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Je vous salue Mamans

unrecognizable mother and infant baby on couch

Photo by Sarah Chai on Pexels.com

La parentalité chamboule tout, jusqu’aux sorties de culte ! Voici la réflexion de la pasteure et jeune maman Lula Derœux, qui nous partage une tranche de sa nouvelle vie.

L’été passé, nous avons eu la joie avec mon mari d’accueillir notre premier enfant. Cela a été un merveilleux chamboulement pour nous ! Mais avec l’arrivée de notre fils, un phénomène étrange est apparu… 

Certains ne me disent plus bonjour à l’église. 

Cela avait déjà commencé durant de ma grossesse. Une dame, sans me prévenir, s’était accroupie pour embrasser mon ventre rond, puis s’était relevée pour me dire : « je dis d’abord bonjour au bébé !». C’était une personne que j’affectionne beaucoup, mais cela m’a bien surprise, voire gênée. 

Cette « primo-salutation » à mon enfant était marginale mais présente avant mon accouchement. Cela a pris une toute autre dimension une fois mon fils arrivé. 

La plupart du temps, je porte notre bébé en écharpe à l’église. Cela me permet d’avoir les mains libres, voire de présider ou de prêcher. Il est donc presque à la hauteur de mon visage. Et je peux vous dire que dans un bon nombre de cas, on salue mon fils avant moi, voire à ma place. 

Certes, c’est une formule de politesse, et je suis la première à parfois les oublier. Mais cette omission s’est répétée assez souvent pour que j’y voie un phénomène à souligner. 

Toutes les personnes qui ont fait cet oubli sont des personnes que j’apprécie sincèrement, et je me crois véritablement appréciée en retour. Je sais que ce n’est pas par méchanceté, mais très probablement par enthousiasme envers ce petit bout de chou tout neuf et très souriant. Ce qui est intriguant, c’est que cela arrive beaucoup moins lorsque c’est mon mari qui le porte. Si le premier bonjour est souvent adressé à notre enfant, lui se fait quasiment toujours saluer après. À plusieurs reprises, il m’est arrivée d’entendre un « bonjour bébé! », puis un « bonjour pasteur ! » adressé à mon mari, puis plus rien, alors que c’est moi qui porte notre fils en écharpe ! J’ai même eu le droit à un « pardon… » alors qu’on me poussait gentiment pour passer derrière moi, en guise de troisième formule de politesse.

C’est comme si en saluant l’enfant, on saluait automatiquement la mère. Comme si il n’était qu’une extension d’elle, ou plutôt elle une extension de lui ? 

Cela me rappelle une triste anecdote d’une amie, qui, dans un pays étranger, était connue uniquement par le prénom de ses enfants par des personnes qu’elle estimait proches. C’est ainsi qu’elle s’est vue uniquement référée par « Maman Prénomdesonfils », et que ces personnes, lorsqu’elles ont entendu le prénom de la maman, ne savaient même pas de qui il s’agissait. Son identité, pour ces personnes, était résumée à sa maternité. 

L’enfant est une personne. C’est une belle découverte du siècle passé. Et quelle joie de voir des gens prendre le temps d’accueillir avec attention, intention et sérieux ce petit être que j’ai attendu neuf mois. Mais après ces belles salutations, certains m’oublient. Et oui, c’est un peu blessant.

Je suis devenue mère, et c’est toute une aventure ! Une merveilleuse aventure certes, mais une aventure qui chamboule tout, jusqu’aux fondations : c’est une réelle crise identitaire. Il faut se découvrir dans ce nouveau rôle, et redécouvrir les rôles qui nous ont accompagnés jusque là. Ma spiritualité ? N’ayant dormi que quelques heures, alors la plupart du temps c’est soit c’est une prière les yeux collés, soit un moment de lecture dans « la Bible pour mon bébé », mais rarement une lecture de 45mn dans ma grosse Bible d’étude. Ma relation de couple ? Ce n’est plus les soirées tranquilles après une longue journée, mais bien un travail d’équipe 24h/24h qui demande une réorganisation bien différente des moments de qualités que nous connaissions. Mon travail ? C’est soit une mise sur pause, soit un jonglage savant, soit un retour complexe avec son petit loin de soi. On devient mère certes, mais la réalité concrète de notre vie de disciple, de femme, de conjointe, de collègue et d’amie se voit aussi transformée. 

Évidemment, on se s’attend pas à ce chaque personne qui nous salue le dimanche ait tout cela en tête. Mais lorsque l’on se sent transparente, après un changement physique, hormonal, spirituel et émotionnel de la sorte, alors qu’enceinte l’attention était très facilement portée sur nous, il y a de quoi se sentir un peu ébranlée. 

N’est-ce pas aussi la place de l’Église que d’aider les femmes à devenir mères tout en restant elles-mêmes ? N’est-ce pas son rôle que d’affirmer à toutes ses membres leur identité de filles de Dieu, indépendamment de tout le reste ? La Bible nous enseigne à être avant de faire. Et si certaines femmes deviennent mamans, elles sont d’abord créatures bien-aimées du Seigneur. Le rôle de la femme n’est pas accompli lorsqu’elle accouche. Sa destinée première est une relation d’amour avec son Créateur. 

Bien entendu, ici pas de débat sur la place de Marie dans notre spiritualité. Ma réflexion est pastorale bien plus que théologique. Simplement, le rôle de l’Église et de sa communauté est aussi, à mon sens, d’accompagner ses membres dans les différents changements de vie, et la parentalité en est un ! 

Alors certes, ce n’est qu’un « bonjour ». Mais dans ce grand chamboulement qu’est la maternité, de réserver un peu d’attention et d’affection à la jeune maman derrière son adorable bébé peut être une écoute précieuse pour cette femme qui voit son monde se transformer. Prenons des nouvelles de son petit bout, émerveillons-nous devant les petits doigts, les grands yeux et les sourires qui réchauffent l’âme, mais s’il vous plaît, saluons aussi celle qui a donné la vie. 

Bien entendu, personne n’est infaillible, et les oublis arrivent. Je rappelle aussi à quel point je suis consciente que ce n’est pas un comportement empreint mais bien un trop plein de joie face à ces bébés bien-aimés et le tourbillon que peut représenter une sortie de culte, ou tout autre moment où on salue courtement la jeune famille.

Mais quelle grâce pour une nouvelle maman, dans ce changement, que de se sentir vue. Je prends pour exemple mes beaux-parents. Mon fils est leur premier petit-enfant, il était très attendu ! Et peu importe l’enthousiasme et l’amour débordants qu’ils ont pour lui, de la maternité à tous les moments où l’on s’est vus depuis, ils ont toujours pris le temps de m’embrasser d’’abord. Et ça me rappelle que je faisais partie de la famille avant mon bébé, que ma place n’a pas changé, et que je reste moi-même, même en étant maman. C’est un petit geste, certes, mais je le chéris. 

Alors, pour toutes celles qui sont en train de vivre cette grande aventure, je vous salue Mamans. 

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