Cet été, j’ai eu la chance de me trouver à Florence quelques jours. Entre deux glaces italiennes, nous avons visité l’incontournable Galerie des Offices, un musée rempli de chefs-d’œuvre et de nombreuses variations sur certains thèmes religieux. Alors que je flânais parmi les salles remplies de « Vierges à l’enfant », un tableau a attiré mon attention : une représentation de Sainte-Cécile.
Je ne savais pas grand-chose de Sainte-Cécile, si ce n’est qu’elle est la patronne des musiciens. Mais ce tableau m’a interpellée. Sur une des vignettes, Cécile est dépeinte, débout, entourée de personnes assises qui semblent l’écouter. La légende confirme : « Cécile prêche un sermon ».

Ma curiosité était piquée. De retour à la maison, j’ai alors plongé dans « La Légende dorée », ce recueil médiéval qui raconte les vies des saints — que mon mari féru de littérature et de théologie avait bien sûr dans sa collection.
L’histoire de Sainte-Cécile
Au IIIe siècle, Sainte-Cécile était une noble romaine qui avait consacré sa vie à Dieu dès son jeune âge, prenant le vœu de virginité. Mariée contre sa volonté à un homme nommé Valérien, elle révèle sa foi et son vœu à son époux. Valérien (après quelques vérifications) accepte de respecter son vœu, fait une expérience spirituelle et se convertit au christianisme. Il est baptisé par le pape Urbain, suivi par son frère Tiburce qui a été touché par la foi de Cécile et Valérien.
Cécile et ses compagnons deviennent des disciples dévoués, dédiant leur vie à distribuer des aumônes et ensevelir les corps des martyrs. Cette activité illégale leur attire les foudres du préfet, qui fait d’abord arrêter les deux frères. Ils sont alors mis à mort, mais pas avant d’avoir témoigné de leur foi et conduit à Dieu le soldat qui les gardait. Le préfet cherche alors à arrêter Cécile, mais celle-ci évangélise les plus de 400 soldats qu’il a envoyé, et les confie au pape Urbain pour qu’il les baptise.
Cécile est finalement condamnée à mort. Elle survit miraculeusement encore trois jours à son martyre, durant lesquels elle prend le temps de recommander «tous les fidèles qu’elle avait convertis» au pape Urbain (qui décidément n’est pas très actif dans l’histoire et semble simplement attendre que Cécile prenne l’initiative). Cécile meurt en l’an 200 sous l’empereur Alexandre, et saint Urbain, après l’avoir ensevelie, transforme sa maison en église comme elle l’avait demandé.[1]
Des échos dans le présent
Bien sûr, son récit comporte son lot de bizarreries, comme c’est souvent le cas avec les vies des saints. On y parle de sa virginité farouchement protégée, d’un ange qui est son amant, de couronnes de fleurs invisibles, d’eau bouillante qui semble fraîche. Mais en lisant entre les lignes, ce qui ressort avant tout, c’est son rôle d’autorité et d’enseignement : envers son mari, envers son beau-frère, envers les centaines de personnes qui croisent sa route. Cécile nous rappelle que les femmes ont toujours eu une place dans l’enseignement et la transmission de la foi. Ce tableau et ce récit m’ont encouragée. Je souhaite en les partageant réconforter d’autres femmes dans leurs ministères ; dans leurs ministères reconnus, et dans leurs ministères invisibles.
Cet article a été traduit en anglais par CBE et publié sur leur blog Mutuality.
[1] Jacobus, La légende dorée, trad. par Teodor de Wyzewa, Points. Sagesses 137 (Paris: Editions du Seuil, 1998), 719‑25.


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