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« Égalité biblique » – quelle inspiration ? (partie 1)

Les évangéliques sont de plus en plus nombreux à vivre l’égalité entre hommes et femmes dans l’église, et le mariage, avec des relations non hiérarchiques.

On nous fait parfois le reproche d’avancer un concept moderne, nouveau, et qui ne peut donc pas être biblique

Pourtant toute la Bible est fondamentalement « égalitaire »[1].

L’égalité s’enracine dans le concept de mesure 

Au plus simple, il s’agit de mesurer des parts égales de choses mesurables : argent, temps, biens. Ainsi, dans l’Ancien Testament, les différents composants de la recette du parfum (l’encens qui brûlait dans le Tabernacle) sont à intégrer à parts égales :

Le Seigneur dit à Moïse : Prends des aromates, du stacté, de l’onyx, du galbanum, des aromates et de l’encens raffiné, en parties égales. Tu feras avec cela un encens parfumé, ouvrage de parfumeur… (Exode 30.34-35).

L’huile pour l’onction quant à elle était faite selon une recette dont les ingrédients furent pesés en quantités différentes.

À son tour, le concept de mesure s’enracine dans la justice de Dieu

Tu n’auras pas dans ton sac deux sortes de poids, un gros et un petit. Tu n’auras pas chez toi deux sortes d’épha, un grand et un petit. Tu auras un poids exact et juste, tu auras un épha exact et juste, afin que tes jours se prolongent sur la terre que le Seigneur, ton Dieu, te donne. Car quiconque agit ainsi, quiconque agit injustement, est une abomination pour le Seigneur, ton Dieu. (Deutéronome 25.13-16)

Avertissement fort…

Il doit y avoir une correspondance juste entre le poids réel et le prix que l’on fait payer.

Ceux qui achètent doivent payer selon la valeur réelle. Utiliser de faux poids dans les échanges commerciaux, c’est frauder. Nous comprenons aisément ce concept, et son rapport avec la sainteté de Dieu.

Ces versets de Deutéronome font partie d’un passage qui concerne la mise en pratique de la loi de Dieu en Israël : utiliser de faux poids, ce n’est pas simplement être malhonnête, c’est voler son prochain.

L’égalité s’applique aussi à la manière dont on « mesure » les êtres humains

Si les poids commerciaux peuvent être fixés selon des critères objectifs et facilement mesurables, c’est la loi divine qui fixe le standard pour mesurer, jauger, juger l’être humain.

Lorsque des hommes qui ont un litige comparaissent pour être jugés, on acquittera l’innocent et on condamnera le coupable. Si le coupable mérite d’être battu, le juge le fera étendre par terre et on le battra devant lui d’un nombre de coups proportionné à sa culpabilité. Il ne lui infligera pas plus de quarante coups, de peur que, si on le battait de beaucoup plus de coups, ton frère ne soit avili sous tes yeux. (Deutéronome 25.1-3)

C’est l’expression la plus simple qui soit de la justice : la condamnation doit être méritée en correspondance à une faute réellement commise. Et la sanction doit être proportionnée à sa culpabilité.

Simple, certes, mais pas noir et blanc. Simple, mais pas bête et méchant.

Si le châtiment corporel judiciaire (aïe, 40 coups !) nous semble barbare aujourd’hui en Europe, on se souvient qu’il existe encore dans une trentaine de pays environ. Relevons que pointait déjà dans le texte biblique le souci de la dignité humaine. Le coupable doit être considéré comme « ton frère ». Une limite d’humanité est posée sur la base de l’humanité partagée. En cas de punition excessive, non seulement le coupable serait humilié, mais le témoin perdrait une partie de son humanité.

Il doit y avoir une correspondance juste entre faute et sanction.

Un principe oublié dans les interprétations médiévales de l’enfer, et leurs représentations enflammées.

Lévitique 19, passage parallèle sur la mise en pratique de la loi divine, est plus explicite : 

Vous ne commettrez pas d’injustice dans les jugements : tu n’avantageras pas le pauvre et tu ne favoriseras pas le grand, mais tu jugeras ton compatriote selon la justice. Tu n’iras pas calomnier les tiens. Tu ne réclameras pas la mort de ton prochain. Je suis le Seigneur. Tu ne détesteras pas ton frère dans ton cœur ; tu avertiras ton compatriote, mais tu ne te chargeras pas d’un péché à cause de lui. Tu ne te vengeras pas ; tu ne garderas pas de rancune envers les gens de ton peuple ; tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur.

Dans un système judiciaire juste, il y a égalité de tous : nul n’est au-dessus de la loi, et le favoritisme est à exclure.

Mais cette justice doit être cadrée, et limitée ; faire justice devient facilement un piège pour ceux qui la réclament, et ceux qui l’administrent.

Et au-delà de la simple justice, il y a l’amour du prochain. Cet amour doit empêcher que la mise en œuvre de la justice ne devienne injustice.

(Notre monde actuel est bien souvent bien loin de ces idéaux bibliques…) 

Dieu seul peut véritablement juger les êtres humains qu’il a créés.

Cela ressort lorsque Dieu donne des instructions au prophète Ézéchiel, dont la frappante mise en scène prophétique doit interpeller le peuple : « C’est un signe pour la maison d’Israël » (Ezéchiel 4.3).

Le prophète reçoit entre autres l’instruction de se coucher sur le côté gauche :

Moi, je t’impose un nombre de jours égal à celui des années de leur faute, trois cent quatre-vingt-dix jours ; tu seras ainsi chargé de la faute de la maison d’Israël. (Ezéchiel 4.5)

L’égalité chiffrée entre les jours de l’immobilisation du prophète et les longues années du péché du peuple – bien que celle-ci soit symbolique – souligne la justice parfaite de Dieu dans ses jugements.

Il y a une correspondance juste entre faute et sanction, déterminée par le Seigneur.

Et Ézéchiel gît là, comme mort, écrasé par le péché de son peuple, préfigurant Celui qui portera réellement le péché du monde et sera enseveli dans une tombe – pas symbolique, mais réel.

Ce principe d’égalité se trouve dans tout le texte biblique :

Dieu créa les humains à son image : il les créa à l’image de Dieu  homme et femme il les créa. (Genèse 1.27)

Le riche et le pauvre se retrouvent : c’est le Seigneur qui les fait tous deux. (Proverbes 22.2)

Si j’ai méprisé le droit de mon serviteur ou de ma servante quand ils étaient en litige avec moi, que ferai-je, quand Dieu se lèvera ?
Quand il demandera des comptes, que répondrai-je ? 
Celui qui me faisait dans le ventre de ma mère ne les a-t-il pas faits aussi ?
Un seul Dieu ne nous a-t-il pas formés dans le sein maternel ? (Job 31.13-15)

Homme et femme, riche et pauvre, esclave et maître, créés par Dieu à son image : tous les êtres humains sont égaux et ont, de ce seul fait, des droits.

Quand Dieu défend ces droits, ce principe d’égalité, dans sa justice, il agit avec « équité ».

De nombreux passages expriment et célèbrent cela :

Qu’on célèbre la puissance du roi qui aime l’équité ! – C’est toi qui affermis la droiture, c’est toi qui agis en Jacob pour le droit et la justice. (Psaume 99.4)

Ton trône, ô Dieu, subsiste pour toute éternité, le sceptre de ton règne est sceptre d’équité. (Psaume 45.7 BDS)

Le mot hébreu est parfois traduit « équité », et parfois « droiture ». Il parle d’une mise en pratique de la justice qui bénéficie à ceux dont les droits ne sont pas respectés. 

Dieu a-t-il deux poids, deux mesures pour les relations hommes-femmes?

(1) Un jeu de mots

On prétend parfois que l’égalité biblique dans les relations homme-femme se limite à « une égalité de valeur ontologique » parce que Genèse 2 met en place une hiérarchie patriarcale qui fait de l’autorité une « fonction » réservée à l’homme.

On joue sur les mots : les femmes sont égales en valeur mais différentes en fonction.

Puisque la « fonction » en question est celle de l’exercice de l’autorité, on attribue à l’homme un rang supérieur et à la femme un rang inférieur. 

Mais puisque ces rangs sont déterminés par l’ontologie – je suis un homme, je suis une femme – les femmes sont en réalité des êtres inférieurs, selon ce raisonnement.

Cependant, cette interprétation de Genèse 2 ne tient absolument pas compte de Genèse 1.28 qui établit une fonction de « domination » de l’homme et de la femme quand il « leur » dit : « Dominez ».

Un homme et une femme, cela se vaut, aux yeux de Dieu, dans Sa balance de ce qui fait un être humain.

La capacité humaine de « dominer » – diriger, exercer l’autorité – avec équité selon le caractère juste du Créateur, n’est pas genrée.

Genèse 1 et 3 disent clairement qui « domine », à la Création, et après la Chute, mais le vocabulaire d’autorité est absent de Genèse 2. 

(2) Une mise en relation humaine

À la place de cela, l’auteur du livre, après avoir écrit lors de chaque étape de la création que Dieu vit que cela était BON, et que la création tout entière était TRÈS BONNE, crée une dissonance poétique et cognitive lorsqu’il écrit soudain : « Il n’est PAS BON ».

Le Seigneur Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je vais lui faire une aide (ezer) qui sera son vis-à-vis. (Genèse 2.18)

Le lecteur ou l’auditeur sait de quoi il en retourne, ayant lu Genèse 1. C’est une technique narrative qui introduit de l’humour et de l’anticipation, parce que nous savons plus que le protagoniste, qui a « failli » chercher une compagne parmi les bêtes…

Mais il a besoin d’un ezer (un secours) qui sera un kenegdo un vis-à-vis (NBS, BDS) ou « semblable à lui. » (LSG) 

Kenegdo signifie littéralement : devant, en face de, en pleine vue. 

Le but de Genèse 2 n’est pas de créer une hiérarchie hommes-femmes, mais de souligner que l’humanité existe en deux sexes – « en parties égales », comme le parfum du Tabernacle (Ex 30.34-35).

L’homme n’est pas seul par rapport à lui-même (et Dieu va lui donner un peu d’assistance et réconfort dans sa solitude).  Il est seul par rapport à l’autre partie égale de l’humanité.

Et dans le récit, Dieu conduit le premier homme à reconnaître avec gratitude la pleine humanité, et donc la pleine autorité, de la femme (Gen 2.23).

Une toile de fond pour la discussion

L’Ancien Testament affirme, en se basant sur le fait d’avoir été créé à l’image de Dieu, l’égalité de tous les êtres humains, quelles que soient leurs circonstances dans la vie, favorables ou défavorables, et montre que Dieu désire que la justice et l’équité règne sur la terre. Le caractère juste de Dieu est une toile de fond pour nous guider lorsque nous réfléchissons aux relations hommes-femmes.

Nous devons veiller à adopter une herméneutique saine, juste, équitable et non-biaisée. Sinon nous prenons le risque de dérober aux femmes une partie de ce qui constitue leur humanité – la capacité de régner, diriger, exercer l’autorité.

Dans la deuxième partie de l’article, à venir, nous poursuivrons notre réflexion à partir de cette analogie (deux poids, deux mesures) et ferons quelques remarques d’ordre herméneutique.


[1] Je ne fais pas référence ici aux concepts politiques / philosophiques courants, mais simplement à l’éthique qui ressort du texte biblique.


© Victoria Déclaudure février 2026

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