Textes bibliques

Est-ce qu’il y a des ‘femmes-anciens’ dans la Bible?

L’un des arguments les plus souvent utilisés pour refuser aux femmes des rôles d’autorité et de direction dans les communautés chrétiennes est celui du silence des textes à ce sujet ! Nulle mention- à priori-, de femmes dans les passages qui parlent des anciens, c’est-à-dire de la seule structure d’autorité directionnelle reconnue par tous…

Dans leur livre ‘Les femmes dans le ministère chrétien’, Georges et Dora Winston abordent les textes néotestamentaires avec rigueur et minutie, ainsi que l’ensemble des affirmations habituellement utilisées pour refuser aux femmes les places et rôles d’autorité dans l’église. Cette épineuse question des femmes-anciens est abordée dans la toute dernière partie du livre, qui concerne les charges officielles dans l’église, au chapitre 20 : «Une femme peut-elle exercer la charge d’un ancien ?» (Page 441 à 458).

Winston

Le texte publié ci-dessous est un résumé de leur position. Si cette question vous intéresse je ne peux que vous inviter à lire l’ensemble de l’ouvrage, nous avons inséré un lien en fin d’article.

(les passages en italiques sont des reproductions telles quelles).

« Le Nt reconnait 3 offices distincts dans l’église chrétienne : ceux d’apôtre, d’ ancien/surveillant/pasteur et de diacre. Nous avons montré au chapitre 17 que les termes anciens (presbuteros), surveillant (episkopos) et pasteur (poimen) ne désignent pas 3 offices ecclésiastiques distincts, mais 3 aspects d’une seule et même fonction. (…) Le terme ‘ancien’ met en exergue l’âge et la maturité exigés par l’office, le mot ‘surveillant’ évoque l’autorité attachée à la charge et le nom ‘pasteur’ décrit la tâche de berger qui accompagne l’office. (…)
L’argument le plus souvent utilisé contre la fonction d’ancien exercée par des femmes est le silence du Nt en la matière. Alfred Kuen écrit : « Dans le NT, il n’y a aucune mention d’une femme-ancien » et « Le mot ‘ancien’ est toujours au masculin et se rapporte à des hommes ». L’attention portée au passage suivant montre toutefois que cette affirmation n’est pas fondée. »

G. et D. Winston reproduisent ici le texte complet de 1 Timothée 4.11 à 5.22 en soulignant les mots grecs utilisés, notamment en 4.13 (presbuteriou-les anciens), en 5.1 (presbuterô-ancien) et en 5.2 (presbuteras-femmes-anciens).

« Ce passage de 28 versets contient deux références à des femmes-anciens, la première sous le nom de ‘presbuteras’ (féminin de presbuteros) et la deuxième sous le nom de ‘veuves âgées’. »

Les auteurs analysant le contexte large du passage en question, affirment que l’ensemble du texte s’intéresse à l’organisation de l’église et aux offices ecclésiastiques: Le but de Paul est dans cette épître, de donner au jeune Timothée des conseils sur la manière de construire une communauté solide. Ces sujets sont justement abordés en profondeur dans les chapitres 3, 4 et 5. De la même manière, les Winstons affirment que le contexte immédiat du verset 5.2 qui mentionne les ‘presbuteras’ est celui de la constitution d’un groupe d’anciens (4.13). Ils soulignent que les 5 occurrences de la racine ‘presbuter’ qui se rattachent à l’anciennat et que comprend l’épitre se situent tous dans cette section ! C’est également dans cette section Paul fait mention 4 fois de l’établissement dans une fonction dans l’Église, ainsi que 4 fois d’une rémunération rattachée à l’exercice de cette fonction !

C’est donc bien le leadership dans l’église qui est le point de mire de ce passage. « Et lorsqu’il est fait mention explicite des femmes dans 15 des 28 versets, il est difficile de ne pas voir qu’elles aussi peuvent faire partie d’un groupe d’anciens assurant le leadership, officiellement reconnues et rémunérées. »

Pour ce qui concerne la traduction du terme ‘presbuteras’ par femmes-âgées, le couple Winston reproduit les 65 occurrences néotestamentaires du terme avec en regard la traduction française de la Bible de Genève. Dans un seul cas, le sens est indubitablement celui de ‘vieillard’: en Actes 2.17, puisque c’est une reprise du texte du prophète Joël: ‘Vos vieillards auront des songes’. Toutes les autres références désignent des personnes occupant un rang élevé et exerçant un office religieux formel, sauf, pour certains traducteurs, le terme féminin ‘presbuteras’ de 1Tm 5.2 au motif que les femmes ne peuvent être anciennes ! Le terme adjacent ‘presbuteros’ de 5.1 voit alors lui aussi son sens plus qu’habituel d’ancien, transformé en ‘vieillard’ afin de garder la cohérence de l’ensemble du texte. Malheureusement, cette traduction a obtenu les faveurs de l’ensemble des traducteurs français jusqu’à présent!

Cependant, Georges et Dora Winston remarquent que « Pour décider comment traduire un mot donné, il faut tenir compte de son contexte. Trois versets plus haut, (4.14), on trouve le mot ‘presbuteriou’ qui, pour tous, fait référence aux anciens pris collectivement, c’est-à-dire le collège ou l’assemblée des anciens. Peut-on raisonnablement penser que trois verset plus loin, presbuteros désigne ‘vieillard’ et presbuteras, ‘femme-âgée’ ? Plus loin, dans le chapitre, les deux occurrences de presbuteros s’appliquent incontestablement à l’office d’ancien (5.17 et 19). Est-il logique de penser qu’au début et à la fin de la section considérée, le mot grec revête un certain sens et qu’au milieu, il ait un autre sens ? »

Plus loin, les auteurs démontrent que lorsque Paul fait référence à l’âge uniquement, sans lien avec l’office ecclésiastique, lorsqu’il souhaite parler des vieillards et des femmes âgées, il utilise le terme ‘presbutès’ en se gardant bien de reprendre celui de presbuteros. Tite 2.2 et Phm 9 en sont de bons exemples. Cette différence nécessaire à faire entre les racines presbu- et presbuter- aboutit pour les Winstons à l’obligation de conserver le sens de ‘femmes-anciens’ pour le terme presbuteras de 1Tm 5.2.

« Ceux qui ne peuvent contourner cette conclusion concernant le sens du texte se retranchent parfois derrière une dernière difficulté : Ils déclarent qu’une seule occurrence du féminin ‘presbutera’ ne suffit pas pour admettre que les femmes aient pu accéder à l’office d’ancien. Mais la seule mention de presbutera est entourée du masculin presbuteros qui inclut les hommes et les femmes. I. Howard Marshall explique la grammaire : Le masculin était la forme grammaticale correcte d’un groupe qui incluait les deux sexes. La Bible montre clairement que le nom masculin ‘anthropos’ inclut explicitement les femmes, (Rm 7.1-2) et le masculin ‘frère’ inclut les sœurs (Jc 2 .14-15) »

Enfin, dans un long développement, les deux auteurs s’intéressent aux passages sur les veuves et leur inscription –sous conditions- sur ‘un rôle’ c’est-à-dire une liste d’office ecclésiastique.

Ils démontrent ainsi :
– Que le contexte est le même que celui des anciens au niveau de l’établissement et de la rémunération
– Que les attentes pour les veuves sont rigoureusement les mêmes que celles décrites pour les anciens (parallèle parfait par exemple entre Tt 1.5-9, 1Tm 3.1-7 et 1Tm 5.3-16 : «mari d’une seule femme, femme d’un seul mari, etc… »)
– Que l’histoire (Voir ‘Le pasteur d’Hermas’ et ‘la vie de Chrysostome’, 2ème siècle, mais aussi ‘Le testament de notre seigneur Jésus-Christ’, 5ème siècle) a gardé des traces de ces fonctions féminines, qui ne pouvaient être autre chose que de l’anciennat et certainement pas du diaconat, puisque Paul a déjà traité ce sujet dans 1Tim 3 :8-13.

WomenBishopsL

En résumé, pour nos auteurs, l’ensemble du passage:

« est entièrement axé sur le thème de l’ancien. Paul parle d’abord d’une manière générale des anciens, hommes et femmes (presbuteros et presbuteras), puis il passe à une catégorie particulière d’anciens, les veuves en 5.3-16, avant de revenir aux anciens au verset 17. Comme le nom ‘presbuteros’ est la forme grammaticale correcte désignant un groupe mixte, l’interprétation la plus logique est d’admettre que ce terme englobe les personnes mentionnées initialement en 5.1-2, c’est-à-dire des anciens hommes et des anciens femmes. Le fait que 5.17-18 aborde la même question relative aux anciens que celle qui vient juste d’être traitée concernant les veuves (5.3-16), à savoir :

  1. La maturité,
  2. L’office,
  3. Le salaire versé par l’église pour…
  4. … un ministère pastoral

…ce qui confirme que les hommes et les femmes mentionnés dans cette sections sont des anciens.

Nous en concluons que 1 Timothée délivre une leçon claire : les femmes ne doivent pas être exclues de l’office d’anciens en raison de leur sexe. »

Nous voulons ici remercier Georges et Dora Winston pour les remarquables précisions et l’admirable rigueur du travail qu’ils ont réalisés dans ce livre.

Joëlle Sutter-Razanajohary

14 comments on “Est-ce qu’il y a des ‘femmes-anciens’ dans la Bible?

  1. Je vais de ce pas acheter le livre des Winston : leur argumentaire exégétique me semble a priori très convaincant, voire décisif.
    Merci de votre article qui m’en a donné un aperçu.

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  2. Claire Poujol

    Bonjour Robin. Tu vas te régaler avec ce livre.Je l’ai lu l’an dernier, je reconnais que c’est un énorme pavé, mais ce que j’ai senti, c’est la très grande honnêteté intellectuelle des auteurs.

    Aimé par 2 personnes

    • Robin Reeve

      Salut Claire,
      Je vais non seulement le lire, mais le recommander pour la bibliothèque de la HET-PRO.
      Je suis content qu’il y ait un ouvrage de fond sur le sujet du ministère féminin (en anglais, j’ai beaucoup aimé Discovering Biblical Equality, sous dir. Gordon Fee).

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      • Robin Reeve

        En plus, c’est Excelsis qui publie le livre… et Forum Emmaüs distribue cet éditeur en Suisse !
        Je ne sais pas comment le bouquin est passé sous mon radar et comment nous avons omis de l’ajouter à notre bibliothèque.
        J’ai reçu le livre à titre personnel et je l’ai indiqué sur la liste des futures achats pour la bibliothèque.

        Aimé par 2 personnes

  3. Françoise

    Quand je regarde les strongs pour 1 Tim 5.2 j’ai « Presbuteros » et pas presbuteras-femmes-anciens.

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  4. Françoise

    Je comprends bien Joëlle, mais je ne peux pas lire le grec, donc tout ce que j’ai à ma disposition ce sont les strongs. …ou les traductions de nos Bibles.Alors où est la solution quand on veut vérifier et avancer
    ?

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    • C’est une excellente question ! Malheureusement, à part se lancer dans l’apprentissage des langues, il n’y a que des solutions ‘boiteuses’ du point de vue de la vérification. Essayez l’interlineaire ? Lorsqu’il est couplé avec un dictionnaire des termes bibliques, ça donne une première idée générale assez bonne. Mais cela ne règle de loin pas tous les problèmes. Ici, par exemple, il n’y a aucun doute, il y a un féminin pluriel. Mais comment faut il le traduire ? C’est le cœur de la difficulté.

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    • À moyen terme, réviser les traductions.
      On a déjà évacué la blondeur de David – Segond avait manifesté un racisme anti roux moyenâgeux, conservant la rousseur à Ésaü (personnage funeste) mais traduisant à tort que David était roux.
      Segond a fait pencher en plusieurs lieux les textes dans un sens hiérarchiste, ajoutant même des termes inexistants en grec pour appuyer ses choix…

      À court terme, enseigner et prêcher sur ces questions, avec une argumentation honnête.
      Ça implique aussi la reconnaissance des ministères d’enseignement dans des milieux qui pensent qu’il suffit de sa Bible en français et d’un peu de bon sens pour se prétendre apte à ce rôle…

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      • Oups : Segond avait traduit que David était *blond* !
        (les révisions de sa version ont corrigé le problème).

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      • Autre possibilité sur le court terme, travailler sur le plus grand nombre de traductions possibles…

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      • Françoise

        Merci de toutes vos réponses. C’est un travail de longue haleine et ce n’est pas gagné. Fut un temps les non chrétiens doutaient de « nos écrits » que nous leurs présentions comme la Parole de Dieu, maintenant c’est « nous » qui doutons non seulement de ce que nous lisons dans nos Bibles, mais aussi de ce que nos enseignants nous ont inculqué. On en revient encore à « Dieu a-Il réellement dit ? ». De mon côté j’avance comme je peux, en solitaire car je ne vois aucune ouverture dans mon entourage, peu de personne osent aller plus loin et préfèrent se laisser porter par ce qu’elles ont toujours connu : être une brebis ou être un mouton ? Je suis déjà sortie du lot des « membres » de l’Eglise afin que l’on n’attende pas de moi que je sois un clone de quelqu’un d’autre. A plusieurs occasions je me suis prononcée, devant l’Eglise, et devant les anciens ou le pasteur sur l’une ou l’autre chose ce qui m’a valu de « bons retours » (choses s’entend) mais aussi des confidences sur le ressenti des anciens qui m’ont avoué avoir peur de moi et devoir prier avant de me rencontrer ! Ils savent que je ne suis pas toujours d’accord avec eux, et j’échappe à leur contrôle mais quand je me suis convertie j’ai dit au Seigneur « je ne veux pas jouer à l’Eglise » et c’est toujours le cas, c’est devant Dieu que je veux me tenir.

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