Tout au long de l’histoire, des femmes de foi ont ouvert le chemin. Elles ont été pleinement présentes au Christ et au monde. Elles l’ont servi avec toute leur vie et tous leurs biens. C’est un honneur de pouvoir découvrir leur vie et leur enseignement des siècles plus tard. La parole précieuse — parce que rarement conservée — des femmes recèle un trésor pour l’Église. La découverte de Sainte Claire d’Assise (1194-1253), « une des figures féminines les plus fortes et les plus originales du Moyen Âge » [1] m’a grandement encouragée dans ma foi et dans mon service. Je vous raconte ?
Quelques éléments d’histoire
1194. Claire d’Assise, née Chiara Offreduccio di Favarone, est née à Assise en Italie dans une famille noble de la ville. Elle était destinée au mariage et à une vie confortable.
1211. À l’âge de 17 ans, elle assiste à une prédication de François d’Assise. L’idéal de vie pauvre à la suite du Christ pauvre prônée par François l’interpelle fortement. Contre l’interdiction formelle et violente de sa famille, Claire s’enfuit de nuit et se laisse tondre les cheveux par François. Elle décide de renoncer à ses privilèges et à son destin d’épouse et de mère pour servir le Christ pauvre, c’est-à-dire pour elle, de s’engager dans la vie monastique.
1214. Claire s’installe dans une communauté de sœurs à Saint-Damien, sous la direction de François. Elle a 20 ans quand François lui délègue « la direction et le gouvernement des sœurs ». Abbesse du couvent de Saint-Damien pendant 40 ans, elle a été à l’origine d’un immense mouvement monastique : celui des clarisses qui existe encore aujourd’hui, des siècles plus tard.
1234—1253. Depuis son couvent, Claire prend régulièrement la plume. Elle entretient plusieurs correspondances décisives, dont nous avons encore la trace aujourd’hui.
Elle écrit quatre lettres à Agnès de Prague, une femme de la noblesse devenue abbesse à Prague. Dans ses lettres, Claire l’encourage à tenir ferme. Au sujet de la pauvreté, elle lui écrivait : « Tiens ce que tu tiens, fais ce que tu fais et ne le lâche pas. », « Sois fidèle jusqu’à la mort. » En lisant ses lettres d’encouragement, je me dis que Claire faisait le travail de Servir Ensemble, à l’époque.
Claire écrit aux femmes, mais aussi aux hommes. La communauté itinérante des franciscains est proche des clarisses et les frères viennent régulièrement enseigner à Saint-Damien. Au crépuscule de sa vie, François d’Assise séjournera au couvent des clarisses pour y recevoir les soins nécessaires.
Les écrits les plus marquants sont adressés aux papes Grégoire IX (1227-1241) et Innocent IV (1243 – 1254). Si Claire mène une vie soumise à Dieu, à sa communauté qu’elle implique fortement dans ses écrits et à la règle d’une vie de pauvreté, elle n’accepte pas pour autant qu’on lui marche sur les pieds. À plusieurs reprises, elle tient tête aux papes quand elle estime leurs décisions injustes. Voici deux exemples de sa ténacité :
- Le pape Grégoire IX (anciennement le cardinal Hugolin) a cherché à organiser et contrôler plus strictement les ordres. Les relations entre frères et sœurs le préoccupaient particulièrement. Il s’est intéressé de près à la relation entre les franciscains et les clarisses. En 1230 il fait une déclaration qui cherche à limiter les contacts entre les frères franciscains et les sœurs clarisses. Claire n’est pas du tout d’accord. Elle considère que la présence des frères est essentielle à sa vocation. Les frères prêchent à Saint-Damien, ils proposent un accompagnement spirituel et dispensent les sacrements. Pour manifester, Claire organise une grève de la faim en disant en essence que, si le pape veut priver les sœurs de nourriture spirituelle, elles ne mangeront plus non plus. Le pape abdique et autorise les frères à visiter les sœurs.
- Avec ses sœurs, Claire voulait vivre selon l’idéal franciscain de pauvreté et elles ont écrit une règle pour cela ; une forme à vivre, plus précisément. Ce texte, appelé « Règle des pauvres dames » était fondateur pour organiser et orienter la vie des moniales. Elle a ferraillé toute sa vie pour que le pape accepte de valider cet écrit. Innocent IV l’a approuvé, deux jours avant la mort de Claire. Elle constitue encore aujourd’hui la seule règle monastique connue rédigée par une femme et officiellement approuvée par l’Église catholique. Si les femmes engagées dans les mouvements monastiques vivent habituellement selon les règles des hommes, les clarisses ont la particularité de vivre selon une forme à vivre rédigée par des femmes et pour des femmes.
Claire n’a rien lâché. Elle s’est engagée tout entière pour le Seigneur et pour les pauvres. Elle a su résister aux puissants quand cela était nécessaire. Elle a vécu une vie d’intégrité et de soumission à Dieu et à son projet.
Paradoxalement, la vie de Claire est une vie qui allie délicieusement ténacité et abandon.
- Déjà adolescente, elle a reconnu que servir le Christ était l’appel le plus haut et le plus profond qui soit. Elle a reconnu que cet appel exige parfois que les femmes renoncent au destin traditionnel et aux voies toutes tracées pour suivre leur vocation de disciple.
- Claire était engagée dans une communauté de sœurs, mais elle a vécu un véritable Servir ensemble avec les frères franciscains, et même avec le pape, devant Dieu.
L’amitié entre Claire et François a donné lieu à de nombreuses élucubrations. Certains parlent d’eux, comme les Roméo et Juliette du Moyen Âge. Pourtant, plusieurs spécialistes soulignent qu’ils ne se sont pas souvent rencontrés. François, de 12 ans son aîné, a su éveiller la foi de Claire, et la nourrir dans son appel. Leur amitié spirituelle était porteuse de vie et les a accompagnés tout au long de leur vie. Dans le chapitre « François et Claire », Pierre Brunette souligne la participation incontestable de Claire au projet de François. Il conclut par ces mots : « François et Claire sont maîtres l’un de l’autre malgré la séparation des dernières années. Ils participent au même événement fondateur. Ce que l’un inspire à l’autre, l’autre le lui rend et le radicalise. » [2]
Claire est pour moi un exemple lumineux et inspirant d’une vie qui s’est donnée pour le service de Christ.
J’aurais bien voulu la rencontrer ! Même si la distance historique, sociologique et théologique ne peut être sous-estimée, sa vie restera comme un témoignage de foi, d’engagement, de solidarité, de soumission, de fidélité, de ténacité et de persévérance. Merci, Claire, pour ton témoignage. Qu’il puisse nous inspirer.
Références
[1] Jacques Dalarun, « Claire d’Assise : écrits, vies, documents », Sources franciscaines, Cerf, 2013, p.11
[2] « Sainte Claire d’Assise et sa postérité », actes du colloque de l’UNESCO (29 septembre-1er octobre 1994), VIIIe centaine de Sainte Claire, Paris, 1995, p. 87-100.
BIBLIOGRAPHIE
Jacques Dalarun, « Claire d’Assise : écrits, vies, documents », Sources franciscaines, Cerf, 2013
Jacques Dalarun, « François et Claire. Masculin/Féminin dans l’Assise du XIIIe siècle », Médiévales, vol. Voix et signes. Nouvelles musiques du XIIIe au XVe siècle, Olivier Mattéoni (sous dir.), no 32, 1997, p. 83-95
« Claire d’Assise » dans Femmes mystiques : époque médiévale, Thierry Gosset (sous dir.), Les petits livres de la sagesse, La table ronde, 1995, p. 23-3
Elisabeth Dufourcq, Histoire des chrétiennes : des origines évangéliques au siècle des sorcières, Texto, Bayard 2008, p. 495-496 et 505-507.
« Sainte Claire d’Assise et sa postérité », actes du colloque de l’UNESCO (29 septembre-1er octobre 1994), VIIIe centaine de Sainte Claire, Paris, 1995
Marie-France Becker, Prier 15 jours avec Claire d’Assise, Nouvelle cité, 2019
« Claire d’Assise et la pauvreté du Christ » dans Les passionnées de Dieu : expériences religieuses féminines au Moyen Âge, André Vauchez (sous dir.), Cerf, 2025, p. 109-117
Michael W. Blastic, O.F.M. (sous dir.), The writings of Clare of Assisi: Letters, form of life, testament and blessings, Fransiscan institute, 2011
RESSOURCES DIGITALES
« Sainte Claire d’Assise » La foi prise au mot, Kto TV, 2013, 52 min.
« Sainte Claire d’Assise », Pélerins de Dieu, RCF Hauts de France
- 1/4 — La conversion, 26 min.
- 2/4 — Vie religieuse et spiritualité, 26 min.
- 3/4 — Sainteté et culte, 24 min.
- 4/4 — Les clarisses, des origines à nos jours, 23 min.
Image de couverture © rcyoung via Getty Images

