercevoir.

Qu’est-ce qui me confine et m’empêche – dans ma vie personnelle et professionnelle ou dans ma vie d’église – de devenir la femme que Dieu voit en moi ? Quelles relations habituelles me diminuent ? Dans ma vie avec Dieu quels murs dois-je abattre, et qu’est-ce que je vais mettre à leur place ?

Seigneur, permet que je retienne tous ces événements en en cherchant le sens. Libère-moi des choses qui me confinent toujours, que je savoure pleinement la vie abondante à laquelle tu m’invites. 

Mary Cotes

À propos revdmcotes

Mary Cotes est pasteur baptiste anglaise. Ayant fait ses études doctorales de théologie, elle a exercé un ministère dans de nombreux contextes, y compris l’aumônerie d’un hôpital psychiatrique. Auteur de Quand les femmes se mettent à l’œuvre, elle est actuellement la présidente de la Milton Keynes Christian Foundation, un réseau d’entreprises sociales, fondé par les églises de la ville. Musicienne diplômée, elle donne également des cours de piano.

1 comment on “Le Confinement : Emprisonnement ou Temps d’Espérance ?

  1. Lepage Josiane

    Merci pour cet article intéressant Se remettre en question chaque jour Le Seigneur me disait que la vie ne serait plus comme avant le covid. Soyez bénie Mary. Josiane fidèle lectrice. France 🇫🇷

    Envoyé de mon iPhone

    >

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