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Femme et autorité

1 Co 11.3 affirme que l’homme est chef de la femme et le verset 10 confirme cela selon bien des traductions à notre disposition. La Nouvelle Édition de Genève (NEG) 1979 dit :

C’est pourquoi la femme, à cause des anges, doit avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend.

La Bible du Semeur 2000 formule les choses autrement :

Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête un signe de son autorité, à cause des anges.

De quelle autorité est-il question ?

De l’autorité du mari à laquelle la femme est soumise, selon la première version ? Ou, au contraire, de l’autorité qui appartient à la femme, selon Semeur 2000 ?

Que dit le grec dans le texte original? Nul ne sera surpris d’apprendre que, lorsqu’il s’agit de traduire un texte très concis, il faut ajouter quelques mots pour en rendre le sens. Mais que penser lorsque les textes des différentes Bibles se contredisent ?

Une traduction très littérale est utile à celui qui n’est pas à l’aise en grec et ne peut pas lire le texte d’origine. Celle de John Darby, par exemple. Darby rajoute entre parenthèses les mots qui ne figurent pas dans le grec. Pour avoir une traduction littérale, il suffit d’enlever ce qui est entre parenthèses.

Darby traduit 1 Co 11.10 par : « C’est pourquoi la femme, à cause des anges, doit avoir sur la tête [une marque de l’]autorité [à laquelle elle est soumise] ».

Si l’on enlève le texte rajouté et que l’on déplace ce qui en grec est en fin de phrase cela donne la traduction littérale : « C’est pourquoi la femme doit avoir autorité sur la tête à cause des anges. »

Un texte ambigu ?

A première vue, le sens de ce texte est ambigu. Il pourrait s’agir tout autant de l’autorité qui appartient à l’homme qu’à celle de la femme. Nous sommes dans le flou, mais pour le lecteur grec d’il y a 2000 ans, le sens des trois mots grecs exousian echein epi (en français : « avoir autorité sur ») était clair.

« Avoir autorité sur » est une formule active. Elle désigne la personne qui exerce l’autorité et non celle qui la subit.

Lorsque Jésus dit en Matthieu 9.6 « avoir autorité sur », il est bien question d’une autorité qu’il exerce et non de celle qu’il subit.

Vérifions : « Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir (en grec : exousian echei epi = a autorité sur) de pardonner les péchés : Lève-toi, dit-il au paralytique, prends ton lit, et va dans ta maison ». ( // Luc 5.24). D’autres textes qui parlent de quelqu’un qui « a autorité sur » et lui attribue une autorité qu’il exerce sont Ap 11.6 ; 14.18 ; 16.9 ; 20.6.

Sur quoi la femme a-t-elle autorité ?

Puisque 1Co 11.10 dit de la femme qu’elle « a autorité sur », voyons sur qui ou quoi elle a autorité. Paul écrit que la femme a autorité sur « la tête ». Cela peut vouloir dire deux choses :

  1. Soit Paul parle de la tête de la femme au sens littéral, de celle qu’elle porte sur les épaules et dont il est question aux versets 4 à 6. Ainsi la femme exerce une autorité sur sa tête pour la (se) coiffer comme elle le désire.
  2. Soit Paul parle de la tête de la femme au sens figuratif, de celle dont il est question au verset 3. Bien que le grec y parle de « tête » (kephalé), beaucoup de traductions ont préféré rendre cela par « chef ». Retenons que le grec utilise un seul mot, kephalé, que l’on traduit en 1 Co 11 soit par « tête » lorsqu’il s’agit de ce que l’on porte sur ses épaules, soit par « chef » lorsque le traducteur pense qu’il s’agit d’une métaphore. Ainsi au verset 3 la « tête » aurait le sens métaphorique de « chef ».[1]

Résumons

1. Au verset 3 Paul dit que la tête de la femme, c’est l’homme.

2. Au verset 10 Paul indique que la femme doit exercer son autorité sur la tête.

3. Selon le verset 3, cette tête est l’homme

Nous retenons que ce que Paul enseigne est que la femme est appelée par Paul à exercer son autorité sur l’homme.

J’ai souvent entendu le reproche que, par cette interprétation, je fais dire à la Bible le contraire de ce qu’elle enseigne. Je comprends très bien ce reproche. Mais n’est-il pas vrai que la traduction très répandue du verset 10 affirme clairement, et cela depuis plus de 100ans, le contraire de ce que dit le grec ? Rappelons les citations faites en entrée.

Cela ne gêne que très peu de chrétiens que les traductions les moins récentes disaient le contraire du grec.

Une autorité de service

Beaucoup de chrétiens trouvent insupportable l’idée que la femme puisse exercer une autorité sur l’homme. Je les comprends. Car lorsque je leur demande de me décrire cette autorité et que j’entends que jamais une femme n’aurait le droit de dominer sur un homme, j’éprouve les mêmes émotions qu’eux.

Deux, voire trois fois dans l’évangile de Marc (ch 9 et 10) Jésus doit expliquer aux disciples ce que c’est que d’être grand, un chef, une personne d’autorité. Marc 10.42 « Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les dominent. 43 Il n’en est pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur ; 44 et quiconque veut être le premier parmi vous, qu’il soit l’esclave de tous. 45 Car le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de beaucoup. »

Jésus parle de ce qui peut être appelé une autorité de service. Paul en parle aussi. Voyons l’usage du nom exousia (autorité) et du verbe exousiazô (exercer l’autorité) dans la première lettre aux Corinthiens. Ces deux mots grecs sont traduits de tant de manières différentes qu’il est impossible de les repérer en français. C’est pourquoi je cite les versets en plaçant le mot grec directement après celui qui le rend en français.

Nous voyons que les deux ont autorité sur le corps de l’autre et que chacun ne doit pas exercer cette autorité pour dominer sur l’autre, mais pour lui rendre ce qu’il lui doit, ce qui est pour son bien. C’est là le sens du commandement du verset précédant : « que le mari rende à sa femme ce qu’il lui doit, et que la femme agisse de même envers son mari ».

Trois exemples bibliques confirment cette compréhension:

L’autorité dans l’église voulue et vécue par Jésus-Christ est uniquement celle qui est au service de l’autre. Paul aussi fait tout pour ne pas être une pierre d’achoppement au faible. Il n’exige rien d’autre pour tout chrétien. Pour Paul la motivation de base pour ce type de service et de gagner le plus grand nombre de personnes à l’Évangile.

Voilà l’autorité de la femme « sur la tête » qu’est l’homme. Quel privilège n’avons-nous pas, hommes, de savoir que c’est ici le type d’autorité que les femmes exercent sur nous.


Dr. Matthias Radloff était opposé à l’enseignement et à la prédication des femmes. En étudiant les textes bibliques pour son doctorat, il a complètement changé d’avis. Pour les courageux, sa thèse est disponible ici dans son intégralité. Vous pouvez lire ici son cheminement personnel ou regarder des vidéos (payantes) dans lesquelles il explique les textes bibliques clés qui parlent des femmes, de l’autorité et du ministère.


[1] Au verset 3 la « tête » a bien un sens métaphorique. Les uns donneront un sens d’autorité en traduisant par « chef ». Mais cette traduction est contestée. Le mot kephalé peut tout aussi bien être traduit par « source » ou « origine ». Puisqu’il faut choisir entre ces deux possibilités, alors tenons compte du contexte. Puisque le verset 10 dit clairement que la femme a autorité sur la tête, et que cette tête est l’homme, alors le verset 3 ne peut pas dire le contraire en donnant à l’homme l’autorité sur la femme.

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