Progresser en Église

Un jour pour la famille ou un jour pour boire ??

Joyeuse fête des mères ! C’est la première année que je reçois plein de messages me souhaitant une belle fête ce jour-là (et oui c’est normal, notre fils a 5 mois) et du coup je me sens davantage concernée par le sujet. Mais même il y a quelques années, j’avais déjà fait de petites recherches sur son origine – ou plutôt ses origines, car elles sont nombreuses : mythologiques, chrétiennes, pacifistes, féministes, … – parce que j’ai été intriguée de l’importance que pouvait prendre cette fête dans certaines cultures. 

J’ai aussi trouvé assez amusante une des scènes de la comédie dramatique française « La fête des mères » sorti en 2018 où lors d’une réunion de parents une institutrice annonce qu’il n’y aura pas de cadeau préparé par les enfants pour la fête des mères… imaginez les réactions (houleuses) !!! C’est par ailleurs un beau film propice à nous plonger dans une réflexion sur notre rapport à la maternité. 

Mais cette année il y autre chose encore qui s’est produit et qui me pousse à prolonger ma réflexion : la veille de la fête des mères, au téléphone avec ma famille, j’ai appris par ma mère qu’en Allemagne ce jour était consacrée à la famille (rien de nouveau).

Ce que je ne savais pas, par contre, c’est que la fête des pères, célébrée le jour de l’Ascension dans mon pays natal (mais jamais dans ma famille), était traditionnellement un jour où les pères sortent entre eux pour… boire une bière (ou deux, trois) ??!! 

Me voilà interloquée ; cela ne me sort plus de la tête. Dans aucun des quatre pays où j’ai vécu la fête des pères n’a été beaucoup fêtée, mais ce fait de société m’interpelle quand même énormément. La fête des mères un jour pour la famille et la fête des pères un jour pour boire ?? C’est peut-être un peu caricatural, mais est-ce que cela ne dit pas quelque chose de vrai sur notre société ? Sur le fait que les femmes sont encore davantage (et c’est très peu dire) impliquées dans la gestion du foyer et l’éducation des enfants que les hommes ? Sur le fait que la femme (chrétienne) est parfois / souvent encore censée se réaliser et s’épanouir à l’intérieur tandis que l’homme doit obligatoirement être tourné vers l’extérieur ? Sur le fait que ce qui relève de la famille est de la responsabilité de la mère ?

Que l’on ne me comprenne pas mal, ceci n’est pas un petit pamphlet contre la fête des mères – je souhaite moi-même une joyeuse fête à ma mère ce jour-là et je remercie toutes celles qui ont pensé à moi :-). Je suis convaincue que cette fête fait plaisir et fait du bien à beaucoup de mamans, et c’est tant mieux. Un jour dans l’année où l’on reconnaît leur dévouement, leur importance, leurs sacrifices, leur amour.

Mais n’y-a-t-il pas autre chose qui leur ferait plus de bien encore ? Partager les tâches quotidiennes d’une manière plus équitable selon les souhaits de chacun ? Choisir librement, sans être regardées de travers, quelle ‘maternité’ elles veulent vivre ? 

Si la fête des mères fait du bien aux mères, il me paraît important qu’elle ne serve pas d’alibi à une société qui se reposerait trop tranquillement sur leurs sacrifices en les compensant une fois par année par quelques fleurs et quelques mots bien placés : de diverses manières (par exemple en estimant systématiquement que ce sont les femmes qui doivent limiter leurs aspirations professionnelles pour le bien du couple ou de la famille), on continue souvent aujourd’hui à considérer que la qualité de la vie d’un foyer et de l’éducation des enfants repose premièrement sur la mère, alors que notre Dieu a bien prévu que deux personnes soient pleinement impliquées dans cet extraordinaire projet.

En attendant d’aller plus loin, et pour que mes réflexions puissent aboutir à quelque chose de concret j’ai suggéré à mon mari que dans notre culture familiale nous pourrions faire de cette fête une fête des parents. Un jour où nous nous souhaitons mutuellement une joyeuse fête. Un jour où nous remercions l’autre d’être véritablement le partenaire dont nous avons besoin pour vivre cette aventure de la parentalité de la manière la plus saine et apaisée possible. Un jour où nous expliquons à notre fils que papa et maman sont certes différents, mais forment une équipe et sont heureux de le faire.

Et nos Églises dans tout cela ?

Dans notre Église il est coutume de souhaiter une belle fête à toutes les mamans du haut de la chaire, ou plutôt de derrière le pupitre. L’année passée toute enceinte que j’étais, je me suis permise de souhaiter, sans beaucoup commenter, une belle fête aux mères et… aux pères (oups). De quoi préparer discrètement et sans le savoir ce qui allait suivre cette année : 

Vous trouverez ci-dessous en vidéo un exemple d’une communication bienveillante et égalitaire à ce sujet lors des annonces de notre culte le jour de la fête des mères  –  quelques semaines plus tôt en Suisse, en Belgique et en Allemagne qu’en France. (Merci à mon conjoint-collègue ! C’est tellement enrichissant de pouvoir faire équipe avec toi. Et oui, c’est le même qui est en train de jouer avec notre fils ce même jour de la fête des mères pour que je puisse mettre par écrit mes pensées).

Je termine avec quelques questions et pistes qui pourraient nous aider à aller plus loin encore dans cette réflexion : 

  • Pourquoi ne pas saisir l’occasion de cette journée pour faire, avec bienveillance, le point avec notre conjoint sur la répartition des tâches éducatives et ménagères de notre foyer ?
  • Et si nous réfléchissions comment être parent en s’inspirant des traits maternels et paternels de Dieu
  • La maternité n’est pas que physique : à l’occasion de la fête des mères, pensons à remercier toutes celles et tous ceux qui ont été pour nous mère et père dans la foi
  • Dans ce sens, comment l’apôtre Paul peut nous inspirer, femme et homme, dans notre rôle de mère ou de père spirituel ? (cf. « Quand Paul ‘accouche’… Ou ‘la maternité spirituelle pour tous’ ! » de Joëlle Sutter Razanajohary )

Alors Joyeuse fête à toutes mes mères spirituelles et tous mes pères spirituels ! 

À propos Lydia Lehmann

Lydia Lehmann est pasteur au Cépage à Bruxelles, une Eglise de l'AEEBLF (L'Association évangéliques d'Eglises baptistes de langue française). Elle exerce ce ministère en binôme avec son mari Léo. Sur "Servir ensemble" elle est responsable de la rubrique "Progresser en Eglise".

1 comment on “Un jour pour la famille ou un jour pour boire ??

  1. corjeancl

    Bravo Lydia ! Excellent article qui nous ramène à l’essentiel de notre vie de couple et qui nous enjoint de reconsidérer avec sagesse les habitudes de ce siècle. On vous embrasse tous les trois et vous souhaitons à vous deux, une très belle fête des parents 😉.

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