Témoignages

Marie-Noëlle Yoder, enseignante

Marie-Noëlle Yoder est enseignante de théologie pratique et d’éthique depuis 7 ans au Centre de Formation du Bienenberg. Après un parcours d’éducatrice spécialisée, puis une formation de thérapeute familiale et conjugale, son chemin l’a mené vers la théologie. Enseignante, étudiante, active dans son Église locale et maman de deux enfants, sa vie ne manque pas de saveur !

J’ai grandi dans une famille aimante et tournée vers l’Église. Mon père était tour à tour pasteur, enseignant et aumônier et ma mère le soutenait dans son ministère et les absences qui en découlaient. Je suis l’aînée de quatre enfants et je suis de nature curieuse et indépendante.

Mes parents m’ont  encouragé à travailler pour accomplir mes rêves ne faisant aucune différence entre les filles et les garçons.

Après des études d’éducatrice spécialisée, j’ai rencontré mon mari, Gabriel que j’ai épousé en 2003 et qui a toujours été un précieux soutien depuis. Ensemble, nous avions à cœur de continuer à nous former en thérapie familiale mais aussi en théologie pour créer un socle de foi que nous puissions partager et sur lequel nous fonder pour venir en aide aux situations difficiles dans et hors des Églises. Nous sommes ainsi partis étudier trois ans en Californie au Séminaire de Fresno Pacific et cela a été extrêmement bénéfique pour chacun de nous et pour notre couple. Deux bébés et trois ans plus tard, Gabriel et moi avons ouvert un cabinet de psychothérapie en libéral. Nous y avons accompagné toutes sortes de personnes et de situations. En parallèle, j’avais postulé pour devenir formatrice à l’école d’éducateurs spécialisés et, alors que tout allait dans le sens d’une embauche, le processus a subitement été avorté et m’a laissé désorientée.

Entre temps j’ai repris les études de théologie: des Études Francophones de Théologie Anabaptiste d’abord, puis la faculté de théologie protestante de Strasbourg, puis la Faculté Libre de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine.

Un poste

Je savais que le centre de formation du Bienenberg cherchait un.e nouvel.le enseignant.e et j’en parlais avec mon mari. Un matin, nous tentions de faire la liste des candidats potentiels lorsqu’il m’a dit : « mais pourquoi est-ce que tu ne postules pas ? » Je me souviens m’être cachée sous les couvertures en lui disant qu’il était complétement malade de poser la question. Il a insisté sur mon profil, mon parcours et mes compétences en me disant : « Il faudrait une femme, jeune, formée en sciences humaines et en théologie avec une sensibilité en théologie anabaptiste. Il faut qu’elle parle français, allemand et anglais. Tu en connais beaucoup toi ? ». Sa réponse m’a soufflé tant elle était évidente.

J’ai été embauchée en 2011 lorsque notre petit dernier est entré en maternelle. Le timing était parfait. Je suis émerveillée par la cohérence de ce poste avec l’ensemble de mon parcours et mes aspirations les plus profondes. Je me sens à la place que le Seigneur a préparé pour moi et je me réjouis chaque jour de pouvoir être au service de son Église.

C’est un plaisir de pouvoir travailler en bonne collégialité et complémentarité avec mes collègues (masculins). L’un d’entre eux, Michel Sommer donne son témoigne ici.

Un appel

Il y a 3 ans, à Pâques, alors que j’enseignais déjà depuis 2 ans, mon appel au ministère a été confirmé. J’étais à Besançon avec mon mari pour un week-end en amoureux et nous avons décidé d’aller au culte à l’Église réformée. Là, Emmanuelle Seyboldt a présidé le culte. Lors du moment de la cène des larmes ont commencé à couler sur mon visage.

J’ai réalisé que je n’avais jamais rencontré de femme pasteur d’un âge semblable au mien et ayant des enfants à charge. Ces larmes se sont progressivement transformées en sanglots profonds qui ont mis plusieurs heures à s’estomper. Je me rappelle avoir dit à mon mari (attention, références de mère de famille): « tu te souviens dans l’Age de glace ? La femelle mammouth croit qu’elle est un opossum  parce qu’elle n’a jamais rencontré d’autres mammouths. Ce n’est que lorsqu’elle rencontre un autre mammouth qu’elle réalise qui elle est vraiment. Tu vois, c’est pareil pour moi. C’est la première fois que je rencontre une femme de mon âge en charge d’un ministère de direction dans l’Église et j’ai l’impression que je me suis enfin trouvée. »

http _vignette2.wikia.nocookie.net_iceage_images_f_f8_Peaches's_First_Snow.JPG_revision_latest cb=20120608225423.jpg

A chaque fois que mon mari demandait avec tendresse si j’avais fini de pleurer pour que nous puissions entrer dans le restaurant et manger, les sanglots repartaient de plus belle doublés de rires. Nous avons tous les deux saisi à ce moment la profondeur de l’appel que le Seigneur m’adressait.

J’étais si habituée à travailler avec des hommes et des femmes plus âgées et/ou célibataires que je ne m’en étais jamais rendu compte. Suite à ce jour, nous avons organisé des rencontres avec des pasteurs réformées et leurs familles. Cela a été bienfaisant pour nous et depuis la création du blog Servir Ensemble, je découvre chaque semaine de nouvelles femmes dans des ministères de direction.

Un rêve

Je ne sais pas ce que l’avenir réserve, mais j’ai un rêve : celui d’une Église réconciliée, où il n’y aurait effectivement plus « ni hommes, ni femmes » (Ga 3.28).

  • Une Église où chacun pourrait servir selon les dons que le Seigneur lui accorde sans supériorité d’un sexe sur l’autre.
  • Une Église où le « sacerdoce universel » tant prôné par les réformateurs serait réellement vécu.
  • Une Église qui guérirait les hommes et les femmes blessés par les abus de pouvoir et la lutte entre hommes et femmes.
  • Une Église qui serait porteuse d’un message d’espérance concret et incarné pour les deux sexes.

Ce rêve résonne parfois ici ou là et transforme des vies et des Églises. Cet article est une invitation à continuer de l’incarner, même de manière imparfaite dans nos Églises, nos structures et nos institutions avec l’assurance qu’un jour les relations et les identités seront pleinement restaurées et que la communion sera pleine et entière.

J’ai confiance, que Celui qui a appelé son peuple à être le temple de sa présence, continuera à l’habiter et à l’inspirer. J’ai confiance que Celui qui a guidé mes pas dans cette direction continuera à m’accompagner sur ce chemin.

Marie-Noëlle Yoder est enseignante en théologie pratique et en éthique au centre de formation du Bienenberg (Suisse). Elle est aussi éducatrice spécialisée et thérapeute familiale et conjugale.

0 comments on “Marie-Noëlle Yoder, enseignante

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :