Témoignages

Pourquoi j’ai changé d’avis au sujet des ministères féminins (2)

Dans le post de la semaine dernière, j’ai décrit les difficultés liées au changement d’avis sur une question théologique, surtout pour ceux qui sont des évangéliques conservateurs.

Pour ceux qui le font, c’est douloureux à divers niveaux – spirituellement (cela affecte notre relation avec Dieu), émotionnellement (cela affecte notre relation avec nous-mêmes) et socialement (cela affecte notre relation avec les autres).

Pour de nombreuses personnes, comme c’était aussi le cas pour moi, avoir une théologie correcte, c’est être fidèle. Repenser une question sur laquelle j’avais un avis si tranché comme le rôle des femmes dans le ministère pastoral m’a tourmenté avec la peur de me tromper et ainsi d’être infidèle.

Pourquoi donc serais-je disposé à repenser ma position sur le ministère féminin ? Qu’est-ce qui me contraindrait à le faire ? Qu’est-ce que cela signifiait pour ma relation avec Dieu, avec moi-même et avec les autres ? Et finalement pourquoi ai-je changé d’avis ?

Je voudrais vous dire dès le départ que je n’ai pas l’intention d’expliquer des passages spécifiques (comme 1 Tm 2.11-14 et d’autres). Tellement de choses ont été dites sur les textes bibliques, tellement de publications ont été produites, qu’il faudrait des années pour les lire tous. Mon objectif ici n’est pas de vous faire changer d’avis au sujet de la consécration de femmes au ministère pastoral, ou même sur le sens d’un verset particulier. Mon but est de vous faire réfléchir sur la manière dont vous lisez la Bible et ainsi de créer un espace suffisant pour que vous soyez prêts à reconsidérer de manière nouvelle des sujets tels que les femmes dans le ministère.

Dans le cadre d’une histoire

Il est important de comprendre que je n’ai pas simplement changé d’avis sur le ministère féminin. J’ai changé d’avis sur la Bible et sur la manière de la lire. Il y a deux choses qui m’y ont conduit.

La première chose est arrivée lorsque j’ai commencé à prêcher sur des versets consécutifs à travers des livres bibliques.

Évidemment je ne l’aurais jamais admis, et personne ne le fera, mais je traitais la Bible comme un livre de théologie systématique. Si vous aviez besoin d’une preuve doctrinale pour l’une de mes nombreuses convictions, j’avais un livre relié de beau cuir qui contiendrait des centaines de versets pour défendre la position. Le seul problème était que j’avais appris la théologie systématique avant d’apprendre le contexte profond de chaque verset, chaque chapitre et chaque livre de la Bible. Quand je lisais la Bible, je la lisais à travers les lunettes de ma théologie systématique (paradoxalement je faisais cela en parlant des réformateurs qui nous ont appris comment lire la Bible sans les lunettes de l’Église catholique romaine).

Quand j’ai commencé à prêcher en prenant les livres de la Bible, un verset après l’autre, j’ai réellement rencontré des problèmes avec ma théologie systématique. J’avais choisi la solution d’acheter sans cesse des commentaires jusqu’à ce que je trouve celui qui trouvait la bonne réponse à mon problème. Finalement je trouvais ces commentaires assez rapidement, il fallait simplement que j’apprenne chez quels éditeurs se trouverait le commentaire recherché. Mais plus je travaillais le texte, plus je découvrais des problèmes de contexte – ma théologie systématique n’était pas aussi étanche que je le pensais. Mon exposition hebdomadaire à la Bible dans son contexte m’a amené à repenser à la manière dont je traitais le texte.

Le deuxième évènement s’est produit lorsque j’ai commencé à lire la Bible comme un récit grandiose de Dieu qui sauve le monde.

De lire la Bible comme une histoire, par contraste à la théologie systématique, a fait que l’arrière-plan historique – c’est-à-dire les gens, les lieux, les circonstances, etc. – devenait absolument essentiel pour comprendre ce qui se passe dans le texte. Un jour je me suis rendu compte que je ne connaissais pas grand-chose du monde du 1er siècle ; au lieu de cela, j’en savais beaucoup sur le monde du 16e siècle.

J’ai commencé à étudier le judaïsme et l’Empire romain du 1er siècle. C’est là que le Nouveau Testament est devenu vivant. Cela sonne comme un cliché, mais littéralement c’est comme si j’étais passé de la télévision noir et blanc à la télévision couleur. Cela vous donne envie de revenir en arrière et de revoir vos émissions préférées pour voir quelles sont réellement les couleurs – je relisais la Bible et je découvrais des couleurs que je n’avais jamais vues.

Quitter mon ghetto

Cette relation renouvelée avec la Bible a eu pour résultat de me sortir de mon petit ghetto théologique (mais un ghetto bruyant et influent). J’étais prêt à écouter d’autres voix – des voix d’autres générations, des voix d’autres régions du monde et des voix d’autres traditions chrétiennes. J’ai arrêté de rejeter tout ce qui ne ressemblait pas à ma manière de parler et j’ai arrêté de mettre des étiquettes sur les gens.

Pour la première fois de ma vie, j’essayais de rendre honneur à la prière de Jésus pour l’unité du corps. Cela ne voulait pas dire d’être en accord avec toutes les voix (c’est impossible), mais cela voulait dire que j’étais ouvert pour la prière et la communion de l’Église et pas seulement de MON Église.

Cette exposition à l’Église élargie  a été absolument essentielle. Rappelez-vous que dans mon milieu, avoir une théologie correcte voulait dire être fidèle. De laisser derrière moi ce que je considérais comme « une théologie correcte » contenait le risque d’être infidèle. L’Église œcuménique plus large m’a aidé à comprendre qu’il y a tellement de diversité dans le corps de Christ qu’il était impossible qu’une personne puisse proclamer qu’il ou qu’elle domine le marché de « la théologie correcte ». Oui, je laissais derrière moi mon « camp », mais je ne quittais pas le « terrain de mon camp ».

Alors qu’en est-il des femmes ?

Je n’ai pas changé d’avis sur les femmes dans le ministère ; j’ai changé d’avis sur la Bible qui demande que je sois au moins ouvert à changer d’avis sur les femmes dans le ministère. Je sais que beaucoup d’entre vous sont à l’endroit où je me trouvais.

Vous craignez que si vous changez d’avis sur une doctrine, comme le rôle des femmes dans le ministère, cela veut dire que vous êtes un vendu et devenu libéral.

Bien. Ne changez pas d’avis. Personne ne vous force à le faire, surtout pas Jésus. Cependant je crois que Jésus demande à son Église, son épouse, que nous nous aimions les uns les autres et que nous soyons prêts à nous écouter les uns les autres. Il nous demande de prendre au sérieux sa prière pour l’unité des chrétiens (Jean 17), et cette unité ne veut pas dire un manque de diversité.

Cela veut dire que nous devons nous accueillir les uns les autres au nom de Jésus lorsque nous rompons le pain ensemble et, comme c’est le cas dans toutes les fêtes autour d’un repas, que nous nous écoutions les uns les autres.

Personnellement je suis arrivé à la conviction que la qualification pour le ministère est déterminée par les dons, pas par le sexe. Je ne suis pas arrivé à cette conviction en rejetant certains textes bibliques, mais plutôt en élevant le concept de ce que cela signifie d’être biblique.

Vous n’avez pas besoin d’être d’accord avec moi, mais au nom de Jésus et de son épouse, j’ai besoin que vous m’écoutiez, comme je suis prêt à vous écouter. Et ensemble, nous avons besoin d’écouter les voix des femmes… qu’elles soient nos mères, nos sœurs, nos épouses, nos filles, et oui, même nos pasteures.

 

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