Site icon Servir Ensemble

Lettre ouverte aux anciens de mon Église complémentarienne, dans un pays d’Afrique australe

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Avant de se former à la relation d’aide, Véronique Nicholson a travaillé dans le secteur du développement international et a vécu en expatriation pendant 15 ans. Elle partage avec son mari une passion pour les questions de justice. 

J’écoutais le pasteur prêcher avec avidité. J’avais 16 ans et étais en plein questionnement sur mon avenir. Je me souviens encore clairement de la pensée qui m’a animée en cet instant. « Pourquoi ne pas étudier la théologie finalement, c’est passionnant ! » L’éclair s’est immédiatement éteint dans mon esprit : « A quoi bon, en tant que femme, je ne pourrais même pas prêcher ». 

J’ai grandi dans une tradition complémentarienne affirmée qui voit les hommes et les femmes comme des égaux au niveau de leur valeur mais défend des rôles distincts et une relation d’autorité des hommes sur les femmes. Pendant un certain temps, j’ai défendu cette approche avec beaucoup de conviction auprès de proches nouvellement convertis, croyant au fond que c’était ainsi que Dieu établissait les rôles entre les sexes pour notre bien, destinés à vivre en harmonie parfaite lorsque nous suivions pleinement son plan créateur.

Cependant, plus je questionnais ces passages qui laissent place à cette compréhension particulière, plus je luttais. Je me suis alors résolue de ne pas me positionner, que cela resterait incompréhensible sur terre, parce que je ne parvenais pas à faire pleinement sens de cette question à la lecture des textes bibliques et avec l’interprétation que j’en recevais. J’ai accepté que le débat ne revêtait pas d’importance car il était non essentiel pour ma croissance spirituelle. Avec le recul, je réalise qu’en reléguant la question au second plan, j’ai fait le choix de la politique de l’autruche par confort intellectuel. Je suis convaincue aujourd’hui du contraire. En effet, cette conversation est absolument nécessaire et primordiale, car ce que nous en pensons a des implications très pratiques sur la façon dont nous vivons en tant qu’hommes et femmes dans ce monde et dans l’église.

Je ne suis plus satisfaite de l’argument selon lequel nous vivrions tous harmonieusement si nous appliquions parfaitement les principes de Dieu, lorsque le débat concerne la nature même de ces principes. Ma progression a été motivée par le désir de lire les Écritures honnêtement, sans chercher à y trouver les réponses que je voulais mais vraiment à découvrir le plan de Dieu véritable. La proposition égalitarienne s’est progressivement imposée comme étant absolument cohérente, reflétant au plus juste aussi ce que je comprends de la nature de Dieu. Je suis personnellement en train de redécouvrir la vérité de Dieu pour ma vie en tant que femme, ce qui est une réflexion très fraîche et libératrice. J’ai aussi été conduite à réexaminer comment le fait d’avoir grandi avec cette compréhension complémentarienne avait eu un impact sur ma vie.

Je ne vais pas développer les arguments théologiques ici. Je voudrais cependant souligner pourquoi je ne peux plus ignorer ce débat malgré sa complexité apparente sur le plan théologique.

Je suis consciente que, venant d’une culture non africaine, ma contribution peut être écartée parce que je suis prête à remettre en cause une idée très ancrée dans une société patriarcale (bien qu’il y ait quelques similitudes compte tenu de mon propre milieu d’origine familial et religieux plutôt conservateur). Cependant, ma foi remet régulièrement en question mes propres croyances culturelles parce que Jésus est venu pour changer les choses pour le mieux. Ses idées étaient à l’encontre de la pensée et de la culture dominantes de son temps, et c’est ce qui a fait de lui un leader si inspirant. Je crois que suivre radicalement Jésus signifie être ouvert à reconnaitre ce qui est culturellement acceptable dans sa vie qui pourrait ne pas refléter réellement son caractère.

Ce débat nous conduit à réfléchir plus globalement sur la manière dont nous partageons notre foi avec nos entourages. La communication du message de l’Évangile fait partie intégrante de ce que nous sommes en tant que chrétiens et doit être au cœur de nos relations avec les autres en dehors de l’Église. La spiritualité est dans l’air du temps. La plupart de nos contemporains, y compris dans ce pays, n’ont pas de problème avec l’idée de Dieu, et sont même prêts à reconnaitre que Jésus était une personnalité incroyable. Trop souvent, les personnes avec qui je discute me parlent de la déception qu’elles ont vécue au travers de leur expérience d’Église (toutes dénominations confondues). Elles ne rejettent pas Dieu a priori, elles rejettent l’institution ecclésiale et avec, certains de ses enseignements, ce qui conduit par extension à leur rejet de Dieu. Leur expérience est celle d’une Église qui n’est pas en prise avec les réalités de leur vie et les problématiques de leur quotidien, se sentant trop souvent jugées pour ne pas rentrer dans les bonnes cases. 

Nous devons nous accrocher à l’essence de notre foi, à la nature immuable de l’Évangile du salut et nous ne pouvons en aucune manière diluer son message pour le rendre plus « attractif » ou acceptable car il en perdrait tout son pouvoir. Cependant, en toute humilité, nous devons continuer à remettre en question notre appréciation de certaines questions sur lesquelles nous aurions pu prendre une position ferme auparavant. Notre compréhension de Dieu reste tellement limitée et nous devons constamment laisser place à la redécouverte, qui passe, entre autres, par une lecture renouvelée des textes. Si nous le faisons, nous constatons que nous sommes passés à côté de quelque chose encore plus révolutionnaire et régénérant que nous ne l’avions réalisé.

Ces déclics sont le reflet de la puissance de renouvellement du Saint-Esprit en action dans nos vies. Quant à moi, plus j’avance sur l’étude de cette question, plus je mesure à quel point la bonne nouvelle est irrésistible et transformatrice pour les femmes et les hommes. Et j’espère que cette compréhension me donnera un entrain supplémentaire pour partager avec passion le message de Christ d’une manière qui soit aimante, accueillante, respectueuse et totalement pertinente pour mes contemporains.

Véronique NICHOLSON

Quitter la version mobile