Progresser en Église

Défendre les ministères féminins, un travail d’homme?

« Quand une femme argumente en faveur de la place des femmes dans les ministères de direction, cela sonne toujours comme une revendication égocentrique. C’est aux hommes de le faire ! »

Cette phrase, entendue plusieurs fois dans des Églises me laisse songeuse… Elle est à la fois compréhensible, … et à la fois inentendable. Voici pourquoi.

La question de la revendication égocentrique

Il est parfois reproché aux femmes qui prennent part au débat de la place des femmes dans les ministères de direction, de défendre leurs droits et leurs privilèges. Quand une femme dit que les femmes peuvent être appelées à un ministère pastoral, ce qu’elles semblent dire au fond, c’est qu’elles-mêmes pourraient tout à fait occuper de telles fonction dans l’Église.

« L’amour ne cherche pas son propre intérêt » rappelle l’apôtre Paul (1 Co 13.5). Dans le peuple de Dieu, point de place pour l’orgueil et les luttes de pouvoir. Au contraire « que celui qui veut être le plus grand, soit le serviteur de tous » (Mt 20.27, 23.11, Mc 10.43-45). Pas de place au sein du peuple de Dieu pour les jeux de coudes pour savoir qui sera le chef. Le seul exemple donné par Jésus lui-même est celui d’un Dieu qui s’abaisse et qui se donne par amour pour les autres.

Bien sûr l’argumentaire de femmes peut être de nature égocentrique. Toutefois, ce modeste tour d’horizon ne serait pas complet sans souligner que, globalement, l’Église a été le lieu de grandes luttes de pouvoir entre les hommes, alors même que la question des femmes ne s’y posait pas. Durant la majeure partie de l’histoire de l’Église, la dignité même des femmes en tant que créatures à l’image de Dieu leur a été déniée. Elles ont été écartées par des hommes qui se croyaient comme seuls créés à l’image de Dieu. Difficile de ne pas y voir une revendication égocentrique…

La question de la revendication égocentrique traverse donc les sexes et n’est pas le danger seul des femmes. Tout argumentaire, dans un sens ou dans l’autre, peut-être fait consciemment ou non à des fins égocentriques. Nous devrions plutôt dire : « Quand un humain argumente, il court toujours le risque d’un argumentaire égocentrique ». Tout chemin de sanctification appelle à la vigilance : est-ce bien Jésus et son projet qui sont au centre ?

C’est aux hommes de le faire !

En tant que femme j’apprécie toujours quand des hommes argumentent bibliquement en faveur de la reconnaissance des dons des femmes. Ce que j’entends, et que de nombreuses femmes entendent, c’est qu’elles existent à part entière dans le peuple de Dieu. Elles ont été vues avec leurs dons et il leur est rappelé qu’elles ne sont pas une sous-catégorie et qu’elles sont-elles-aussi dignes d’être appelées par Dieu dans toutes sortes de services, sans aucunes limites liées à leur sexe. Il est donc nécessaire que les hommes prennent la parole pour:

  • Reconnaître les erreurs du passé. Certains hommes prennent progressivement conscience des dégâts du passé et reconnaissent les torts commis par la gente masculine et l’abus de pouvoir au passé et au présent. Ils reconnaissent l’utilisation de certains versets pour noyer toute dignité humaine féminine. Parfois cette prise de conscience débouche sur une demande de pardon. Cela motive alors hommes et femmes ensemble à avancer sur un chemin communautaire de restauration et de guérison.
  • Apprendre à se considérer comme des vis-à-vis. N’est pas là la clé d’un service mutuel vivifié ? J’ai été très touchée lorsqu’un homme m’a passé le plateau de Cène et m’a dit : « je te considère comme un vis-à-vis dans le service ». Il avait besoin de le dire parce que cela n’avait pas été le cas jusque-là. Sa reconnaissance et cette considération ont posé un beau fondement pour notre service commun.

Les hommes peuvent être des alliés et leur parole est nécessaire et guérissante. Elle est la parole des « forts », envers celles que l’Église a trop longtemps considérée comme « faibles ». Les hommes sont majoritaires dans la direction d’Église et leur parole est plus que jamais attendue sur la reconnaissance et l’encouragement des dons de leurs sœurs.

  • Le lieu de discernement d’un ministère est majoritairement un lieu d’hommes. L’appel à un ministère peut être reconnu dans un parcours personnel, mais la reconnaissance par l’Église l’établit! La reconnaissance est donc majoritairement dans les mains des hommes.
  • La parole des hommes est toujours considérée avec davantage de crédibilité de celle des femmes et elle est un levier majeur de l’évolution dans les églises. C’est un fruit de notre histoire avec lequel il faut composer et qu’il faut apprendre à dénoncer.

Messieurs, votre rôle dans ce débat, est de soutenir la parole des concernées. Oui que les hommes fassent entendre leur voix contre la misogynie qui freine et décourage le ministère des collègues féminines !

La question de la parole des femmes

La parole des concernées, justement, parlons-en ! L’affirmation commentée est justement problématique parce qu’elle souligne que les hommes seraient les seuls qui devraient porter cette parole. Cette affirmation semble sous-entendre des vérités peu assumées qui sont en réalité prévalentes :

  • la parole des femmes ne se suffit pas à elle-même
  • la parole des femmes n’est pas crédible
  • la parole des femmes ne peut exister que si elle est validée par un homme

Or, cette négation de la parole des femmes a trop longtemps été la marque du christianisme (et de toutes les autres religions).

Réhabilitée!

En Jésus, la parole des femmes a été réhabilitée et une autorité lui a été confiée. La proclamation de la nouvelle extraordinaire de la résurrection a été précisément confiée à des femmes (Mt 28.1-9).

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Traduction: « Jésus est ressuscité! Il est vivant! » / « Mieux vaut envoyer un homme pour vérifier cela. » Lc 24.24

Les femmes ont reçues des dons d’enseignement (1 Co 14.26) et sont elles-aussi appelées à transmettre cet enseignement à d’autres:

« Ce que tu m’as entendu enseigner devant de nombreux témoins, confie-le à des gens sûrs. Ils doivent être capables eux-mêmes de l’enseigner aussi à d’autres. » (2 Tm 2.1)

Croire que la parole féminine ne peut être crédible c’est vivre selon un mensonge pervers qui a accompagné les femmes tout au long de l’histoire du christianisme et qui a fait taire un grand nombre de témoins.

Mesdames, nos histoires, nos parcours, nos appels sont une part essentielle de la conversation. Nous sommes concernées par ce débat et nos voix doivent faire partir du dialogue faute de quoi il s’agira de nouveau « des femmes » comme des protagonistes extérieures, spectatrices de l’histoire. Utilisez- donc la parole et l’autorité que Dieu vous a donné pour participer au dialogue, en tant que vis-à-vis avec les hommes !

Porter la parole ensemble dans l’intérêt de l’Église

Lors d’un débat sur la douloureuse question du service des femmes, la question a été posée par une participante.

« A quoi devriez-vous renoncer si un avis autre que le vôtre l’emportait dans l’Église ? »

Si la vision hiérarchique de l’homme et de la femme devait continuer à prédominer, j’aurais mal à l’Église. Il ne s’agit pas seulement de moi, des autres femmes qui se donnent corps et âme dans un ministère à la suite de Jésus, mais il s’agit du peuple de Dieu douloureusement amputé de la moitié de ses dons de direction, de la moitié de sa parole.

Par amour pour l’Église, hommes et femmes doivent continuer à dénoncer les injustices qui la divisent, qui la fragilisent et qui la décrédibilisent. Femmes concernées et hommes alliés sont appelés à élever leurs voix ensemble pour dénoncer ce qui, du passé et du présent, défigure le plan de Dieu pour l’Église et pour le monde.

3 comments on “Défendre les ministères féminins, un travail d’homme?

  1. Blondeau Raymonde

    Bien sûr, tout à fait d’accord. Mais il ne faut pas oublier d’en convaincre aussi les femmes, car même dans mon église, il y a des femmes qui sont convaincues que seule la parole des hommes est « valable »…

    Aimé par 1 personne

  2. BURNOD Marc

    Lecteur assidu de ce blog créé par mon amie Joëlle Razanajohary, je ne peux qu’adhérer totalement à cette réflexion. Etant actuellement plongé avec passion dans la lecture de divers ouvrages sur ce sujet, je découvre avec grand intérêt les racines fort anciennes de ce mal dramatique qu’est la mise à l’écart, et au silence, des femmes, tant dans la société que dans l’Eglise. Mais l’Eglise (et surtout les hommes qui s’en sont approprié la direction) a une grande responsabilité dans cet appauvrissement général, car la révolution d’Amour apportée par Jésus – les évangiles en témoignent avec clarté ! – a bien vite été étouffée par les réflexes misogynes des « mâles dominants » (et surtout dominateurs !). Et cette nouvelle société voulue par le Seigneur, sur la base du principe de « serviteurs les uns des autres » dans le vécu pratique de la diversité-égalité-complémentarité non hiérarcisée, telle qu’elle commençait à s’exprimer dans les communautés chrétiennes des deux premiers siècles, a été très tôt empêchée de se développer, dans l’Eglise… et donc dans le monde qu’elle était chargée d’évangéliser.

    Et ce qui m’émerveille particulièrement, dans le temps que nous vivons, c’est de voir cette sorte de « résurrection » qui se produit dans l’Eglise, sur deux points fondamentaux: le retour de la juste place de la femme dans l’Eglise et dans le monde, et parallélement à cela, la redécouverte de l’importance de la communauté de proximité (églises et groupes de maisons notamment). Car c’est justement dans ce contexte-là, simple et authentique, et non hiérarchisé, que peut à nouveau se pratiquer l’expression de la formidable diversité des dons, capacités, potentialités, compétences, services particuliers, qui sont la richesse de l’humanité dans son extrême diversité, et donc d’autant plus dans l’Eglise où l’Esprit du Seigneur est à l’oeuvre – si on Le laisse s’y exprimer !

    C’est pourquoi je pense qu’il est important d’élargir encore la vision de la place des femmes dans l’Eglise – et dans le monde – au-delà du problème particulier des responsabilités de direction et d’enseignement. Bien sûr, les choses étant ce qu’elles sont depuis si longtemps, il est important qu’ « à la tête » , les femmes soient présentes et agissantes, pour influencer positivement les changements indispensables qui commencent à s’opérer. Mais bien plus largement, ce sont les multiples richesses particulières du « féminin » qui doivent être à nouveau redécouvertes et mises en valeur, pour enrichir l’ensemble de la vie sociale, tellement durcie et desséchée par des siècles de pouvoir masculin… En commençant par l’Eglise, bien entendu !

    Alors bravo, merci… et bon courage, pour le formidable élan que vous contribuez à donner, par ce blog, à l’essor d’une Eglise enfin « complète » et riche de toutes ses diversités !

    Aimé par 1 personne

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