Progresser en Église

De l’urgence d’apprendre à interpréter la Bible et à dialoguer

Publié par Marie-Noëlle Yoder, le 18/05/18

Il y a des sujets chauds ; des sujets qui fâchent et que nous évitons d’aborder en Église ou en famille. La personne qui ose transgresser le tabou en mettant la question sur la table risque de se prendre un tsunami émotionnel. Vous l’avez sûrement déjà expérimenté. Le ministère pastoral féminin et la collaboration hommes-femmes au sein des ministères en fait partie. Mais le sujet n’est pas le seul : il en est de même quand on parle d’Israël, de la bénédiction des couples homosexuels, des dons de l’esprit et de l’œcuménisme. Les positions se clivent rapidement et nous décidons de ne plus en parler pour « éviter les conflits ». Le problème fuite parfois ici ou là, ou donne lieu à un problème de personnes ou de groupes de personnes sous-tendu, souvent inconsciemment, par le tabou. Ce statut quo crispé produit-il réellement la paix et l’unité ? Assurément non, une étincelle ou une situation concrète suffit pour faire voler tout le système en éclat et mettre la supercherie au grand jour.

Il est parfois question de « ce que la Bible dit » mais le débat a quitté la Bible depuis longtemps. En réalité, le débat se passe sur le champ émotionnel. En effet, quand avons-nous pris le temps d’écouter l’argumentaire biblique d’une position opposée à la nôtre sur tous ces sujets ? Saurions-nous passer 1h30 à analyser les arguments en nous demandant s’ils seraient convaincants si c’était la position que nous défendions ? Serions-nous capables de les présenter nous-mêmes ? Une étude a démontré que des arguments rationnels, fussent-ils bibliques, ne permettent souvent pas de changer d’avis. Quelqu’un de convaincu cherche principalement à se convaincre de ses propres positions.  Cette personne ou cette Église aura tendance à amoindrir les arguments adverses et au contraire à considérer les siens comme du béton armé. Pour s’ouvrir à un autre avis que le nôtre, il est nécessaire de faire un déplacement émotionnel, de considérer les arguments de l’autre comme les nôtres ; à leur donner de la valeur.

Force et faiblesse du tabou

« Le tabou nous protège de l’hérésie » diront certains. En effet, le tabou permet de mettre une limite entre ce qui est « biblique », ce qui ne l’est pas ; ce qui est « saint » et qui ne l’est pas ; ce que l’on peut questionner et ce qui est immuable. Sa force est de maintenir une identité, de protéger contre les hérésies, de renforcer la différence entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. On peut alors se taper réciproquement dans le dos entre « même-pensants », consulter les mêmes sites internet et se laisser instruire par les mêmes prédicateurs ou prédicatrices qui nous conforterons… dans ce que nous croyons déjà.

Pourtant le tabou a aussi une fonction négative. Dans sa forme la plus virulente, il suscite le contrôle et l’exclusion; parfois même l’interdiction de penser. Dans le milieu évangélique, cela est particulièrement vrai. Les limites de l’orthodoxie sont violemment défendues. Certains diront que c’est le rôle de l’Église de dénoncer les faux-prophètes, mais ne sommes-nous pas trop prompts à le faire ?

  • Avons-nous réellement pris le temps d’écouter l’autre avant de le brûler ?
  • Sommes-nous sûr que ce que nous pensons de l’avis d’un responsable d’Église n’est pas simplement une caricature ?
  • Sommes-nous allés à sa rencontre ?

Cette menace imminente de l’exclusion tue le dialogue à la racine. Elle clive et déchire l’unité du peuple de Dieu qui est appelé à la vivre et à discerner ensemble la volonté de Dieu pour les chrétiens et pour le monde. Toutes les positions ne se valent pas au regard des textes bibliques, mais sommes-nous capables de reconnaître les arguments valables de l’autre et à cheminer avec lui ou elle dans l’humilité? L’orgueil des pharisiens, celui d’avoir l’impression d’avoir tout compris et d’être seuls en règle aux yeux de Dieu, a été vigoureusement repris par Jésus. Au-delà des arguments, sommes-nous en capacité de lire la Bible dans un même Esprit d’humilité et de soumission à Jésus qui en est le centre?

Ouverture et fermeture

Dans le Nouveau testament les deux attitudes, d’ouverture et de fermeture sont présentes : une volonté claire de chercher l’unité, d’aller vers l’autre, de l’entendre, de le comprendre et de l’accueillir, mais aussi une invitation à marquer la différence, à juger, à discerner et à se protéger des faux-prophètes. Certains se placeront d’emblée dans une attitude d’écoute de l’autre, des arguments en présence, dans un esprit de prière, de réflexion et de discernement. D’autres se mureront dans leurs interprétations où ils veilleront à ne pas se laisser corrompre par toute interprétation nouvelle à leurs yeux. Si leur partenaire de dialogue s’obstine à vouloir discuter des textes, ils enverront des missiles en sa direction et déverseront au besoin de l’huile bouillante. Il n’y a qu’à lire les discussions sur les réseaux sociaux pour s’en faire une idée. Il y a là une double invitation, celle à se positionner et d’affermir notre identité en Christ; et celle de le faire en dialogue avec d’autres, y compris ceux dont nous ne partageons pas l’avis à priori.

Faire confiance à l’Esprit

Les chrétiens affirment que l’Esprit qui a inspiré l’écriture de la Bible est toujours présent aujourd’hui pour guider les chrétiens et l’Église dans l’interprétation. Quelle différence est-ce que cela fait ? Quelle est notre ouverture à entendre la voix de l’Esprit ? Si les chrétiens veulent comprendre les Écritures, ils doivent apprendre à dialoguer les uns avec les autres, à examiner le texte ensemble et à demeurer sensible à la voix des uns et des autres et de l’Esprit pour y discerner une bonne nouvelle pour leur temps. Que la paix et l’Esprit du Christ accompagne son peuple dans ce projet. L’Église est son projet et il saura l’accompagner jusqu’à son aboutissement.


Le Centre de formation du Bienenberg propose « points chauds » (2018-2020 – inscription à l’année), une formation pour apprendre à interpréter la Bible et à communiquer les uns avec les autres. Des orateurs, pas d’accord entre eux, viendront dialoguer sur les sujets chauds à Tramelan (BE, Suisse) et à Pulversheim (68, France). Marie-Noëlle Yoder, administratrice de ce blog dialoguera sur la base des textes bibliques au sujet du ministère pastoral féminin avec Guillaume Bourin du blog leboncombat.fr. Réservez-vos places!

 

 

4 comments on “De l’urgence d’apprendre à interpréter la Bible et à dialoguer

  1. Je veux réserver ma place pour le combat/débat entre Marie Noelle et Guillaume. C’est où et quand et quel est le prix des places (près du ring de préférence!). ( :-))

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    • Marie-Noëlle

      Soit en Alsace (Pulversheim), soit dans le canton de Berne (Tramelan). L’inscription à l’année comprend différents sujets chauds, à ne pas manquer. Toutes les informations sont sur: https://fr.bienenberg.ch/points-chauds

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      • Merci pour les précisions du programme. D’ici le 15 février 2020 j’ai le temps de voir venir…

        Pour en revenir à ton article, il est évident que la primauté des sentiments sur les raisonnements est une donnée qui a longtemps été négligée dans les débats théologiques. Il est indispensable de la mettre en lumière pour faciliter les échanges de points de vue dans une atmosphère fraternelle. Car bien souvent nous bâtissons de grandes constructions intellectuelles sur des bases dont les enjeux sont grandement du domaine émotionnel et sentimental. Ce qui fait que les fondements de notre édifice théologique sont ainsi beaucoup moins solides que les argumentations assez bien construites qui nous y posons…

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  2. Jesus Isalive

    Merci vivement pour vos articles. Ils stimulent la réflexion au sujet du ministère féminin et de la pastoral en particulier. Grâce, toujours!

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